Société

Le droit hébraïque a son centre de recherches

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5219 Le 28/02/2018 | Partager
Il porte le nom d’Abraham Zagouri, grand magistrat marocain
Il est abrité par le complexe de la synagogue Slat Attia à Essaouira
Un projet de société civilisationnel
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Pour lancer le Centre d’études et de recherches Abraham Zagouri sur le droit hébraïque au Maroc, étaient présents (de gauche à droite) El Habib Eddaqqaq, doyen de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales à Rabat, le fondateur Abdellah Ouzitane aux côtés d’André Azoulay, et Abderrahim Bouhmidi, le directeur de recherches du centre (Ph. Mokhtari)

Nouvelle marque de coexistence au Maroc. Le premier institut à prendre ses quartiers au sein du Centre de recherches Haïm Zafrani sur l’histoire des relations Islam-Judaïsme, qui s’apprête à ouvrir ses portes à Essaouira, va travailler sur le droit hébraïque au Maroc. Un centre de recherches imaginé par Abdellah Ouzitane, professeur à l’Université de Bordeaux, car, comme il le confie, «le Royaume est un bien commun à tous, chacun avec sa culture, ses croyances et son histoire».

Ce projet de société civilisationnel permet donc à deux ordres juridiques, le droit musulman et le droit hébraïque, de se faire connaître et de se rencontrer. El Habib Eddaqqaq, doyen de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales à Rabat, rappelle tous les atouts d’une «gestion sage et sereine de la chose religieuse», soulignant qu’il existe déjà, sans que cela soit vraiment connu des citoyens, des chambres réservées au droit hébraïque dans les tribunaux marocains.

Abderrahim Bouhmidi, le directeur de recherches de ce Centre d’études et de recherches Abraham Zagouri sur le droit hébraïque au Maroc, son nom complet, rappelle également que certains mots arabes viennent de l’hébreu comme «tkchita» qui signifie «bijoux». «Le droit hébraïque n’est pas un patrimoine à reléguer aux oubliettes», insiste-t-il.

Alors pour le faire vivre au présent, ce nouveau centre, opérationnel dans quelques mois, compte contribuer à la valorisation de sa mémoire coutumière et institutionnelle. Ce qui fait du Maroc une exception mondiale avec l’établissement et le maintien dans le pays d’un cadre juridique conforme aux préceptes du judaïsme. «La prise de conscience de la partie juive de notre identité n’est plus seulement réservée aux seules élites mais se ressent chez le plus grand nombre des citoyens.

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Le premier institut à prendre ses quartiers au sein du Centre de recherches Haïm Zafrani sur l’histoire des relations Islam-Judaïsme, qui s’apprête à ouvrir ses portes à Essaouira, va travailler sur le droit hébraïque au Maroc (Ph. Mokhtari)

Ce qui n’a pas toujours été une évidence, ayant été parfois attaqué et insulté suite à mes propos», explique le conseiller de Sa Majesté, André Azoulay. «Je suis confiant en ces générations montantes qui sont l’expression d’un consensus national», continue-t-il.

Le projet porte le nom d’Abraham Zagouri, magistrat, chercheur en droit hébraïque et membre de la Cour suprême au lendemain de l’indépendance du Royaume. Il a d’ailleurs été l’une des autorités les plus importantes de la communauté marocaine des magistrats, connu pour ses travaux de recherche essentiellement en matière successorale et matrimoniale.

L’ensemble de son œuvre est parachevée par un opuscule intitulé «Généralités sur l’application du droit mosaïque en matière de droit privé des Marocains israélites». Abraham Zagouri ayant suivi la dynamique insufflée par Sa Majesté Mohammed V s’agissant de la codification du droit musulman. Il laisse aux citoyens marocains des deux confessions une œuvre juridique, qui fait partie du patrimoine.

Le centre «mère»

Depuis de très longs mois, Essaouira concocte un complexe sans précédent, articulé autour de la Maison de la mémoire partagée, Bayt Dakira, la réouverture de l’une des 37 synagogues qu’a comptées la ville, Slat Attia, et le lancement du Centre de recherches Haïm Zafrani sur l’histoire des relations Islam-Judaïsme. Financé au ⅔ par l’Etat, il ne s’agit pas pour Azoulay d’une «démarche communautaire mais bel et bien nationale», qui sera associée à des institutions internationales scientifiques dans le cadre d’échanges et de partages. Le curateur de la synagogue est d’ailleurs musulman pour que «tous mes concitoyens musulmans y viennent, s’approprient les lieux, ouvrent la Torah…», continue le conseiller de Sa Majesté. Encore quelques retouches avant le grand lancement de ce lieu qui prend place sur l’ancien tribunal rabbinique d’Essaouira.

 

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