Competences & rh

Femmes cadres Managers et ménagères, sur le fil du rasoir!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5188 Le 16/01/2018 | Partager
Tiraillées entre leur double responsabilité, elles peinent à s’en sortir
Leurs employeurs restent peu soucieux de leur calvaire
Crèches d’entreprise: Une solution compliquée, mais possible
fammes_cadres_2_088.jpg

Heureusement que leurs parents sont là pour les soutenir. Les trois quarts (74%) déclarent être assistées par leurs parents. Mais seulement 46% sont appuyées par leur conjoint. 30% ont relevé l’aide de leur supérieur hiérarchique. En revanche, uniquement 21% ont évoqué l’apport d’une politique d’entreprise

Manager modèle au bureau et parfaite ménagère à la maison. Une double fonction trop lourde à assumer. Pourtant, c’est le lot quotidien des femmes cadres au Maroc. Déchirées entre ces deux responsabilités, elles se retrouvent souvent sur le fil du rasoir.

Découragées, beaucoup choisissent de mettre une croix sur leur carrière professionnelle. Elles font pourtant partie de ces «happy few» qui ont eu la chance de faire des études supérieures et d’occuper des postes de décision. Faut-il rappeler que plus de 78% des femmes en âge de travailler au Maroc sont totalement inactives? Pis encore, leur taux d’activité est en constante dégradation. Entre 2011 et le troisième trimestre 2017, il est passé de 27 à 21,7%, selon le HCP.

Même si la participation de la gent féminine à l’économie est érigée en priorité, dans les faits, peu de mesures concrètes sont prises, que ce soit du côté de l’Etat ou du monde économique. La troisième partie de l’enquête du cabinet Decryptis sur les femmes cadres (voir encadré page V), dédiée à l’articulation entre les responsabilités professionnelles et familiales, démontre le peu d’intérêt des entreprises.

A la question: pensez-vous être appuyées dans la conciliation entre votre travail et votre famille, les trois quarts ont répondu par l’affirmative. 25% ont, en revanche, avancé qu’elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes. Parmi celles qui se sentent soutenues, à peine 21% (voir illustration) déclarent être aidées par la politique de leurs entreprises.

«Ce chiffre me paraît même exagéré, car il n’existe que quelques rares grandes entreprises qui prennent à bras-le-corps cette problématique, qui ouvrent des crèches, organisent des colonies de vacances pour les enfants, ou accordent des aides financières», pense Asmaa Morine Azzouzi, présidente de l’Association des femmes chefs d’entreprise du Maroc (Afem). «La notion de politique d’entreprise reste vague. Il est possible qu’elle soit confondue avec le soutien apporté par un supérieur hiérarchique», explique-t-elle.

Seules quelques multinationales et grandes entreprises socialement responsables envisagent, en effet, des solutions destinées à soulager leurs cadres de leur fardeau. Pour la majorité, il ne s’agit pas du tout d’une priorité. D’autant plus que les projets à mettre en place peuvent être coûteux ou compliqués. Ouvrir une crèche d’entreprise, par exemple, n’est pas évident à gérer.

Pour l’Afem, des solutions peuvent être trouvées, «à condition que la volonté soit là»: des contrats avec des crèches pour des tarifs préférentiels, des partenariats avec des ONG spécialisées, des programmes à l’échelle des fédérations professionnelles… Cela aurait aussi le mérite de renforcer la fidélité des collaborateurs.

La CGEM prépare une «boîte à outils»

femmes_cadres_088.jpg

Jongler entre le bureau et les responsabilités familiales n’est pas de tout repos. Les horaires des deux ne coïncident pas toujours. Les entreprises ne font pas vraiment d’efforts pour faciliter la vie de leurs cadres femmes. L’étendue des plages horaires et la sollicitation en dehors des horaires du travail sont pour elles particulièrement difficiles à vivre

Sensibiliser les patrons autour de la question, c’est utile, mais à la CGEM, on préfère agir par projets. «La première entrée pour nous, c’est le label RSE. Pour décrocher ce titre, les sociétés doivent répondre à des critères relatifs à la parité, à l’accès des femmes au conseils d’administration et aux postes de responsabilité…», explique Saïd Sekkat, président de la commission RSE de la CGEM. «Elles s’engagent aussi sur des objectifs chiffrés, et les résultats sont visibles. Ces structures se transforment également en locomotives pour les autres», poursuit-t-il.

Le patronat porte par ailleurs, depuis 2014, un programme pour l’égalité hommes/femmes dans le milieu professionnel, «Wad3eyati», financé par le département d’Etat américain au Travail. Un diagnostic des blocages rencontrés par la gent féminine a, dans un premier temps, été réalisé. Deux difficultés majeures poussent les femmes à abandonner leur emploi: le transport et les enfants à charge

. Si pour le premier, il est possible de prévoir un transport collectif, pour les seconds, la situation est plus complexe. «Pour monter une crèche entreprise ou interentreprises, au moins trois sources de subvention sont nécessaires: le bénéficiaire, l’employeur et l’Etat», précise Sekkat.

La deuxième phase du programme, actuellement en cours, concerne le développement d’une «boîte à outils didactique, pour l’autoévaluation et l’accompagnement des entreprise», destinée à renforcer leurs compétences en matière de genre.

«Il faudrait d’abord une politique publique dans ce sens. L’Etat doit accorder des incitations aux entreprises et prendre des mesures concrètes. Pourquoi ne pas instituer le congé paternité, par exemple?», pense, pour sa part, Asmaa Morine Azzouzi. Néanmoins, il faudrait au préalable faire changer les mentalités.

L’Etat pourrait, en outre, encadrer le travail à distance offrant plus de flexibilité. Pour l’instant, la réflexion n’est même pas lancée autour du sujet.

Des superwomen déprimées

superwoman_088.jpg

Près d’une femme cadre sur cinq a déclaré avoir un ou des parents à charge. Malgré leurs responsabilités, elles restent solidaires avec leur famille. Cela rajoute du poids à leur fardeau, sachant qu’elles passent sept fois plus de temps à effectuer des tâches ménagères que les hommes. Cette double pression, au foyer et au bureau, peut déclencher de nombreux troubles (anxieux, alimentaires, dépressifs,  psychiatriques...).  Selon les chiffres de l’OMS, 34,3% des Marocaines ont déjà subi un épisode dépressif, contre 20,4% des hommes. A l’international, des études ont montré que les femmes mariées encourent plus de risques que les célibataires. La tendance inverse est remarquée chez les hommes. En se mariant, ils réduisent leur probabilité de sombrer dans le stress et la dépression.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc