Entreprises

Les banques à l’épreuve de l’IFRS 9

Par Franck FAGNON | Edition N°:5224 Le 07/03/2018 | Partager
Les modèles en cours de finalisation
La notation sera plus centrale dans le dialogue avec les clients
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Ismaïl Douiri, directeur général d’Attijariwafa bank: «Les changements introduits par IFRS 9 supposent d’avoir des modèles statistiques prévoyant les probabilités de défaut sur l’ensemble des encours, non seulement au Maroc mais aussi à l’international. C’est un projet complexe» (Ph. AWB)

- L’Economiste: La norme IFRS 9 est entrée en vigueur depuis le 1er janvier. Comment le groupe s’adapte-t-il à ce changement majeur?
- Ismaïl Douiri:
C’est un projet sur lequel nous travaillons depuis plus d’un an. Nous sommes en train de finaliser nos modèles. Dans le même temps, nous dialoguons avec la Banque centrale sur les simulations d’impacts. Les banques ont reçu l’autorisation de pouvoir retarder les publications des comptes consolidés du premier trimestre jusqu’à fin juillet 2018 au lieu de fin mai normalement. Nous comptons publier les nôtres avant cette échéance, mais ce délai supplémentaire nous permettra de continuer à améliorer nos modèles. En effet, les changements introduits par l’IFRS 9 supposent d’avoir des modèles statistiques prévoyant les probabilités de défaut sur l’ensemble des encours, non seulement au Maroc mais aussi à l’international. C’est donc un projet lourd et complexe.

- Quel sera le coût de cette évolution réglementaire?
- A ce stade, nous ne pouvons pas le communiquer. Toute la place est en train de parfaire ses modèles et de discuter avec le régulateur pour avoir une communication ordonnée.

- IFRS 9 change la manière d’apprécier le risque. Quelles seront les conséquences pour les emprunteurs?
- Le plus gros changement, c’est la généralisation de la notation à l’ensemble des segments et la nécessité pour les banques de constituer des provisions dès l’origination d’un prêt en fonction de la probabilité que ce prêt ne tombe en défaut à l’avenir. Cela rendra la notation plus centrale dans le dialogue entre les banques et leurs clients. Si la concurrence se comporte de manière rationnelle, cela constituera une prime pour les clients ayant une note favorable qui s’endetteront à de meilleures conditions, et un encouragement concret pour les autres d’améliorer leur notation à travers un certain nombre de mesures qu’ils pourront discuter avec leurs banquiers. En ce qui nous concerne, nous étions déjà bien avancés sur plusieurs segments, comme les crédits aux grandes entreprises et les crédits amortissables aux PME. Nous aurons encore plus de légitimité pour en parler avec nos clients et jouer notre rôle de conseil auprès d’eux. L’essentiel, c’est que tout cela doit être fait de manière progressive et harmonieuse pour qu’il n’y ait pas de choc.

- Le dividende progressera moins vite que les années précédentes. Est-ce en prévision des changements réglementaires et les éventuels besoins en fonds propres?  
- Oui, et c’est bien sûr le privilège de notre Conseil d’administration et de notre assemblée générale d’en décider. Nous pilotons nos fonds propres avec une visibilité sur un horizon de 18 mois, voire plus. En fonction des décisions de BAM concernant l’impact sur les ratios réglementaires des différentes réformes en cours, nous pourrions avoir besoin de plus ou moins de fonds propres et disposer d’une période plus ou moins longue d’adaptation. Piloter les fonds propres d’une banque, c’est comme dans un marathon: il faut commencer tôt et doser son effort pour être au rendez-vous et maintenir sa performance. Par ailleurs, l’acquisition de Barclays Egypt, nous impose aussi un renforcement progressif de nos fonds propres dans le cadre de la mise en œuvre de Bâle III.

- Quels ont été les moteurs de la croissance du groupe en 2017?
- La croissance du groupe s’est d’abord reposée sur la Banque au Maroc dont la contribution au résultat net part du groupe a augmenté de 12%. Nous avons ensuite une progression de 15% de celle de la banque de détail à l’international hors effet périmètre. Enfin, la contribution de l’Egypte sur huit mois a été supérieure à la déconsolidation de 40% de Wafa Assurance. Cet effet périmètre a permis une accélération de 2 points de la croissance des profits. 2017 a été avant tout une année de croissance organique et en particulier au Maroc où nous avons enregistré une accélération des crédits puisque les encours moyens de crédit du secteur bancaire ont crû de 4,5% en 2017 contre une croissance moyenne de 2,6% sur la période 2012-2016.

- D’où provient cette accélération?
- La véritable accélération émane des entreprises dont l’endettement net était en recul tiré par certains compartiments comme la promotion immobilière, et insuffisamment compensé par la demande de crédit. Il y a désormais une amélioration sur ces deux sujets. D’un autre côté, nous avons bien géré le coût de nos ressources pour soigner notre marge,  malgré la pression qu’il y a eu sur les taux d’intérêt. Nous maintenons une bonne performance en termes de commissions grâce à la poursuite de l’amélioration de l’effort de vente et de l’organisation en agence. Le bilan est tout aussi positif pour les activités de marchés pour lesquels nous avons réussi à afficher des résultats en progression malgré le fait que 2016 fut une année exceptionnelle.

- Les PME reviennent-elles au guichet?
- Ce sont les grands comptes qui tirent la croissance du crédit aux entreprises, à cause des volumes en jeu. La demande des PME et TPE, elle, est restée forte et le challenge est de se positionner sur la demande solvable et continuer à innover pour rendre le reste de la demande plus solvable, c’est-à-dire avec un profil de risque maîtrisable et prévisible. Au niveau du groupe, cela nous permet par exemple de continuer à produire de manière relativement soutenue du crédit pour les TPE à travers des procédés statistiques en complément de l’analyse financière traditionnelle.

Propos recueillis par Franck FAGNON

 

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