Régions

Fès-Meknès: El Othmani taclé par les maires Pjdistes

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5187 Le 15/01/2018 | Partager
Coup de gueule d’El Azami, Bouano, Laenser… face au chef de l’exécutif
Investissements publics, projets structurants, mise à niveau... les doléances
Beaucoup de ministres, mais absents ceux de l’Economie
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Saâdeddine El Othmani a essuyé de vives critiques lors de l’escale régionale Fès-Meknès. Les deux maires ont tracé un tableau sombre de la région (Ph. YSA)

Difficile de dire tout va bien quand ça va mal. C’est ce qui ressort en effet de la 3e escale régionale de Saâdeddine El Othmani et ses ministres, le week-end dernier, dans la région Fès-Meknès. Pour rappel, le chef de l’exécutif avait visité, en 2017, les régions de Drâa-Tafilalet et Khénifra-Beni-Mellal. Des visites lancées suite au «Hirak du Rif» et qui visent à dessiner les contours d’un contrat-programme Etat-Région.

A Fès, le déplacement d’El Othmani et de son équipe était sous haute surveillance. Depuis plus d’une semaine, Saïd Zniber, wali de la région, enchaînait les réunions (opérateurs, élus, ONG…) pour que la rencontre du 13 janvier se déroule dans les meilleures conditions. Ce samedi, le rendez-vous était donné à la salle de l’ex-préfecture de Fès-médina. Les allées menant vers ce lieu étaient interdites aux piétons et encerclées par les forces de l’ordre.

L’accès au site n’était autorisé que sur invitation. Même des présidents de communes ayant oublié leur carton d’invitation ont été priés de quitter les lieux. Idem pour les journalistes ne figurant pas sur la liste accréditée. Il est pile 10 heures quand El Othmani arrive à la tête d’un cortège impressionnant.

Derrière sa Mercedes class S 600, l’on pouvait remarquer les véhicules de Laftit, Amara, Yatim, Daoudi, Hakkaoui, Laârej, Talbi Alami, Afilal, El Kihel, Moussalli, El Ouafi, El Ferdaouss… Bref, des ministres connus et d’autres peu connus des 450 acteurs de la région (élus, opérateurs, ONG) invités à la rencontre. Ces derniers espéraient rencontrer également Moulay Hafid Elalamy, Aziz Akhannouch et Mohamed Boussaïd, le trio en charge des portefeuilles de l’Industrie, l’Agriculture et les Finances. Mais pas de chance. Ils n’étaient pas du voyage.

D’emblée, El Othmani soulignera sa volonté de répandre un discours positif «afin d’encourager les investisseurs nationaux et étrangers». Au terme de son allocution, il affirme qu’il est venu écouter les opérateurs, diagnostiquer les besoins et tenter d’y répondre. Avant de céder la parole, il promet une zone industrielle dédiée au secteur de l’aéronautique à Fès.

«Il y a une réflexion à ce sujet, ainsi qu’une concertation entre les ministères de l’Industrie, de l’Investissement, du Commerce et de l’Economie numérique, de l’Enseignement supérieur et la région… le foncier est disponible», révèle le ministre. Toutefois, cette annonce n’a pas atténué les vives critiques qui ont suivi.

Et ce, malgré le bilan exhaustif des investissements de l’Etat au niveau de la région présenté par Saïd Zniber. Le wali est remonté jusqu’en 2000. Selon lui, «en 18 ans, l’Etat a injecté 27 milliards de DH dans la région», pour atteindre un cumul honorable. Dans son compte rendu, le responsable territorial parle des routes, du ferroviaire, de l’aéroport, et autres infrastructures.

Mêmes les projets de l’INDH (2005-2017) ont été comptabilisés. Mais rapidement, ce bilan a été presque désavoué par les autres intervenants. Ainsi, Mohand Laenser a noté que «la Région, peu attractive, peine à préserver les investisseurs déjà en place». Le président du Conseil régional compte sur le gouvernement pour financer le Plan de développement régional (PDR). Un plan qui vise d’améliorer l’attractivité économique de Fès-Meknès.  Même son de cloche pour Driss El Azami El Idrissi pour qui «Fès doit absolument bénéficier des fonds dédiés à la mise à niveau urbaine et du transport à l’instar de Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger, Salé…».

Dans son «réquisitoire», le maire (PJD) de la capitale spirituelle a rappelé que la région et ses communes sont dotées de visions et plans d’actions qu’il faut financer en partenariat avec l’Etat. «Notre région participe à hauteur de 10% au PIB national mais en retour elle reçoit moins de 5% de l’investissement public… C’est un gap à remplir», souligne El Azami.

Sur la même longueur d’ondes, Abdallah Bouano, maire (PJD) de la capitale ismaïlienne, a appelé à la création d’une faculté de pharmacie et de médecine dentaire à Meknès en complémentarité de la faculté de médecine et du CHU de Fès. Prioritaires également, selon le maire de Meknès, l’extension de l’Agropolis, la mise à niveau de la gare ferroviaire, la construction d’un hôpital public pour la commune de Ouislane (100.000 habitants) ainsi que l’aménagement d’un grand complexe sportif à Meknès.

Bouano, qui est aussi président de la Commission des finances au Parlement, a exhorté le gouvernement à orienter «l’investissement privé équitablement vers Fès-Meknès et l’encourager par des mesures d’appui. La région concentre près de 80 milliards de DH d’épargne, mais dont près de la moitié est investie ailleurs. C’est anormal».

Enfin, pour ceux qui croient qu’El Othmani a été taclé par les siens, Bouano répond que «la positivité du débat dépend de la franchise des intervenants». «Nous avons exprimé les doléances des opérateurs et relaté une situation réelle. Pour qu’on ne vienne pas nous dire que vous n’avez pas rempli votre tâche si cette région devienne source de marasme économique et social», conclut-il.

L’appel de détresse des opérateurs

Unanimes devant le chef de l’exécutif, les opérateurs économiques de Fès-Meknès ont réclamé le renforcement de l’attractivité de la région et sa compétitivité. «Un renforcement qui passera nécessairement par la relance de nombre de projets», estime Omar Tajmouâti, président délégué de la CGEM Fès-Taza. Ce dernier fait référence aux projets de la P2I, le port sec et la zone franche, prévus et décrétés par l’ancien gouvernement, mais annulés. Ces projets devraient favoriser l’émergence d’une dynamique socioéconomique. «Outre le P2I de Ras El Mae, la mise en œuvre du chantier de l’autoroute Fès-TangerMed serait d’un grand apport pour les exportateurs», ajoute Tajmouâti. De son côté, Abdeljebbar El Achab, président de l’Union patronale Meknès-Ifrane, a réclamé l’aménagement de zones industrielles à des tarifs encourageants. «En Europe, le foncier industriel est accordé gracieusement aux investisseurs, tout au plus à 5 euros le mètre carré», a-t-il ajouté. Enfin, Aziz Lebbar, porte-parole des professionnels du tourisme, a interrogé le gouvernement sur les projets annoncés mais jamais réalisés comme le PDRT, le palais des congrès,… «L’absence de projets structurants fait que Fès, autrefois célèbre et fière de ses enfants, vit aujourd’hui une situation critique», conclut-il.

De notre correspondant, Youness SAAD ALAMI

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