Entreprises

South Economic Women Initiative: Le formalisme au travail, totalement «has been»!

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5222 Le 05/03/2018 | Partager
Rencontre de femmes chefs d’entreprises autour de la question du digital
Un secteur encore dominé par les hommes
south-economic-women-initiative-022.jpg

Elles étaient autour de 300 à participer à la 3e édition de la South economic women initiative (SEWI), qui s’est tenue ce week-end à Marrakech (Ph. Mokhtari)

«Nous voulons des gros sous, non pas pour acheter de grosses voitures, mais pour monter nous aussi de gros business». Ici, comme l’exprime Reine Essobmadje, à la tête de Evolving consulting, pas question de parler microfinance, ni microsociété. La South economic women initiative (SEWI), qui vient de tenir sa 3e édition à Marrakech, a réuni un parterre de femmes ambitieuses venues du monde entier.

Organisé par l’AFEM, l’association des femmes chefs d’entreprises du Maroc, sous le Haut Patronage de Sa Majesté Mohammed VI pour la 2e année consécutive, ce rendez-vous s’est consacré au digital. Face à elles, deux ministres, un wali et un président d’université ont ouvert les débats. La démonstration que les postes à responsabilité sont essentiellement occupés par des hommes.

Si l’équilibre est atteint chez les étudiants, les femmes sont en effet de moins en moins visibles plus on grimpe les échelons. Pour ne prendre que le secteur du numérique, la part de jeunes femmes au sein des universités de technologie est de 53%, alors que 36% seulement restent dans ce domaine professionnel une fois leurs études terminées, et 7% accèdent à un poste de management.

Des chiffres rapportés par la directrice nationale d’IDC North Africa, Ouafa Kathir, qui rappelle également le constat de la Banque mondiale qu’à titre égal, même diplôme et même qualification technique, une femme gagne près de la moitié de ce que gagne un homme. «Peu de femmes poussent la porte de mon bureau pour demander une augmentation. Un problème que n’ont pas les hommes», précise Saloua Karkri Belkziz, présidente fondatrice de l’AFEM.

Alors la femme serait-elle son pire ennemi? «Il faut savoir de quelle génération nous parlons. Pour les trentenaires, le digital est complètement intuitif. Au Kenya, qui a sa propre «silicon valley» aujourd’hui, de nombreuses applications sont créées par des femmes, et de nombreux boot camps les forment en IT», précise Nadia Mensah-Acogny, auteure pour Forbes Afrique du classement des 100 femmes les plus influentes du continent.

Ajoutant que «tout dépend de la manière dont on élève nos filles et nos fils. Quand l’éducation repose sur l’égalité des chances et de traitement, elles acquièrent de la confiance et ça change tout pour leur avenir». Même son de cloche chez Reine Essobmadje, ingénieur télécom à la tête de son cabinet de conseil basé entre la France et le Cameroun, pour qui «l’éducation a fait toute la différence. Je ne me suis jamais limitée au fait que j’étais noire, ni une femme».

Oser. C’est sûrement ce qu’a fait Souad Elmaallem, en quittant Bombardier Aéronautique pour créer, au Canada, l’entreprise de conseil 6temik pour industriels et investisseurs intéressés par une stratégie en Afrique. «La seule limite est de savoir si oui ou non nous allons nous lancer. Si moi aujourd’hui je suis dans l’Intelligence Artificielle, tout le monde peut l’être» motive-t-elle.

Ajoutant que «nous sommes tous, hommes et femmes, sur une même ligne de départ puisque, personne n’est encore vraiment prêt pour le tout digital. Alors profitons-en!». Encore faut-il pouvoir briser ce fameux plafond de verre, particulièrement résistant pour les femmes issues des milieux modestes.

«Bouleverser un marché», «oser la rupture»...

Les grands groupes se l’arrachent. Caroline Faillet, l’invitée du SEWI 2018, est netnologue. Comprenez experte du domaine digital. Au sein du cabinet Bolero qu’elle a co-fondé, elle touche à tout: e-réputation, influence, nouveaux business ou digitalisation de l'expérience client. Pour elle, un mot d’ordre: «disrupter business model». En d’autres termes: bouleverser un marché en suivant le modèle économique de l'innovation. «Observer les comportements et les usages, croire en sa vision, oser la rupture, et surveiller son exécution sans relâche» pourrait être sa devise. Une sorte de combat pour l’auteure de «L’art de la guerre digitale», primé en 2017 par l’Académie des sciences commerciales. «Preuve que le créneau est porteur puisqu’en 2006, 1 entreprise IT faisait partie des 10 premières mondiales, alors qu’en 2017, les 5 plus grosses entreprises dans le monde opèrent dans le secteur des technologies». Pour prendre leur revanche sur les géants de la Silicon Valley, les acteurs locaux ont tout à gagner avec le «physigital», ou quand le monde physique s’imbrique dans l’univers numérique. Parfait pour développer le secteur du commerce, selon elle. Un exemple? L’enseigne américaine Nordstrom envoie à ses clients une notification lorsqu’ils passent à proximité d’un magasin qui dispose d’un produit qu’ils ont ajouté à leur panier sur le site internet. Simple et efficace.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc