Economie

Boussaid: «Il n’y aura pas d'indépendance absolue car elle n’existe pas»

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5189 Le 17/01/2018 | Partager
Objectif de la réforme: Donner plus de visibilité aux investisseurs
Il n’y a «pas eu de bug» sur le dossier de la flexibilité du dirham
Le gouvernement et BAM ont le devoir de protéger les consommateurs des risques des monnaies virtuelles
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Mohamed Boussaid:  «La modernisation de notre économie exige que la politique monétaire soit complètement dégagée des turpitudes politiques parce qu’il faut donner de la visibilité aux investisseurs et à nos marchés» (Ph. Jarfi)

La grande crise financière mondiale a interpellé l’ensemble des gouvernements sur les rôles des banques centrales.  «La modernisation de notre économie exige que la politique monétaire soit complètement dégagée des turpitudes politiques parce qu’il faut donner de la visibilité aux investisseurs et à nos marchés», estime Mohamed Boussaid, ministre des Finances. 

Si le rôle de la Banque centrale est extrêmement important, toute la question aujourd'hui est de savoir comment lui donner plus d’autonomie, plus d’indépendance, plus de pouvoir pour gérer sereinement cette politique monétaire qui  «devrait donner un peu plus de souffle à notre croissance et à notre progrès».

- L’Economiste: Les députés redoutent l’indépendance totale de Bank Al-Maghrib. Qu’en pensez-vous?
-  Mohamed Boussaid:
Je n’ai pas senti d'appréhensions de la part des députés. Nous sommes au début des discussions concernant un statut très important et très attendu. Ce qui s'est passé dans le monde depuis la crise, interpelle l’ensemble des gouvernements sur les rôles des banques centrales. Bien sûr, la Constitution de 2011 impose une séparation des pouvoirs. La modernisation de notre économie exige aussi que la politique monétaire soit complètement dégagée des turpitudes politiques parce qu’il faut donner de la visibilité aux investisseurs et à nos marchés.  Le rôle de la Banque centrale est extrêmement important. Elle le fait déjà mais toute la question est de savoir comment lui donner plus d’autonomie, plus d’indépendance, plus de pouvoir pour gérer sereinement cette politique monétaire. Bien entendu, il n’y aura pas une indépendance absolue parce qu’elle n’existe pas. Nous continuons, la Banque centrale et le gouvernement, à travailler en bonne intelligence, en toute cohérence et en toute convergence. Il s’agit de la politique économique de notre pays qui doit reposer sur des fondamentaux sains et solides. Une politique monétaire devrait donner un peu plus de souffle à notre croissance et à notre progrès.

- Au niveau de la majorité, les députés du PJD ont exprimé des craintes au sujet de cette autonomie totale. Qu’en pensez-vous?
- Aujourd’hui, le projet de loi est en cours de discussion. Je pense que nous ne pouvons commenter ce que vous avancez qu’à l’issue des débats et du vote.

- Quels sont les mécanismes de coordination avec le gouvernement pour éviter certains bugs comme ce qui s’est passé avec la flexibilité du dirham ?
- Sur ce dossier, il n’y a pas eu de bug. Je peux le crier haut et fort, comme sur tous les autres dossiers, nous travaillons en parfaite harmonie avec la Banque centrale, parce que nous partageons les mêmes objectifs. Le ministère des Finances, au nom du gouvernement, est totalement inscrit dans cette réforme de nouvelle génération, qui a toute son importance et son actualité. Encore une fois, nous travaillons avec la Banque centrale en toute intelligence, cohérence et compréhension. Bien entendu, avec ce qui revient à l’un et à l’autre comme rôles, celui du gouvernement est d’enclencher le processus et à la Banque centrale de trouver les mécanismes pour une bonne exécution de cette réforme.

- Avez-vous prévu des dispositions pour contrer l’influence de certaines bulles comme la spéculation sur certaines monnaies virtuelles?
- Sur les crypto-monnaies, la décision est prise et le communiqué est on ne peut plus clair. Aujourd’hui, les monnaies virtuelles n’ont pas les caractéristiques de monnaies. Elles reposent sur le block-chain qui est une technologie d’avenir. Le Maroc doit s’y inscrire, mais aujourd’hui, la manière avec laquelle cette soi-disant monnaie est en train de se développer, a l’air beaucoup plus d’une spéculation qu’autre chose. Le devoir du gouvernement et de la Banque centrale est d’abord de protéger les consommateurs, notre économie, de faire respecter les règles de notre pays, notamment la réglementation de change. Nous sommes totalement ouverts aujourd’hui, même si des études et des réflexions sont menées pour que nous puissions nous adapter à l’évolution future de ce type de monnaie.
Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

 

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