Economie

Médicaments contrefaits: La lutte s'organise

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5217 Le 26/02/2018 | Partager
Le Maroc plaide pour une stratégie conjointe et intégrée en Afrique
La lutte passe par la sécurisation du circuit, de la production à la prescription
Le trafic mondial atteint des niveaux alarmants!
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Pour Anass Doukkali, ministre de la Santé, «le nombre des délits inconnus des services de répression ne peut être que considérable. Le trafic des faux médicaments étant par nature une délinquance cachée» (Ph. Bziouat)

Lutter plus efficacement contre les médicaments falsifiés. C'est l'un des principaux défis du système de santé en Afrique. Ce sujet était le fil conducteur des débats lors des 2es Assises nationales du médicament et des produits de santé, tenues vendredi et samedi à Skhirat. Aujourd'hui, la situation est «plus que critique», comme l'a précisé Anass Doukkali, ministre de la Santé.

Au niveau mondial, 1 médicament sur 10 vendus est probablement contrefait. L'apparition de nouveaux canaux de distribution, notamment via Internet, complique davantage la situation. Selon l'OMS, 1 médicament sur 2 achetés sur des sites dissimulant leur adresse physique serait un faux. En 2010, le chiffre d'affaires mondial du trafic des médicaments contrefaits était estimé à 75 milliards de dollars.

Un chiffre qui a certainement explosé durant les dernières années, malgré les difficultés de disposer de statistiques précises et actualisées. «Le nombre des délits inconnus des services de répression ne peut être que considérable. Le trafic des faux médicaments étant par nature une délinquance cachée», selon Doukkali. C'est un domaine qui suscite beaucoup de convoitises, d'après plusieurs intervenants lors des Assises.

D'autant que «la conjonction de multiples facteurs comme la demande croissante de soins, la mondialisation des échanges, l'accès du crime organisé à des technologies sophistiquées de production... ont contribué à amplifier considérablement le phénomène», a expliqué le ministre de la Santé. Anass Doukkali a mis en avant la mobilisation du Maroc pour organiser la lutte contre ces activités criminelles en Afrique.

Ceci est d'autant plus important que «la falsification des médicaments s'attaque directement à l'intégrité physique des personnes». Différents intervenants ont été unanimes à dire que ce type de contrefaçon est «une activité criminelle intolérable, qui doit être poursuivie et condamnée avec fermeté». Actuellement, les réseaux de trafic des faux médicaments profitent de la faiblesse de la réglementation dans certains pays ainsi que l'absence d'une stratégie de lutte coordonnée.

Le Maroc, qui a lancé des investissements dans le domaine pharmaceutique en Afrique, veut se positionner en tête de pont dans cette bataille contre les faux médicaments. Pour Doukkali, «il est urgent de réfléchir sérieusement à développer une feuille de route pour activer et mettre en œuvre une stratégie conjointe, intégrée et adaptée».

Celle-ci devra s'attaquer à «l'écosystème» de falsification des médicaments sur le continent, à travers «la promotion de mesures correctives et coercitives». Le ministre de la Santé a rappelé que l'une des pistes a été déjà identifiée lors des 1res Assises nationales.

Il s'agit de mettre en place des «politiques pharmaceutiques nationales efficaces, prenant en compte les aspects de sécurité sanitaire dans toutes les étapes du circuit du médicament et produits de santé». L'idée est de verrouiller les différentes étapes, notamment l'achat des matières premières, la fabrication, la distribution et la prescription.

Par ailleurs, ces 2es Assises nationales du médicament et des produits de santé ont été l'occasion de rappeler les ambitions africaines du Maroc dans ce domaine. Rabat veut se positionner en tant que hub continental de l'industrie pharmaceutique.

Surtout face aux mutations rapides des technologies pharmacologiques et l'augmentation des besoins en médicaments efficaces et de qualité, comme l'ont souligné des professionnels lors de la rencontre. Des opérateurs avaient annoncé, il y a quelques semaines, la volonté de placer le Maroc au top 3 en Afrique dans le domaine de la recherche biomédicale axée sur les essais cliniques.

Résolution de Rabat

Le Maroc et plusieurs pays africains viennent de se doter d'un nouveau cadre institutionnalisant la lutte contre les médicaments contrefaits. Baptisé Résolution de Rabat, cet accord vise à renforcer les efforts dans le domaine de lutte contre ces produits falsifiés et à prôner les engagements à prendre dans ce domaine. Parallèlement, quatre protocoles bilatéraux ont été signés entre le Maroc et le Bénin, le Cap-Vert, le Burkina Faso et la République centrafricaine.

Le poids de la contrefaçon

  • 1 médicament sur 10 vendus dans le monde est probablement faux
  • 700.000 décès par an sont liés à la contrefaçon de médicaments contre le paludisme et la tuberculose
  • 75 milliards de dollars de chiffre d'affaires mondial du trafic des faux médicaments en 2010.

 

 

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