Analyse

Tourisme: Pourquoi Fès-Meknès n'arrive pas à décoller

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5209 Le 14/02/2018 | Partager
Ni le PDRT, ni la Vision 2020… n’ont boosté le secteur
Les projets annoncés accusent un énorme retard
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Depuis 2000, les arrivées touristiques ne cessent d’augmenter au niveau de l’aéroport Fès-Saïss. Agrandie, l’infrastructure aéroportuaire a atteint un record de 1,1 million de passagers en 2017. Sur ce total, plus de 700.000 sont des touristes

13 ans après la signature du Programme du développement régional touristique (PDRT) de Fès-Meknès et 6 ans après son remplacement par la Vision 2020, plusieurs projets annoncés piétinent encore. Zones touristiques inachevées, manque d’animation,  transport aérien défaillant… figurent parmi les principaux maux dont souffre actuellement la destination.

«Il est anormal que Fès, qui s’est dotée d’un nouveau terminal, ne soit pas connectée avec les capitales européennes et les villes africaines émettrices du tourisme spirituel et tijane», martèle Allal Amraoui, député (PI) de la ville. Un avis partagé par de nombreux opérateurs hôteliers pour qui le transport aérien constitue un véritable frein à l'essor de la destination.

«Il faut ouvrir la voie à d’autres compagnies aériennes pour desservir Fès… La RAM, qui a montré ses limites, ne peut pas, à elle seule, répondre à notre demande à des prix compétitifs», estiment-ils. Grâce à l’appui de l’Office national marocain du tourisme, plusieurs compagnies low cost desservent aujourd'hui la destination, mais c'est encore loin des performances réalisées par Marrakech qui affiche quelque 58 dessertes.

«Aujourd’hui, nous comptons à peine 18 dessertes avec 140 rotations hebdomadaires. Grâce à ces liaisons, la ville a certes terminé l’année avec plus de 900.000 arrivées. Mais nous devrions mieux faire», fait observer Driss Faceh, président du Conseil régional du tourisme.

Ce dernier compte sur un apport de la région pour booster la promotion de la destination. Les profssionnels ont d'ailleurs saisi le Chef du gouvernement le 13 janvier dernier pour lui demander formellement un appui afin d’améliorer l’attractivité de la destination.

Ceci, sans oublier les autres provinces, dont notamment Meknès, Sefrou, Moulay Yacoub, Taza, Boulemane et Ifrane, qui disposent également de grandes potentialités touristiques. «Il faut mettre le paquet aussi sur le développement du tourisme de randonnée dans les lacs et surtout la chasse à Ifrane», proposent d’autres opérateurs.

Les promesses de cinq ministres

Si Adil Douiri a le mérite d’avoir lancé le premier PDRT au niveau de la Région Fès-Boulemane en décembre 2005, aucun ministre de ceux qui l’ont succédé n’a porté une véritable attention à cette destination, pourtant très prometteuse. Les professionnels rappellent à juste titre que la tutelle a été dirigée par Yassir Znagui, Mohamed Boussaïd, Lahcen Haddad, et aujourd'hui par Mohamed Sajid. «Ce dernier ne s’est toujours pas réuni avec les opérateurs à Fès», souligne-t-on. Son prédécesseur avait, pour sa part, promis «une nouvelle approche dans le cadre de la Vision 2020».

Pour rappel, la Vision 2020 prévoyait une trentaine de projets dont le coût global s’élève à 8 milliards de DH. Dans cette enveloppe, l’investissement public ne représentait que 300 millions de DH. Le reste devait être supporté par des privés. «Nous avons opté pour 12 projets à Fès dont notamment un resort de 6.000 lits. Mais également des projets à Sefrou, Moulay Yacoub et Boulemane», déclarait à l'époque Haddad.

Pour le resort, un terrain avait été identifié dans la zone de Jnane El Ouerd. Pour les autres projets programmés, l’ancien ministre exhortait les communes à trouver un foncier adéquat. A noter que sur les 30 projets prévus, seuls 12 étaient dotés de terrains. Les 18 restants cherchaient toujours une adresse. A ce jour, aucun de ces projets n’est sorti de terre.

Sefrou, Moulay Yacoub et Sidi Hrazem…

Il en est de même pour les projets annoncés pour Sefrou, Moulay Yacoub, Sidi Hrazem et Boulemane. Pour cette dernière province, l’on prévoyait l’aménagement de nouveaux circuits touristiques pour une enveloppe de 72 millions de DH. Mais bien avant, il faut améliorer l’infrastructure routière. S’agissant de Sidi Hrazem et Moulay Yacoub, la tutelle comptait sur l’appui de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG). Seul bémol, le projet de la zone touristique Oued Fès aménagé par la Caisse a connu lui aussi un énorme retard.

Un Mövenpick  pour bientôt

Depuis son lancement en 2007, l’aménagement de la zone touristique Oued Fès de MedZ a connu plusieurs retards. La raison, le plan du projet a été revu à maintes reprises afin de donner une forte attractivité au site qui, rappelons-le, jouxte le palais royal de Fès. Nécessitant une enveloppe de 682 millions de DH, entre l’aménagement et la construction du golf, ce projet devrait drainer un investissement estimé à près de 2,6 milliards de DH et générer 5.500 emplois. Par ailleurs, concernant les lots hôteliers aménagés autour d’un golf 18 trous, la société Oued Fès, filiale de MedZ (Groupe CDG Développement), vient d’accorder son aval quant à la réalisation d’un hôtel 5 étoiles de l’enseigne Mövenpick. Un projet qui nécessitera 120 millions de DH et créera plus de 400 emplois. Contacté par L’Economiste, Mohamed El Rhaffouli, l’initiateur du projet, a noté que les travaux seront lancés incessamment. Bénéficiant d’un prêt, ce dernier a  signé un contrat de gestion d’une durée de 20 ans avec la chaîne Mövenpick.

Le secteur en chiffres

  • 368 établissements touristiques classés
  • 20.128 lits
  • 5% de la capacité hôtelière nationale
  • 1,4 million de nuitées en 2017, soit
  • 7% des nuitées réalisées au Maroc
  • 1,1 million de passagers en 2017, soit 10% des touristes au niveau national
  • 40 liaisons aériennes et 140 rotations hebdomadaires.

De notre correspondant permanent, Youness SAAD ALAMI

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