Economie

Sécurité sanitaire des aliments: Encore des failles dans le dispositif marocain

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:5203 Le 06/02/2018 | Partager
Une mission d’audit européenne émet des réserves sur les résultats de certaines analyses
Elle pointe des seuils conciliants pour les résidus de métaux lourds
Un «stress-test» mal négocié pour le poulet et poisson d’élevage destinés à l’export
securite_alimentaire_003.jpg

Le secteur aquacole compte une vingtaine de fermes actives et emploie un peu plus de 250 personnes. Selon le ministère des Finances, l’Agence Nationale pour le Développement de l’Aquaculture  accompagne une vingtaine de projets aquacoles dont la capacité de production dépasse les 3.000 tonnes, en plus d’une écloserie de coquillages. En 2016, le Maroc a produit environ 540 tonnes de poissons d’aquaculture. Selon le rapport d’audit, depuis 2011 aucun poisson d’aquaculture n’a été exporté vers l’UE

Ni conférence de presse, ni communiqué du côté marocain. C’est pourtant un sujet qui aurait bien mérité quelques caméras et flashs: le rapport fâcheux que la commission européenne vient de produire au sujet de la sécurité sanitaire alimentaire. C’est le deuxième feuilleton en quelques mois après celui du poulet marocain destiné à l’export (cf notre édition du N°:5122  du 09/10/2017 ).

Le diagnostic européen fait suite à un audit qui s’est déroulé au mois de septembre 2017 et vise à évaluer la performance du système de surveillance marocain des résidus et contaminants touchant les animaux vivants et les produits qui leur sont destinés.

Le champ d’application de l’audit concernait uniquement les animaux et produits éligibles à l’exportation vers l’Union européenne (UE), à savoir le poulet et le poisson d’élevage. Justement, le dispositif marocain a été analysé en long et en large.

Dans ses grandes lignes, le rapport évoque des «insuffisances dans la planification et la mise en œuvre du plan de surveillance des résidus, notamment l’utilisation de certaines méthodes analytiques non validées, un champ d’essais qui ne reflète pas l’utilisation de certaines substances dans les secteurs avicole et aquacole». Cependant, dans ce genre de surveillance, le diable est dans les détails. L’audit met pratiquement un bémol sur la validité juridique de certains résultats.

Si les fonctionnaires européens reconnaissent que «les matériaux d’échantillonnage sont généralement adéquats», ils constatent cependant que «contrairement à la situation dans l’UE, aucun sceau n’a été utilisé pour empêcher la substitution d’échantillons en particulier dans les régions, où ils sont collectés, stockés et transportés aux laboratoires par des sous-traitants privés».

Pour la volaille, les auditeurs européens précisent que «les procédures de suivi documentées n’étaient pas encore en place au début de la vérification». L’ONSSA a donné l’assurance d’une adaptation au dispositif européen. Cependant, cela n’a guère rassuré. «En raison de l’absence de résultats non conformes depuis 2014, il n’a pas été possible de voir comment le système a fonctionné ou fonctionnerait dans la pratique puisque aucun audit n’a été mené».

D’autres critiques ciblent les délais de traitement des échantillons entre structures chargées du contrôle, le facteur temps étant décisif pour la fiabilité des résultats des analyses. Le contrat de l’ONSSA avec le LOARC (Laboratoire Officiel d’Analyses et de Recherches Chimiques de Casablanca), une autre structure relevant du ministère de l’Agriculture, exige un délai d’exécution de 21 jours ouvrables entre la réception de l’échantillon et la communication des résultats.

«Cependant, aucun contrôle de cette date limite n’a été requis au laboratoire et une vérification de l’ONSSA en 2017 au LOARC a révélé que le personnel n’était pas au courant de la date limite de 21 jours ouvrables requise». Les délais de traitement des échantillons dans les laboratoires variaient généralement de 21 à 30 jours, mais l’équipe de vérification dans les deux laboratoires visités a constaté des délais pouvant aller jusqu’à trois mois.

Soupçon d’utilisation de stéroïdes

Un autre travail de la mission d’inspection a consisté à évaluer le système de surveillance de l’aquaculture, soupçonné régulièrement d’utiliser des stéroïdes, en principe interdits  chez les animaux destinés à la consommation. La partie marocaine a bien prouvé qu’elle surveillait un anabolisant,  le trenbolone.

Seul hic, ce produit est peu susceptible d’être utilisé dans le poisson. C’est plutôt la méthyltestostérone qui intéressait Bruxelles. Bien qu’il ne soit pas autorisé au Maroc, les auditeurs considèrent que son utilisation illégale est plus probable et mériterait donc d’être inclus dans le   plan de surveillance marocain.

Par ailleurs, les niveaux d’exigence pour la surveillance des résidus ne semblent pas assez solides aux yeux de la commission européenne. Pour les métaux lourds, la législation marocaine établit des «seuils d’alerte» pour les volailles et les poissons d’aquaculture.

Le seuil pour le plomb dans les poissons d’aquaculture (0,5 mg / kg) est supérieur à celui applicable dans l’UE (0,3 mg/kg). Les auditeurs ont été informés par l’ONSSA, qu’un travail est en cours pour s’aligner sur la LMR (limite maximum de résidus) requise dans l’UE .

A en juger par le ton circonvolu de certains passages du rapport, parfois suivis de critiques sur «la confiance sur la fiabilité des résultats», les modalités de publication du rapport semblent avoir fait l’objet de vives discussions entre les parties européennes et marocaines, Bruxelles se préoccupant vraisemblablement de ménager les susceptibilités. Si bien que certains passages semblent alambiqués voire incompréhensibles.

Un aperçu: «Malgré ces déficiences, la mise en place d’un système de prescription des médicaments vétérinaires et l’efficacité des contrôles officiels sur la distribution et l’utilisation des médicaments vétérinaires atténuent le risque de non-respect des résidus dans les produits éligibles à l’exportation vers l’UE».

Les instances visées par l’audit

En plus de l’ONSSA, du LOARC (Laboratoire Officiel d’Analyses et de Recherches Chimiques de Casablanca), la mission d’inspection européenne a ciblé deux laboratoires sous-traitants, deux abattoirs avicoles (poulets et dindes), un abattoir pour les poissons d’aquaculture, deux piscicultures aquacoles.  Se sont ajoutés à la liste deux fermes avicoles, un grossiste et un vétérinaire qui distribuent des produits vétérinaires.

Qui s’occupe de la surveillance

Plusieurs entités composent le dispositif marocain de surveillance de la sécurité alimentaire. Si l’ONSSA qui relève du ministère de l’agriculture et de la pêche est l’autorité centrale compétente, l’une de ses structures filiales, la Division Sécurité Sanitaire des Produits Animaux, Sous-produits et Aliments de la Direction du Contrôle des Produits Alimentaires, est responsable de la planification, de la mise en œuvre et de la supervision du plan de surveillance des résidus avicoles. Au sein du même département, la division des Pêches et Aquaculture s’occupe des poissons d’aquaculture.
L’ONSSA dispose de 10 directions régionales dont le champ d’action est  l’exécution de sa politique. Les Services vétérinaires au niveau provincial ou préfectoral procèdent à l’échantillonnage pour le plan de surveillance des résidus de pisciculture en aquaculture. Le prélèvement des échantillons de volaille est effectué par les Services vétérinaires provinciaux ou sous-traités à des entreprises privées.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc