Economie

Centrales des risques: BAM veut prévenir les crises

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5216 Le 23/02/2018 | Partager
Un outil décisif de l’infrastructure financière
Un nouveau paradigme de surveillance et d’évolution
Un système de partage d’informations basé sur 2 piliers
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Pour Abdellatif Jouahri, il est important de «faire évoluer très rapidement le cadre légal et réglementaire du crédit bureau afin d’élargir son périmètre à d’autres fournisseurs de données non financières» (Ph. Bziouat)

Renforcer l’évaluation du crédit au Maroc, tel a été l’objectif d’un séminaire international organisé hier par Bank Al-Maghrib et la SFI, filiale de la Banque mondiale. De grands spécialistes du monde entier des centrales de risques participent à cet évènement, considéré comme «une première au Maroc». En effet, ils viennent d’Afrique, de la région Mena, de banques centrales européenne, allemande, française, italienne, voire brésilienne.

L’objectif est de mettre en place des centrales des risques qui vont aider à la stabilité financière, un meilleur suivi des crédits, et à la prévention des crises économiques. En ouverture de la rencontre, Abdellatif Jouahri, en compagnie de Xavier Reille, directeur de la SFI pour le Maghreb, a montré l’intérêt du partage des expériences pratiques entre les experts de plusieurs pays.

Selon lui, les apports du crédit reporting réside dans l’évaluation du risque crédit des emprunteurs, de la réduction des défauts de paiement et de l’accès au crédit bancaire. «Les pays qui se sont dotés de crédit bureau ont pu remédier à la problématique d’asymétrie de l’information et améliorer substantiellement la qualité du portefeuille des établissements de crédit. Toutefois, la crise récente révèle le besoin pressant de statistiques plus granulaires, interconnectées et flexibles», souligne le wali.

Un besoin qui fait naître un nouveau paradigme de surveillance et d’évaluation de la stabilité du secteur financier. Celui-ci s’appuie sur une infrastructure intégrée de partage d’informations sur le crédit, elle-même basée sur deux piliers. Le premier est «un système de crédit bureau pour l’appréciation au profit de l’industrie du crédit», dit-il, avant de mentionner les étapes franchies par BAM pour développer son dispositif d’information financière et rehausser sa convergence vers les normes internationales au cours des dix dernières années. 

Abdellatif Jouahri a abordé le chantier à l’ordre du jour. Il s’agit «de faire évoluer très rapidement le cadre légal et réglementaire du crédit bureau afin d’élargir son périmètre à d’autres fournisseurs de données non financières, notamment les opérateurs télécoms et les régies d’eau et d’électricité». Pour lui, cette évolution permettra une meilleure accessibilité au crédit pour les personnes non bancarisées. 

Le second pilier est une centrale des risques, gérée par les banques centrales au profit de leurs missions institutionnelles. Ainsi, BAM a entamé avec la SFI «une mission de diagnostic du dispositif actuel et a procédé à l’identification des caractéristiques de la centrale des risques pour notre banque», a précisé le wali, avant de donner la parole à Xavier Reille qui a insisté sur la nécessité de créer une infrastructure financière solide pour que les entreprises puissent trouver les financements dont elles ont besoin.

Selon lui, près de 23 millions de PME sont dénombrées au sein de la région Mena. Les deux tiers d’entre elles font face à des difficultés pour trouver les financements dont elles ont besoin. Pourtant, «elles contribuent à hauteur de 90% de l’activité économique de la région, mais ne bénéficient que de 8% de l’encours total des prêts octroyés par les banques», rappelle le patron de la SFI pour les pays du Maghreb. Ce paradoxe et «cette frilosité s’expliquent par le facteur risque.

«Les banques et les organismes de crédit manquent cruellement d’informations sur la situation des entreprises qui les sollicitent. Sachant que la principale préoccupation des prêteurs est de savoir si cette entreprise est à même de pouvoir les rembourser. Sans une réponse claire et précise, ils ne prennent tout simplement pas de risque et aucune offre de financement n’est proposée», martèle-t-il.

Les deux étapes

Dans l’utilisation des centrales des risques, BAM a franchi deux étapes décisives. En effet, dès 2009, la banque centrale a mis en place «le premier crédit bureau qui a constitué un pas décisif vers l’instauration d’une infrastructure de crédit reporting moderne». Le dispositif est devenu «un outil incontournable pour la prise de décision d’octroi de crédits aussi bien pour les particuliers, les entreprises que pour les associations de microcrédit», rappelle le wali de Bank Al-Maghrib. L’autre étape a porté sur la décision d’ouvrir le marché à la concurrence avec l’agrément d’un deuxième crédit bureau en 2016. Il s’agit d’un nouveau pas vers l’amélioration de la qualité des services rendus aux établissements de crédit et aux consommateurs, dit-il. Selon lui, «la palette des produits offerts s’est élargie et intègre désormais les outils d’aide à la décision tels que le scoring de comportement, le monitoring de portefeuille et l’alerting».

 

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