Politique

Sahara: Kohler et Bourita reprennent langue

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5223 Le 06/03/2018 | Partager
Une rencontre bilatérale aujourd’hui à Lisbonne
La délégation marocaine en mode d’écoute
Aucun règlement en dehors de la souveraineté du Maroc sur son Sahara

Nasser Bourita est aujourd’hui à Lisbonne au Portugal, à la tête d’une délégation pour entamer des discussions bilatérales avec l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara marocain. Le choix de la capitale portugaise n’est pas fortuit. Le Maroc a proposé Paris ou Lisbonne pour abriter cette réunion.

Horst Kohler a choisi la deuxième ville, qui se trouve être celle du secrétaire général Antonio Guterres. Initialement, Nasser Bourita devait s’entretenir avec l’envoyé personnel en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich. Finalement, la rencontre n’a pas eu lieu. Car, on s’est aperçu que Horst Kohler était en train de caler d’autres rendez-vous, toujours en marge de cette Conférence.

Ce qui risquait de donner l’impression du démarrage d’un processus, qui s’engageait à l’image de celui de Manhasset. Or, il était plutôt question d’une réunion bilatérale. Alors, pour éviter toute ambiguïté, le Maroc a préféré différer ce rendez-vous et proposer une autre capitale afin d’abriter la rencontre d’aujourd’hui. Une manière d’éviter que l’Allemagne, pays de Kohler, ne soit un cadre de discussion.

Rabat en a de mauvais souvenirs, car Christopher Ross avait influencé la position américaine sur la question. Or, ce scénario ne devait pas se reproduire. Il était judicieux d’écarter l’Allemagne pour que ce pays ne soit pas lié à Horst Kohler, un fonctionnaire avec un mandat de l’ONU. Surtout que l’Allemagne va entrer dans le Conseil de sécurité. La réunion de Lisbonne met fin à une «fake news», alimentée par Alger et le polisario qui faisaient croire à une crise entre Rabat et Kohler.

Dans les discutions d’aujourd’hui, le cadrage est primordial. C’est l’envoyé personnel qui doit dévoiler ses cartes et montrer le chemin qu’il compte emprunter. La délégation marocaine sera en mode écoute, pour reprendre l’expression d’un fin connaisseur des arcanes du dossier. Le communiqué publié vendredi dernier a planté le décor, en se basant sur 4 fondamentaux énumérés dans le discours royal à l’occasion du 42e anniversaire de la Marche verte, le 6 novembre dernier.

Le premier des principes de la position marocaine est on ne peut plus clair: «Aucun règlement de l’affaire du Sahara n’est possible en dehors de la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son Sahara, et en dehors de l’Initiative d’autonomie, dont la communauté internationale a reconnu le sérieux et la crédibilité».

Le deuxième porte sur  «les expériences passées qui devraient permettre de méditer sur une évidence: le problème n’est pas tant de trouver une solution à cette affaire, mais plutôt d’arriver à définir le processus à suivre pour y parvenir». Le troisième principe défini par SM le Roi appelle au «plein respect des principes et fondamentaux retenus par le Conseil de sécurité pour le traitement de ce conflit régional artificiel.

Cet organe onusien est, de fait, la seule instance internationale chargée de superviser le processus de règlement». Dernier principe, «le refus catégorique de tout dépassement, de toute tentative de porter atteinte aux droits légitimes du Maroc et à ses intérêts supérieurs, de toute proposition obsolète visant à écarter le plan de règlement des paramètres référentiels retenus, de l’insertion abusive d’autres sujets, lesquels sont traités par des institutions compétentes», avait souligné SM le Roi.

En tout cas, cette réunion intervient à la veille d’un premier exercice pour Horst Kohler. Il doit présenter ses idées sur le dossier du Sahara marocain au cours de ce mois, avant son rapport en avril. Sans vouloir anticiper, l’envoyé personnel a deux possibilités.

La première est une sorte d’exercice d’échauffement, sur le mode descriptif. Il s’agira d’aborder les préparatifs, les visites dans la région et les entretiens avec différents intervenants. La deuxième possibilité consiste à lancer quelques pistes sur la base de ce qu’il avait annoncé en octobre dernier, une sorte d’intégration qui passe par l’économie avant d’attaquer le politique.

Par ailleurs, dans les discussions pour la résorption de ce conflit artificiel, il y a de plus en plus une prise de conscience sur la nécessité d’impliquer l’Algérie dans le tour de la table des négociations au lieu de la laisser manœuvrer dans l’antichambre comme elle l’a fait jusqu’ici.

Même la position du secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres abonde dans le même sens. Cependant, il est hors de question d’impliquer l’Union africaine dans ce dossier comme le souhaite notre voisin de l’Est. Pour Rabat, ce processus est sous la responsabilité exclusive de l’ONU.

Légitimité politique et démocratique

La composition de la délégation marocaine n’est pas fortuite. Le choix d’y intégrer Sidi Hamdi Ould Errachid et Ynja Khattat est judicieux (le premier est président de la région de Laâyoune-Sakia Al Hamra, le second est à la tête de la région de Dakhla-Oued Eddahab). Il s’inscrit dans le cadre de l’offre d’autonomie présentée par Rabat. Aujourd’hui, le Maroc est engagé dans la mise en œuvre de la régionalisation avancée. L’implication des élus des provinces sahariennes dans les discussions confère à l’approche marocaine une légitimité politique et une crédibilité démocratique. Une démarche qui permet aussi de clouer le bec à ceux qui cherchent à présenter les séparatistes du Polisario comme les seuls représentants des populations sahraouies. La délégation comprend également Omar Hilale, ambassadeur et représentant permanent du Maroc à New-York et fin connaisseur du dossier et des arcanes de l’ONU.

 

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