Culture

Rabat: Le cinéma Colisée renaît de ses cendres

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5196 Le 26/01/2018 | Partager
Rénovation de la salle pour en faire un multiplexe premium
Un projet de 10,1 millions de DH, selon le promoteur
Il pourrait être dupliqué dans d’autres villes et même en Afrique

Un vent frais souffle sur le cinéma marocain. Après El Kifah et l’Eden Club, c’est au tour de l’ancienne salle le Colisée du centre ville de Rabat, fermée depuis des années et tombée dans un état de délabrement, de subir une cure de jouvence. Les travaux de rénovation ont démarré depuis quelques semaines.

La nouvelle version, multiplexe, comprenant quatre salles, ouvrira ses portes vers la fin avril. Selon le promoteur du projet, Pierre-François Bernet, président de Chrysalis-films, une société française de production et de distribution, le concept retenu est de faire une salle de cinéma premium.

Les salles seront équipées de techniques les plus modernes comme les projecteurs 4 K, la 3 D ou encore le «procédé éclair-color», une première en Afrique, qui permet des images de haute définition. Selon lui, l’investissement s’élève à 10,1 millions de DH. Le Centre cinématographique marocain (CCM), qui soutient l’initiative, met la main à la poche avec une subvention de 3,6 millions de DH.

Pour rappel, le CCM a créé en 2012 un système d’aides pour contrecarrer le déclin enregistré dans le domaine de la projection cinématographique. Les chiffres avancés donnent le tournis et poussent à réagir au plus vite si on ne veut pas que cette expression culturelle ne sombre dans l’oubli. Ainsi, de 40 millions de billets vendus en 1980, ce chiffre a chuté à 1,6 million en 2016.

Dans la même foulée, plus de 300 salles de cinéma ont fermé. Cette situation catastrophique a donné à réfléchir et poussé les pouvoirs publics à publier un décret attribuant un soutien financier aux salles de cinéma pour leur numérisation, leur modernisation et pour la création de nouvelles salles. Selon le CCM, depuis 2013, le passage des salles au numérique est donc soutenu par l’Etat puisqu’en 2015, pas moins de 90% du parc des salles sont numérisés. 

En tout cas, pour réaliser son projet, Pierre-François Bernet a mis en place une filiale marocaine, baptisée Ciné Atlas. L’idée de se lancer dans cette expérience marocaine est venue à l’issue d’une rencontre sur le stand du CCM au Festival de Cannes en mai 2016. «Je suis tombé de ma chaise lorsque j’ai découvert le sort des salles de cinéma qui ferment les unes après les autres. Pourtant, dans le monde, le cinéma connaît un boom un peu partout alors qu’au Maroc, c’est l’inverse qui se produit», déplore-t-il.

Du coup, il s’est lancé dans cette aventure, sachant que Rabat ne compte pas de multiplexe. Ainsi, le chantier en cours prévoit la réalisation d’une grande salle de 240 places, une deuxième de 76 places, une troisième de 70 places et une dernière de 55 places dont une partie sera réservée aux personnes à mobilité réduite.

«J’aurais pu mettre plus de places mais je préfère offrir des fauteuils larges, confortables au lieu d’une grande salle avec 1.000 sièges et affreusement vides. Nous sommes sur une expérience tournée vers les clients», dit-il. Selon lui, «l’objectif est de faire du quartier Hassan l’endroit le plus cinéphile de tout le Maroc».

Cette zone compte, dans un rayon de 100 mètres, deux autres salles de cinéma, comme «la Renaissance» et «le 7e art». En tout cas, si cette expérience se révèle concluante, elle sera étendue à d’autres villes marocaines, avant de dupliquer l’expérience vers des pays de l’Afrique francophone. Cette nouvelle ouverture confirme la demande de plus en plus importante pour les salles de cinéma premium, avec une diversité de programmation grâce aux multiplexes. D’autres enseignes ont déjà franchi le pas, à l’image de Mégarama à Casablanca.

Piratage, «meilleur indicateur pour mesurer

l’appétit de cinéma dans un pays»

Le développement du piratage des films sur Internet et des DVD à bas prix ne dissuadent pas Pierre-François Bernet. Pour lui, au contraire, «ce phénomène est le meilleur indicateur pour mesurer l’appétit de cinéma dans un pays. Le Maroc aime le cinéma. Une autre expérience de cinéma, avec des salles haut  de gamme, pourrait réconcilier les marocains avec les salles désertées à cause notamment des mauvaises conditions et de l’absence du minimum de qualité. Le patron table sur 200.000 entrées à maturité, indique-t-il. Pour attirer ce public, il compte diversifier la programmation, avec notamment de grosses productions américaines. Le cinéma d’auteurs aura également sa place.

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