Chronique

La Conférence du FMI à Marrakech: Le monde arabe à la croisée des chemins

Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:5206 Le 09/02/2018 | Partager

Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 

Besoin urgent de réformes structurelles, amélioration de la gouvernance, lutte active contre la corruption, accroissement de la transparence.... figurent parmi les principales recommandations adressées par le FMI au pays de la région Mena pour accroître son développement, dans la déclaration de Marrakech.

«L’appel à l’action» a été publié à l’issue de la conférence internationale co-organisée par le FMI, le Fonds monétaire arabe (FMA) et le Fonds arabe pour le développement économique et social (FADES). L'objectif de cette rencontre, qui a réuni plus de 500 participants provenant de 22 pays, était de proposer des recommandations pour stimuler la croissance, l’emploi et l’inclusion notamment des jeunes et des femmes.

Véritable malédiction

Depuis 2011, le monde arabe a subi une véritable malédiction qui s’est traduite par de nombreux conflits politiques et une régression économique. Alors que les manifestants du «Printemps arabe» réclamaient plus de démocratie et une plus grande prospérité et égalité, plusieurs pays arabes sont tombés dans le chaos et l’instabilité. C’est le cas notamment de l’Irak, de la Libye, de la Syrie et du Yémen.

Depuis 2011, le nombre de victimes est estimé à 500.000 alors que 12 millions de personnes ont été déplacées en Syrie. Les infrastructures de ce pays et de celles du Yémen sont quasiment totalement détruites et un flot de réfugiés s’est répandu sur le Liban, la Jordanie, la Turquie et même l’Europe.

Le monde arabe a absolument besoin de réformes structurelles, sinon la situation actuelle va empirer dans la prochaine décennie. Les experts estiment que si rien n’est fait, le chômage moyen de la région Mena risque d’atteindre 14% en 2030. Le monde arabe n’est pas monolithique, aussi faut-il adapter les réformes aux spécificités de chaque pays arabe.

Cependant certains défis sont communs et des solutions communes peuvent apporter une solution. C’est le cas par exemple des femmes qui doivent jouir partout dans le monde arabe des mêmes droits que les hommes. Constituant 50% de la population, leur intégration dans la vie active va peser lourd dans le développement économique et social.

L'une des recommandations concerne en priorité la scolarisation à 100% des filles pour leur assurer la formation et les compétences nécessaires pour décrocher un travail. La seconde priorité est celle des jeunes devant bénéficier d’un enseignement approprié apte à leur permettre de s’intégrer dans le monde du travail.

Afin qu’ils puissent accéder à la nouvelle économie, les programmes d’enseignement doivent accorder une large place aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), et à l’apprentissage des langues étrangères dont notamment l’anglais devenu la langue des affaires et de la science.

Autre défi, les préparer également aux opportunités ouvertes par l’économie verte. Il est nécessaire également de leur inculquer dès l’enfance l’esprit d’entrepreneuriat, de les accompagner dans l’incubation de leurs projets, et de la recherche de financement.

fmi_croissance_006.jpg

La croissance s’améliore légèrement dans les pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Cependant, les conflits civils et le chômage élevé continuent de peser sur les perspectives régionales, estime le FMI. Les pays devront poursuivre leurs plans de diversification de l’économie et continuer à mettre en œuvre des politiques en faveur de l’emploi et la productivité, notamment des réformes dans l’éducation et les infrastructures

De leur côté, les entreprises doivent investir davantage dans la région et collaborer avec le secteur public pour améliorer les infrastructures. C'est d'ailleurs ce que Christine Lagarde, Directrice Générale du FMI, avait notamment mis en exergue dans son discours: «le vieux modèle où l’État est l’employeur de premier ressort n’est plus viable. Le secteur privé doit entrer en action et se développer, et, à certains égards, l’action des pouvoirs publics peut être utile. Il s’agit de mettre en place des conditions égales pour les entreprises privées en combattant la corruption, en intensifiant la concurrence et en tirant parti du commerce mondial et des nouvelles technologies».

Les autres recommandations visent l’amélioration de la gouvernance pour offrir des services publics efficients et en toute transparence. Aussi est-il nécessaire d’établir des programmes de croissance inclusifs et d'augmenter les dépenses sociales pour venir en aide aux personnes les plus défavorisées.

Sur la liste aussi, l'amélioration du climat des affaires pour les investisseurs nationaux et étrangers. Dans plusieurs pays arabes, il est nécessaire d’élargir l’assiette fiscale, de réduire les exonérations d’impôts, et de lutter contre la fraude fiscale. A l’instar de l’Egypte, il est recommandé de remplacer les subventions gouvernementales aux produits de base par des transferts ciblés aux personnes les plus démunies. Enfin, prendre toutes les mesures pour soutenir le secteur privé,  seul à pouvoir résorber le chômage.

Après le choc de 2011, le monde arabe est ainsi à la croisée des chemins. Tous les acteurs de la nation, Gouvernement, Parlement, Société civile, doivent concourir pour le sortir de la situation désastreuse où il se trouve aujourd'hui.

Croissance, emploi, jeunes, femmes...

femmes_emplois_006.jpg

Sur le plan économique, la région Mena (Afrique du Nord et Moyen-Orient) n’a connu qu’une croissance moyenne de 3,6% depuis 2011, soit un tiers de moins que la décennie précédente. Du fait de la baisse du prix du pétrole à partir de 2014, les pays arabes exportateurs de pétrole ont vu leur déficit budgétaire grimper à 10% du PIB, alors que les pays arabes importateurs de pétrole ont vu leur dette publique atteindre 90% du PIB. Le taux de chômage moyen de la région Mena est de 10%, mais avec des disparités selon les pays (Qatar 1%, Jordanie 18%) et selon l’âge (les jeunes subissent un chômage de 25%). Ceci alors que 60% de la population de la région a moins de 30 ans, et que 27 millions de jeunes intégreront le marché du travail d’ici cinq ans. La masse salariale moyenne de la région Mena est de 10% du PIB, alors qu’elle ne représente que 6% du PIB dans les pays émergents. Les deux tiers de la population de la région Mena n’ont pas de compte bancaire, et le taux d’activité des femmes n’est que le tiers de celui des hommes. Enfin, les prêts aux PME ne s’élèvent qu’à 2% du PIB.

logo_imri.jpg

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc