Politique

Pollution des barrages: Afailal tente de rassurer les députés

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5199 Le 31/01/2018 | Partager
La polémique du barrage Sidi Mohamed Benabdallah ravive les dissensions politiques
Pour elle, «il est impératif de tranquilliser les citoyens»
La ministre s’appuie sur des analyses pour lever les soupçons de contamination
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Interpellée par les députés sur la pollution du barrage Sidi Mohamed Benabdallah qui alimente en eau potable la zone entre Rabat et Casablanca, Charafat Afailal a prétendu  «boire de l’eau du robinet, sauf en cas de force majeure» (Ph. F. Al Nasser)

La pollution du barrage Sidi Mohamed Benabdallah, qui alimente en eau potable la zone du littoral située entre Casablanca et Rabat a atterri à la Commission des infrastructures et de l’environnement de la Chambre des représentants lundi soir. Et pour cause, les députés ont convoqué Charafat Afailal, secrétaire d’Etat en charge de l’eau, pour venir s’expliquer sur cette polémique qui a secoué l’opinion publique au point de se transformer en «psychose» dans la région.

Les assurances avancées par Charafat Afailal, qui a, par ailleurs, prétendu «boire de l’eau du robinet, sauf en cas de force majeure», n’ont pas convaincu les parlementaires qui l’ont pressée de questions pour connaître la véritable étendue du problème.

En fait, la majorité des députés s’en est pris à la Délégation générale de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion (DGAPR), dirigée par Mohamed Salah Tamek, coupable à leurs yeux d’avoir construit deux centres pénitentiaires dans une zone proche du barrage, qui sert à alimenter en eau potable une population estimée entre 7 et 8 millions d’habitants, vivant sur le littoral.

En tout cas, Charafat Afailal a volé à son secours, même si au début de la séance,  elle avait précisé n’avoir pas de «responsabilité sur la délégation pénitentiaire». Pour elle, affirmer que «la délégation de l’administration pénitentiaire n’a pas fait preuve du souci environnemental était faux.

La preuve: elle a équipé les deux centres pénitentiaires de stations de traitement des eaux usées». Sauf qu’entre temps, elle devait «fermer la prison de Zaki à Salé, pour des raisons de sécurité». Elle a donc invité les députés à s’interroger sur l’origine de cette décision de transférer les détenus de Salé vers Al Arjat.

Pour cette réunion de la Commission, la secrétaire d’Etat s’est appuyée sur «les résultats d’analyses de l’eau du barrage effectuées par un laboratoire dont elle a tu le nom pour ne pas lui faire de la publicité», a noté une de ses collaboratrices. «Il n’y a pas de pollution ni de bactéries dans cette eau», a-t-elle martelé, en invitant les députés à faire des contre-analyses s’ils le souhaitent.

«Attention, il faut respecter les normes, en utilisant du matériel approprié pour prélever les échantillons», prévient-elle. Pour Afailal, il est impératif de tranquilliser les citoyens, car «ce qui a circulé autour du sujet est dangereux et porte atteinte à l’image du Maroc et à la capitale». Elle a toutefois reconnu que «les sources de pollution  existaient dans plusieurs barrages». Des mesures de prévention, de protection et de sanction existent. Il faut les activer pour éliminer ces sources.

Cette polémique a pris des proportions politiques. Elle a démontré l’existence d’une fissure béante dans les rangs de la majorité. Si le PJD et le PPS ont cherché à «saluer la réactivité de la ministre venue s’expliquer devant la Commission» et à minimiser son rôle dans cette affaire, le RNI voit les choses autrement. C’est le député Mustapha Baytass qui est monté au créneau pour épingler Charafat Afailal.

Pour le directeur général du parti et l’étoile montante du RNI, «le sujet est grave. Ce n’est pas une polémique mais une crise qui nécessitait une intervention rapide au moment des faits». La communication de crise n’est pas au top. C’est cette gestion qui a prêté le flanc aux réseaux sociaux qui se sont donnés à cœur joie. Il a également critiqué l’octroi d’autorisations de construire à des établissements publics là où ils n’avaient pas le droit. Pour lui, l’Etat doit donner l’exemple.

L’USFP a également surfé sur le lien entre la responsabilité et la reddition des comptes. Selon un député de ce parti, l’administration pénitentiaire ne peut élaborer une vision sans avoir des études d’impact environnemental. Surtout que la réputation du Maroc, qui a abrité la COP22, doit être conservée.

Tout en épinglant l’Agence du bassin et la police de l’eau qui ont laissé faire, Mustapha Brahimi, député du PJD, s’est interrogé sur «les raisons d’attendre la polémique pour prendre des mesures exceptionnelles au lieu de traiter le problème à l’origine».

Au cours des débats, des députés ont malmené la DGAPR, l’accusant de tous les maux et exigeant que son patron rende des comptes suite aux dégâts causés. Du PJD au PAM en passant par les représentants d’autres partis, les parlementaires ont réclamé la délimitation des responsabilités au risque de sanctionner les fautifs. «Personne n’est au-dessus de la loi», ont-ils répété en chœur.

Surpeuplement

En réalité, l’origine du problème vient de la population carcérale qui a augmenté du jour au lendemain. Pourtant, les deux prisons sont récentes. «Al Arjat 1», ouverte en 2016 et conçue pour abriter 1.200 détenus, en accueille 2.300. Idem pour «Al Arjat 2» (ouverte en 2017) dont la capacité d’accueil est de 500 personnes. Elle se retrouve avec 2.300. Ce sureffectif s’explique par la fermeture de la prison de Zaki à Salé et le transfert des prisonniers vers les deux nouveaux centres de détention. Ce qui a impacté négativement la production des déchets et des eaux usées. Reste que les deux stations de traitement, réalisées par la Délégation de Tamek, n’ont pas suffi.
Pour régler le problème, le Secrétariat d’Etat et la Région ont décidé d’augmenter les capacités de traitement des deux stations. Ainsi, celle de la première prison sera prête dans un mois, a annoncé Charafat Afailal. En attendant ce jour, 6 camions citerne sont mobilisés pour pomper les fosses septiques.
Pour la seconde prison, l’appel d’offres pour l’extension de la station a été lancé et le marché sera octroyé au cours des prochains jours. Toutefois, il faudra compter trois mois avant que le marché ne soit exécuté. Là encore, ce sont les camions citerne qui feront le travail.

 

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