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Quand les cigarettiers enfument leurs clients

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5209 Le 14/02/2018 | Partager
La teneur réelle en goudron serait entre 2 et 10 fois supérieure, 5 fois pour la nicotine
Scandale sur une supercherie qui date de 1981
Paradoxe: Les fumeurs marocains demandent plus de teneur en goudron
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Les teneurs en produits nocifs d’une marque connue de cigarette, avec et sans ventilation, telles qu’affichées en 1984

Les cigarettiers sont attaqués pour «tromperie» sur nicotine. Le Comité national français contre le tabagisme (CNCT) a déposé plainte auprès du Parquet de Paris pour mise en danger de la vie d’autrui contre les filiales françaises de quatre cigarettiers: British American Tobacco, Philip Morris International, Japan Tobacco International et Imperial Brands, précédemment Imperial Tobacco.

Selon le plaignant, ces groupes tricheraient sur les teneurs en goudron, nicotine et monoxyde de carbone absorbées par les fumeurs. Les taux dépasseraient les indicateurs communiqués. «La teneur réelle serait entre deux et dix fois supérieure à celle indiquée pour le goudron et cinq fois supérieure pour la nicotine», dénonce le CNCT.

La supercherie a été dévoilée dès 1981, suite au lancement sur le marché suisse, par British American Tobacco, d’une nouvelle cigarette. L’argument commercial du cigarettier sur le produit était sa faible teneur en goudron. «Seulement 1 milligramme de goudron et 0,2 milligramme de nicotine», faisait valoir British American Tobacco.

En effet, grâce à des nombreuses micro-perforations dans les filtres des cigarettes, la fumée aspirée est censée être diluée en étant mélangée à l’air. En réaction, la concurrence a révélé les limites du procédé de fabrication: Le système de dilution n’est optimal que lorsque la fumée est extraite au moyen d’une machine à fumer réglementaire. Ces machines sont utilisées pour mesurer les taux de produits nocifs dans les produits de combustion du tabac.

Cela ne fonctionne que lorsque c’est une machine qui fume. Lorsqu’un humain fume, le système de dilution de fumée ou de ventilation ne fonctionne pas comme il se doit. En effet, l’emprise des lèvres et des doigts du fumeur sur les micro-perforations bouche l’essentiel du système.

La fumée n’est pas suffisamment ventilée et les niveaux de goudron et de nicotine qui pénètrent dans les poumons «explosent». Pareil pour les risques sanitaires. Le goudron étant un produit cancérogène, le risque de contracter un cancer augmente avec la dose à laquelle le fumeur est exposé.

De 1981 à nos jours, le procédé de fabrication introduit par British American Tobacco s’est répandu. Les filtres de la quasi-totalité des cigarettiers actuellement sur le marché ont ces micro-orifices d’aération. Suite à une injonction de la justice suisse, le groupe British Tobacco a fini par afficher, dès 1984, les teneurs en produits nocifs de ses cigarettes, avec et sans ventilation.

A la faveur de la loi sur la neutralité du conditionnement, entrée en vigueur en France en mai 2016, ces indications n’apparaissent plus sur les paquets de tabac. La France n’est pas le seul pays à prendre cette mesure. Le Royaume-Uni, la Hongrie et l’Irlande ont adopté le paquet de cigarettes neutre, c’est-à-dire sans logo, sans marque, il comporte seulement des avertissements de santé.

Au Maroc, les paquets de cigarettes indiquent la composition d’une cigarette en tabac et nicotine, mais aucune distinction n’est faite sur la teneur de ces produits avec et sans ventilation. Selon un cigarettier présent sur le marché local, «les fumeurs marocains demandent plus de teneur en goudron». Ainsi, la teneur réelle des cigarettes au Maroc serait plus importante en goudron, comparée au marché européen.

 

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