Tribune

Quel avenir pour le tissu industriel marocain?

Par Youssef SAYARH | Edition N°:5221 Le 02/03/2018 | Partager

Youssef Sayarh a été directeur du Project Management Office du groupe OCP et a contribué à la réalisation des unités industrielles du groupe dont les joint-ventures avec ses partenaires étrangers. A son arrivée, le président Mostafa Terrab le chargea du déploiement du concept d’écosystème. Depuis juillet 2009, Youssef Sayarh est managing partner du cabinet Central Management Group. Il conseille les entreprises notamment dans l’amélioration de leurs performances globales et dans l’implantation et l’expansion de leurs investissements au Maroc (Ph. YS)  

Par les temps qui courent, nos entreprises commerciales de taille moyenne ou grande, particulièrement les importatrices et les grands distributeurs, devraient procéder à une révision de leurs stratégies. En effet, elles ne devraient plus se limiter à l’importation et la revente de produits ou articles  mais chercher l’opportunité d’élargir leur activité à leur production.

C’est le principe de la croissance par intégration dans la chaîne de valeur. En zoomant un peu plus, on se rend compte que les entreprises qui doivent procéder d’urgence à cette révision de stratégie (si ce n’est déjà tard!) sont celles qui commercialisent des produits liés de près ou de loin à l’un des métiers mondiaux du Maroc. Et elles ne sont pas les seules bien sûr!

Un exemple simple juste pour illustrer ces propos: un importateur d’essuie-glaces de voitures au Maroc. Sa force réside dans son réseau de revendeurs disséminés dans plusieurs villes. Mais c’est là aussi où résiderait sa faiblesse si un fabricant d’essuie-glaces s’implante au Maroc dans le sillage de l’écosystème automobile (Renault, Peugeot ou autres).

Si ce fabricant est «gentil», il livrera à notre importateur les essuie-glaces qu’il produit localement et les vendra ici à travers «l’ex-importateur».Celui-ci gagnera alors sur ses coûts d’achat et fera plus de bénéfice sur ses ventes. Il pourra aussi, facilement, étendre ses zones de vente à d’autres pays. Le Maroc renforcera alors ses exportations. 

Mais si le fabricant est «gourmand», il livrera directement aux détaillants des pièces détachées! Et mettra l’importateur marocain hors-jeu.

Par conséquent, nos gros importateurs (tous!) devraient analyser leurs forces et faiblesses et:

soit chercher un partenariat gagnant gagnant avec les fabricants déjà installés au Maroc et qui bénéficient de facto d’un avantage concurrentiel indéniable (le coût de revient);
soit lancer avec leurs fournisseurs étrangers l’implantation d’usine de fabrication localement (joint-venture).

Autrement, ils devraient se préparer à fermer boutique. Et voilà qu’ils perdront, et le Maroc avec eux, quelques milliards de bénéfices, voire quelques points de PIB si le fabricant s’installe dans un pays proche.

D’autres impacts positifs de telles initiatives de croissance des importateurs marocains résident dans la création d’emplois et la réduction des besoins en devises.

Importer et vendre des produits est bien, les fabriquer au Maroc est mieux. Nos experts sont assez expérimentés pour faire réussir cette mutation du statut d’importateur à celui de co-fabricant local. Et l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE), telle qu’elle a été reconfigurée par MHE, a un rôle important à assumer dans cette dynamique.

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L’écosystème de l’aéronautique a pris progressivement forme à Nouaceur autour de l’aéroport Mohammed V. De par son succès, ce schéma est parfaitement duplicable aux autres écosystèmes en construction (Ph. L’Economiste)

Nous sommes en période de bilans. Il y a lieu de réfléchir à la concurrence de plus en plus rude, aux risques plus importants, à la flexibilisation du dirham entrée en vigueur lundi 15 janvier 2018, etc.
Les grossistes et grands distributeurs sont aussi concernés.

Les grands commerçants ou grossistes des biens d’équipement et demi-produits sont particulièrement concernés par l’attraction de leurs fournisseurs à s’installer et  fabriquer au Maroc. Ils peuvent trouver d’importantes synergies avec les écosystèmes industriels déjà implantés dans le pays.

Les grands distributeurs comme Marjane, Carrefour et autres sont aussi concernés, pour trois raisons supplémentaires au moins:
leurs coûts logistiques sont élevés; les produits qu’ils vendent en marque blanche sont trop peu nombreux; la croissance conjointe contribuera grandement à leur expansion hors du pays.

Les problèmes que posent la croissance conjointe ou externe sont nombreux, dont: la dilution du pouvoir avec l'arrivée des nouveaux partenaires (risque de perte d'indépendance même quand il s’agit d’une filiale conjointe – joint-venture); la coordination de l’activité après la création de la joint-venture;  la divergence dans les objectifs recherchés sur le long terme; la valorisation des actifs apportés par chacun des partenaires le cas échéant.

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