Economie

Ciment: Le marché au plus bas depuis 10 ans!

Par Nadia DREF | Edition N°:5189 Le 17/01/2018 | Partager
La consommation a cumulé à peine 13,8 millions de tonnes en 2017, en recul de 2,54%
Les professionnels manquent de visibilité
Aucune réaction de l’exécutif malgré la situation préoccupante
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Le secteur continue de subir de plein fouet les effets d’une conjoncture défavorable suite à la crise dans l’immobilier et la baisse des chantiers de BTP

Les cimentiers ne sont pas au bout de leur peine. Comme nous l’avions annoncé sur nos colonnes (Cf. L’Economiste du 27 décembre 2017), le marché cimentier a clôturé l’année dernière sur une note négative. Les volumes écoulés ont régressé de 2,54% en 2016 qui était déjà une année négative par rapport à 2015.

Pis encore, c’est la première fois depuis 10 ans que la consommation est au-dessous de la barre de 14 millions de tonnes. Le secteur s’est contenté de cumuler à peine 13,8 millions de tonnes. Les deux régions qui consomment le plus de ciment ont vu la demande fléchir de 4,2% au niveau de Casablanca-Settat et de 2,6% pour Tanger-Tétouan-Al Hoceïma.

En revanche, au cours de décembre dernier, les ventes ont augmenté de 1% seulement. Une petite hausse favorisée surtout par les retards cumulés de pluies qui ont permis aux chantiers d’avancer. Selon les statistiques de l’Association professionnelle des cimentiers (APC), les volumes écoulés ont atteint 1,12 million de tonnes contre 1,11 million au cours de décembre 2016. Cette légère amélioration aura permis de limiter les dégâts et ne pas dépasser 3% de baisse annuelle.

Principales causes: baisse des chantiers de construction (auto-construction et logements sociaux) et des travaux publics. Malgré ce repli de la demande, l’exécutif ne s’est jamais manifesté au cours de 2017. Aucune concertation n’a été entamée avec les professionnels pour sortir le secteur des matériaux de construction de sa léthargie.

Pis, l’écosystème «Matériaux de construction» est également mis en veilleuse. De même que le Plan Maroc Construction qui devait propulser le secteur et créer 200.000 emplois supplémentaires et entraîner un impact positif sur le chiffre d’affaires du secteur. 

Cette tendance baissière préoccupe davantage les professionnels qui manquent encore de visibilité. A ce jour, les prévisions pour 2018 ne sont pas encore arrêtées. Certes, il y a une lueur d’espoir après l’annonce par Abdelkader Amara, ministre de l’Equipement, de 42 milliards de la commande publique destinés au secteur des travaux publics en 2018, mais cela reste insuffisant.

Les professionnels ne disposent pas de visibilité sur le marché de l’auto-construction qui  représente 40% de la consommation du ciment. Pareil pour les intentions des Marocains résidents à l’étranger dont l’engouement pour la construction ou la rénovation a fléchi en 2017. Le ralentissement des projets de logements sociaux y est également pour quelque chose. Un secteur en pleine crise suite à la baisse de la demande sur ce type d’habitat, pourtant très convoité il y a quelques années.

Les stocks d’invendus s’amoncèlent au fur et à mesure au grand dam des promoteurs qui n’ont pas, tous, respecté le cahier des charges et qui ont souvent lésiné sur la qualité. Ils font face à une  correction du marché qui est lourde de conséquences.

                                                           

Surcapacité et baisse du régime de production

La surcapacité du secteur a dépassé 7 millions de tonnes en 2017. Les cimenteries continuent de réduire leur régime de production pour pallier la baisse de la demande. Ces industriels tournent à 67% de la capacité des installations. Ils ne sont pas les seuls, les industriels de matériaux de la construction ont également ralenti la cadence. Ils ont baissé leur production jusqu’à 50% dans certaines filières dont les briqueteries qui ont même observé des périodes d’arrêt.

Les cimentiers ont, par ailleurs, augmenté les exportations du clinker pour faire face à cette conjoncture morose. La capacité de production du secteur cimentier a stagné depuis 2012 atteignant 21 millions de tonnes. En 2017, il était prévu la mise en service de la cimenterie de Laâyoune du nouvel entrant Anouar Invest, à travers sa filiale Atlantic Ciment. Contacté par L’Economiste, le groupe n’a pas donné de détail sur sa mise en service programmée pour juillet dernier ou non.

D’une capacité de production de 500.000 tonnes par an, cette usine devait nécessiter un investissement de 300 millions de DH. Atlantic Ciment avait également lancé une seconde cimenterie dans la région de Settat. Dotée d’une capacité de production de 2,2 millions de tonnes par an, la mise en place de cette usine prévoit un budget de 3 milliards de DH.

Cette unité devra être mise en service fin 2018, selon les prévisions du groupe. Egalement dans le pipe, la poursuite du projet de construction de l’usine d’Agadir par le leader LafargeHolcim qui tablait sur une stagnation de la demande en 2017.

 

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