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Haut Atlas central: Scènes de survie chez les habitants d’Ait Bougmez

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5185 Le 09/01/2018 | Partager
Une vallée où vivent 15.000 personnes
Coupées du monde pendant l’hiver, leur pari est à l’autonomie
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La vallée d’Ait Bougmez dans le Haut-Atlas central réunit 15.000 habitants, qui vivent essentiellement de l’élevage et de l’agriculture

Il est 8 heures du matin, une tempête de neige gronde et les enfants partent à l’école. Alors qu’il est difficile de voir à plus d’un mètre, les petites silhouettes entament les 3 kilomètres à pied qui les séparent de leur salle de classe. Ils n’ont pas 10 ans. Leurs mères surveillent de loin leur progression. En cette période d’examen, même avec ce climat hostile, impossible de rater les cours.

Dans la vallée d’Ait Bougmez dans le Haut-Atlas central, les habitants vivent au rythme du temps et de la nature. Malgré les températures négatives, ils sont heureux de voir tomber la neige. Sans elle et sans la pluie, les réserves ne sont pas suffisantes pour passer l’été. Certaines années, il faut obéir aux restrictions. Plus le droit de laver le linge. Le conseil du village est strict.

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Toute l’année, le troupeau est au coeur de la survie des villageois. Mais pendant l’hiver, sans pâturage, le coût de l’alimentation du bétail est une grande source de préoccupations

Comme ils n’attendent rien de l’extérieur, toutes les solutions sont réfléchies et appliquées en interne, et gare à celui qui ne respecte pas les engagements. Tout le monde ici ne pense qu’à une chose: l’indépendance. Si aujourd’hui, il y a des engins pour déblayer les routes, pendant très longtemps, les villages pouvaient rester totalement isolés pendant plusieurs mois.

Pour eux pourtant, les infrastructures ne sont pas leur priorité. «Plus que les routes, il nous faut surtout de quoi nourrir nos troupeaux, car toute notre vie dépend de nos animaux» confie Brahim, berger dans la vallée. En effet, pendant l’hiver, plus question d’engraisser le bétail.

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Les animaux, sources de revenus et de chaleur, partagent les mêmes maisons que les habitants

«Si le fourrage vient à manquer, nous préférons sacrifier quelques têtes plutôt que d’acheter de quoi manger. De toute façon, nous n’avons pas le choix» explique Mohamed Outemgount, qui vit de l’élevage et de la culture des pommes, la production phare ici.

A 17 heures, la neige ne tombe plus. Pendant que leurs parents déblayent les toits des maisons, les enfants se sont réunis sur un terrain en pente transformé en piste de ski. Leurs bottes en plastique «Bahia» offrant de belles glissades. Cette accalmie permet de faire quelques travaux et loisirs dehors avant, ce qu’ils appellent ici avec malice, le couvre-feu. Du coucher du soleil au petit matin, la famille se repose autour du poêle confectionné à partir d’un bidon d’huile en métal.

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Même quand la tempête de neige gronde, les enfants doivent parcourir plusieurs kilomètres à pied pour aller à l’école. Ils n’ont pas 10 ans et doivent composer avec le froid

L’effet est immédiat. Dans cette pièce qui sert à la fois de cuisine, de salon et de chambre à coucher, il fait bien chaud. Et les animaux, au rez-de-chaussée ou au sous-sol, représentent eux aussi une vraie source de chaleur. Chez Ali, ils sont plusieurs générations à vivre ensemble. C’est l’arracheur de dents de la région, qui officie dans les souks ou à domicile.

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Chez Ali, ici avec son fils Ahmed et son petit-fils, on vit entre générations. C’est l’arracheur de dents de la région, qui officie dans les souks ou à domicile

Quelques minutes suffisent pour extraire une dent qui fait si souffrir que certains de ses patients ont fait une longue marche pour venir le voir. Puis, le temps passe au rythme du thé, qui réchauffe et réunit. Il faut occuper les longues heures d’hiver, quand la neige paralyse la vie en extérieur.

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Le temps passe ici au rythme du thé, qui réchauffe et réunit. Il faut occuper les longues heures d’hiver, quand la neige paralyse la vie en extérieur

Le bétail est si essentiel que les conflits entre les nomades de Ait Atta et les sédentaires de la vallée ont déjà fait des morts. Quand certains s’installent et s’essayent à l’agriculture, ce sont autant de pâturages qui disparaissent. Et quand il n’y a vraiment rien à donner à manger aux bêtes, les bergers sont obligés de partir dans le Souss, près d’Agadir ou jusqu’à Zagora, l’Oriental ou dans la région de Casablanca.

Un voyage en camion avec plusieurs centaines de têtes pour tenir les 6 mois d’hiver, ponctué là aussi par quelques conflits de territoire. Pour eux, il est toujours moins cher de chercher

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Brahim, berger dans la vallée, a commencé par garder le troupeau d’un autre. Aujourd’hui, il possède une centaine de têtes. Mais son rêve à lui est d’être chauffeur de camion pour parcourir le monde

l’herbe verte ailleurs, que de rester dans leur vallée et acheter de la nourriture pour le bétail.

Brahim, berger dans la vallée, a commencé par garder le troupeau d’un autre. Après un an de travail, il pouvait gagner pour son compte une trentaine de moutons. Aujourd’hui, il en possède une centaine. Sa richesse. Mais son rêve à lui est d’être chauffeur d’engins comme il dit. Conduire un camion avec une farouche envie de parcourir le monde.

(Ph. Mokhtari)

 

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