Analyse

Compétitivité industrielle/Mesures de LF 2018: Le verre à moitié vide…

Par Nadia DREF | Edition N°:5218 Le 27/02/2018 | Partager
Poursuite de l’appui aux entreprises et l’intégration de l’informel
OPCI, Sukuks… Diversification des instruments financiers
IS progressif, attractivité du dispositif Tahfiz…
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Selon une étude d’Inforisk, à peine 6,6% des TPE et 7,8% des PME exportaient en 2014. Depuis leur création, la part du chiffre d’affaire export reste stable aussi bien pour la TPE (4,8%) que pour la PME (9,6%). En valeur, ces montants croissent à un rythme annuel moyen de 22% par an, ce qui représente un signal positif pour les TPME

La faiblesse de compétitivité des entreprises, surtout des PME, préoccupe le milieu des affaires. Malgré les mesures d’appui mise en place par le Maroc, qui lui ont valu un meilleur classement au niveau du Doing Business (69e au lieu de 128e en 2010), la situation est préoccupante. Ce qui en dit long sur l’échec de toutes les mesures d’appui et d’accompagnement menées jusque-là.

Elaboration d’un cadre institutionnel pour la PME, révision en cours de la charte d’investissement, préparation de la révision de la charte de la PME, programme d’appui de Maroc PME, mise en place du CNEA depuis 2009 pour améliorer l’environnement des affaires, simplification administrative, réforme réglementaire, baisse des taux de financement… Toutes ces mesures ne profitent pas réellement à 95% du tissu économique national.

C’est dire que les gouvernements successifs n’ont pas pris très au sérieux le développement d’un tissu de PME fort, permettant l’émergence de champions nationaux capables d’affronter la concurrence internationale et de favoriser la création d’écosystèmes intégrés.

Aucun plan de sauvetage des PME n’est au programme malgré ce constat. Toutefois, le dispositif continue son petit bonhomme de chemin, comme si de rien n’était. La loi de finances 2018 consacre, certes, un axe au développement de l’industrialisation, l’incitation à l’investissement privé et le soutien des PME… Mais est-ce suffisant? Quid des mesures arrêtées cette année visant à améliorer les volumes à l’export.

Au programme cette année, la simplification des procédures par leur dématérialisation ainsi que la mise en œuvre des formules pour le soutien direct aux exportateurs. Ce qui passera par l’accompagnement de 50 entreprises dans le domaine de l’export. Sur le même registre, il a été décidé d’acter la connexion de 22.000 entreprises exportatrices au guichet unique dans le cadre de la mise en œuvre du plan national de simplification des procédures du Commerce extérieur.

S’y ajoutent 416 entreprises exportatrices bénéficiaires des contrats de croissance à l’export. Par ailleurs, 64 experts sont mis à la disposition des entreprises prometteuses bénéficiaires du programme d’audit à l’export. Dans le même sillage, un appui sera accordé aux exportations des provinces du Sud ainsi que la mondialisation des salons sectoriels et la généralisation de l’échange informatisé des données.

D’autant plus que la création de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE) s’inscrit dans cette même logique de redynamisation. D’autres mesures prévues par la loi de finances 2018 portent sur la poursuite de l’appui de la compétitivité des entreprises et l’intégration du secteur informel à travers un  cadre contractuel entre l’Etat et l’ANPME.

Cette mesure intervient dans le cadre de la feuille de route 2015-2020 visant la modernisation et la compétitivité de 20.000 TPME ou encore l’intégration de 100.000 auto-entrepreneurs qui devra contribuer à la création de 135.000 emplois. D’ailleurs, à fin août 2017, 50.807 auto-entrepreneurs ont été inscrits au Registre national des auto-entrepreneurs.

Pour faciliter l’accès au financement, l’Etat a fait le choix de la diversification et de la modernisation des instruments financiers. «Nous assistons à une concentration bancaire élevée avec des exigences excessives de garanties. L’existence de ces oligopoles défavorise les TPE en matière d’accès aux crédits bancaires», relève Tarik El Malki, directeur du développement, des relations internationales, de la recherche scientifique du groupe Iscae.

L’un des premiers résultats de cette diversification tant attendue se traduit par la mise en place d’un cadre législatif permettant la création des Organismes de placement collectif immobilier (OPCI). Des instruments qui constituent un nouveau véhicule d’investissement par les institutionnels.

Sur le même volet, il est prévu la poursuite des efforts complémentaires du cadre réglementaire pour l’émission des premiers titres Sukuks. En matière d’appui au secteur financier, 2018 sera marquée par l’accélération de la stratégie nationale de l’inclusion financière.

Pour une amélioration du climat des affaires, plusieurs mesures de promotion de l’investissement privé et de l’entreprise ont été introduites au titre de la loi de finances 2018. La mesure-phare, défendue par la CGEM, porte sur l’institution d’un barème progressif en matière d’impôt sur les sociétés (IS) en prenant compte des spécificités des secteurs bénéficiant actuellement de l’application des taux spécifiques et l’impact de cette mesure sur le budget de l’Etat.

S’y ajoute l’amélioration de l’attractivité du dispositif Tahfiz, en assouplissant les conditions d’exonération de l’IR au titre du salaire mensuel brut plafonné à 10.000 DH. Autre mesure permettant la montée en puissance des TPME opérant dans le digital, la réduction d’impôts suite à la prise de participation dans le capital des jeunes entreprises innovantes en nouvelles technologies (IT).

Autant de mesures qui visent certes la mobilisation des investissements, mais qui sont jugées insuffisantes par les opérateurs car elles «n’apportent pas de réponses claires et immédiates» aux contraintes des PME.

Pistes d’amélioration

L’étude BAD/Iscae/Femise propose plusieurs pistes d’amélioration:   
- Ré-auditer la conception des plateformes industrielles intégrées (P2I) pour qu’elles soient plus en adéquation avec les besoins des PME.
- Définir une stratégie de développement du fret (maritime, aérien, routier) en adéquation avec les ambitions commerciales affichées.
- Elargir le système du Fonds de soutien pour atténuer les effets négatifs des délais de paiement sur les PME.

                                                                              

L’Amdie, une superstructure très attendue…

Les entreprises exportatrices, surtout les PME, attendent avec impatience le démarrage effectif des activités de l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE). «Depuis cinq ans, nous avons arrêté de travailler avec Maroc Export.

A mon avis, la promotion ne se limite pas uniquement à participer à des foires et salons. Nous voulons construire une relation dans la durée grâce à une représentation spécialisée dans le secteur», souligne Hakim Abdelmoumen, président de l’Amica. «Nous misons sur l’Amdie pour pouvoir démarrer une nouvelle ère».

La super-agence résultant de la fusion de l’Amdi, Maroc Export et de l’Ofec ambitionne d’unifier et assurer une meilleure efficience et efficacité du système actuel pour le développement et la promotion des exportations, précise la tutelle. D’après Hicham Boudraa, directeur général par intérim, l’Amdie adoptera une nouvelle organisation par écosystèmes afin que chaque secteur ait un seul interlocuteur.

Cela évitera les déperditions du passé. Il n’y qu’à avoir le faible niveau de la percée des entreprises à l’export (1% du tissu économique) pour mesurer l’inefficacité de la multiplicité des intervenants, plombée par un manque de coordination et de synergies dans la promotion du «Made in Morocco». Pour l’heure, le flou persiste quant à l’organisation en interne de cette super-agence sachant qu’une grande partie du personnel de Maroc Export travaille encore à partir de Casablanca.

Finalement, ce n’est qu’en juin prochain que la fusion entre les équipes de l’Amdi et Maroc Export sera effective. Le temps de traiter les demandes de départ volontaire (DVD) et arrêter la liste finale des effectifs retenus. Encore faut-il fédérer tout ce beau monde autour d’une vision. A quand donc les premières retombées?

 

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