Culture

Exposition: L’Afrique n’est pas une île, preuve à l’appui

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5219 Le 28/02/2018 | Partager
40 photographes du continent au Musée Al Maaden
Une exposition-évènement jusqu’au 24 août
Une Afrique moderne et multiple
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La photographe ivoirienne Joana Choumali nous montre des hommes et des femmes «écrits» portant l’empreinte du passé sur leurs visages, derniers témoins d'une Afrique révolue (Ph. Macaal)

C’est une Afrique décomplexée, contemporaine et multiple que donne à voir l’exposition «Africa is no island», en cours au Musée d’art contemporain africain Al Maaden (MACAAL) jusqu’au 24 août.

L’exposition rassemble plus de quarante photographes émergents et établis, sélectionnés par la plateforme de photographies en Afrique: «Afrique in visu» et commissariée par ses deux fondateurs Jeanne Mercier et Baptiste de Ville d’Avray ainsi que la commissaire indépendante Madeleine de Colnet.

Des photographies, des installations qui font écho à une sélection d’œuvres issues de la collection de la Fondation Alliance et de travaux d’artistes de la scène marocaine. Inaugurée à l’occasion de la foire d’art contemporain africain «1.54» à Marrakech, l’exposition célèbre également l’ouverture à l’international du Macaal après une année de «soft opening», très riche en évènements. «L’Afrique n’est pas une île, mais un territoire connecté, plein de possibles».

Une phrase qui résume l’esprit de l’exposition sectionnée en trois parties : «Je suis ma représentation», «Dessiner des géographies» et «Recueillir l’histoire». Trois chapitres présentés comme une déambulation à travers l’image, réinvestissant l’imaginaire lié au continent africain et abordant des problématiques culturelles universelles telles que la tradition, la spiritualité, la famille et l’environnement…

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Des murs rouges en tadelakt ou en briques, du bleu tantôt du ciel tantôt de la mer, des éléments de chantier, les photographies de Hicham Gardaf, quasi abstraites relatent avec une certaine mélancolie les chroniques de sa ville natale (Ph. DR)

Les photographies quasi abstraites, pures, dépouillées, d’une modernité antonienne du Tangérois Hicham Gardaf, portées par un chromatisme des plus doux font face au réalisme brutal des œuvres de l’Ivoirienne Joana Choumali avec sa série «Habrée» qui signifie, en même temps, écriture et scarification. Des hommes et des femmes «écrits» portant l’empreinte du passé sur leurs visages, derniers témoins d'une Afrique révolue.

En créant des images imprégnées de spiritualisme en lien direct avec sa propre conversion au soufisme, l’artiste italo-sénégalaise Maïmouna Gueressi, photographe, sculpteur et vidéaste, nous propose une véritable ode au multiculturalisme.

Des œuvres quasi-architecturales avec des personnages qui se fondent avec leurs tenues, devenant ainsi des œuvres et qui contrastent avec les images multicouches d’Ishola Akpo, photographe ivoirien installé au Bénin avec sa série «L’essentiel est invisible pour les yeux».

Exposés lors du Festival de la photo de Lagos, les clichés nous emportent dans l’histoire familiale et les souvenirs du photographe en illustrant avec soin la dot de sa grand-mère (bouteilles de gin, habits et perles) pour mettre en lumière leur charge symbolique.

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L’artiste suisso-guinéenne s’inspire des multiples cultures qui l’imprègnent (animiste, musulmane et protestante) pour explorer les symboles africains. Ici, elle donne chair aux statuettes faisant partie des rituels cérémoniels guinéens dans une série de photographies intrigantes, presque dérangeantes (Ph. Macaal)

Une Afrique loin d’être figée, unique, mais bien multiple qui se raconte par l’image, mais également par l’installation sonore, la vidéo, la sculpture. A l’instar de l’artiste italo-belge d’origine et casablancaise de cœur, Anna Raimondo, qui a été invitée à reproduire le paysage sonore de la ville Marrakech, nous invitant d’emblée à une immersion totale dans les ruelles de la médina.

L’installation fait face à un portrait d’une «Marocaine du Sud» issu de la série «Les Marocains» de l’artiste Leila Alaoui, qui dresse, à travers ses personnages, un univers marocain qui tend à disparaître sous les effets de la mondialisation. A quelques encablures, l’installation de Mustapha Azeroual, poétique et sonore, représente un arbre bien étrange.

Faite de plaques de céramique sur lesquelles l’artiste s’est amusé avec la gomme bichromatée à imprimer des motifs d’arbre, l’œuvre convie le spectateur à la contemplation d’images en trois dimensions évoquant l’idée du vent dans les branches, de la lumière et des ombres…

L’ensemble de l’exposition se visite comme une ballade à travers des passages singuliers. La scénographie, signée par le cabinet franco-marocain Lazraq Bret, simule une véritable médina faisant écho à l’architecture traditionnelle de la ville. Des arches marquent l’entrée d’un univers clos et mystérieux à travers une configuration dédalique, presque contraignante, qui invite le visiteur à découvrir les œuvres petit à petit, ne laissant rien présager de la richesse que le parcours recèle.

 

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