Economie

Pénurie d’eau: Le seuil d'alerte atteint au Maroc

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5209 Le 14/02/2018 | Partager
Les signes de l'épuisement sont déjà visibles
Trois secteurs voraces: l'agriculture, l'industrie et les ménages
Le gouvernement prend les devants
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Selon des données du FAO et de l’ONU, le Maroc est déjà considéré en stress hydrique avec seulement 500 mètres cubes d’eau par habitant et par an, contre 2.500 mètres cubes en 1960

La crise de l’eau s’installe. Le Maroc fait partie des 45 pays en pénurie d’eau dans le monde, selon les seuils définis par les Nations-Unies (voir carte). Nous sommes  encore loin d’une «pénurie extrême» (cas du Koweït, Bahreïn, Emirats arabes unis…) mais la situation devient de plus en plus critique. Sur le terrain, les populations de plus en plus nombreuses souffrent de la soif et sortent dans la rue pour le faire savoir(1).

Pour faire face au problème de pénurie d’eau, le gouvernement a mis en place un programme d’urgence. Il vise en premier lieu à assurer l’approvisionnement en eau potable pour les zones dépendant principalement de sources d’eaux vulnérables et à garantir l’irrigation des arbres fruitiers.

Une stratégie pour préserver les ressources hydriques a été développée depuis plusieurs années, assortie d’une charte nationale de l’environnement. Le plan national de l’eau, destiné à assurer la sécurité hydrique du Royaume, nécessitera plus de 200 milliards de DH à l’horizon 2030.

Le World Resources Institute (WRI, Institut des ressources mondiales) qui s’appuie sur les données émanant du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) avait déjà prédit une situation de stress hydrique pour le Maroc à long terme. Mais la crise de l’eau devient une réalité et les inquiétudes sont multiples.

Les chercheurs du WRI avaient relevé la prédominance des 3 secteurs les plus voraces en consommation d’eau: industriel, agricole et domestique. Les projections se basaient sur plusieurs critères: développement économique, démographique, pluviométrie, changements climatiques… Il était question de déterminer l’impact sur l’équilibre de l’offre et de la demande d’eau.

La pénurie d’eau affecte aujourd’hui 40% de la population mondiale. A l’horizon 2040, plusieurs régions du monde souffriront du stress hydrique, d’après les projections du WRI. Plusieurs facteurs impacteront la disponibilité des ressources hydriques. Cela va du réchauffement climatique, l’urbanisation galopante à la démographie en passant par les activités industrielles.

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La plupart des pays de la planète seront confrontés à des problèmes de carence en eau, mais ce sont surtout ceux d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient qui seront les plus touchés. Outre le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Libye seront aussi concernés par la raréfaction des ressources hydriques.

L’eau est au cœur du développement durable. Selon les chiffres de l’ONU, plus de 80% des eaux usées résultant des activités humaines sont déversées dans les rivières ou la mer sans aucune dépollution. Au moins 1,8 milliard de personnes dans le monde utilisent une source d’eau potable qui est contaminée par des matières fécales. L’exploitation des eaux usées représente une véritable opportunité en raison de l’abondance de cette ressource.

Traitées de manière sûre, les eaux usées représentent une source durable en eau, en énergie, en nutriments et autres matériaux récupérables. Alors que les retraits annuels d'eau douce ont déjà plus que doublé dans le monde entre 1964 et 2014 (dû à la croissance de la population, l'urbanisation et l'industrialisation), la demande dans les villes va encore augmenter de 50% d'ici 2030, selon l'ONU. «La demande globale pour l’eau pourrait augmenter de 30 à 50% d’ici 2050», indique la Banque mondiale dans son rapport «Uncharted Waters»(2).

Le Maroc est parmi les régions où l’eau est la moins disponible.  Une hausse qui sera causée par la croissance démographique, de plus en plus de consommation, d’urbanisation et de besoins énergétiques. Plusieurs des régions pour lesquelles d’importantes croissances démographiques sont prévues sont également celles qui souffrent le plus du stress hydrique et de la pauvreté.

Les risques environnementaux (conditions météorologiques extrêmes, crises de l’eau, échec de l'atténuation du changement climatique et de l'adaptation…) sont les principales menaces qui pèsent sur le monde cette année. C’est ce qu’avait révélé l’étude «Global Risks Report 2018», publiée par le Forum économique mondial.

Le Cap: 50 litres d'eau par personne et par jour…

La pénurie d'eau dans la ville du Cap en Afrique du Sud illustre la complexité de la fourniture de cette denrée de plus en plus rare. Les autorités sud-africaines viennent d’ailleurs de proclamer l'état de catastrophe naturelle dans tout le pays à cause de la sécheresse historique qui frappe depuis des mois la ville du Cap (sud-ouest), menacée d'une rupture d'approvisionnement en eau potable. Fixé un temps à la mi-avril, le «Jour zéro» où les robinets pourraient être à sec a été reporté cette semaine au 11 juin. Pour retarder l'échéance, les quelque 4 millions d'habitants de l'agglomération du Cap ont été invités à n'utiliser que 50 litres d'eau par personne et par jour, l'équivalent d'une douche quotidienne de trois minutes. Les autorités locales ont menacé d'infliger des amendes à ceux qui dépasseraient ce seuil mais leurs menaces n'ont, pour l'heure, pas été mises à exécution. Si le «Jour zéro» se produit, les Captoniens devront se ravitailler à 200 points de collecte d'eau, où ils recevront un maximum de 25 litres par jour et par personne. En plus du Cap, des pénuries consécutives à des sécheresses ont par exemple frappé en 2016 Freetown en Sierra Leone, La Paz en Bolivie ou Ouagadougou au Burkina Faso…

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(1) «Dans le Haut Atlas, la population piégée par une sécheresse inquiétante», cf. notre édition N° 5155 du 24/11/2017
(2)« Agriculture: Pourquoi les modes de production doivent être revus », cf. notre édition N° 5134 du 25/10/2017.

 

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