International

Dix années après la crise mondiale: Des incertitudes et des préoccupations

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5179 Le 29/12/2017 | Partager
La dette globale se situe à des niveaux astronomiques
De plus en plus de crédits génèrent de moins en moins de croissance
Les bulles gonflent sur plusieurs marchés: immobilier, crypto-monnaies, les FANG
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L’activité chinoise devrait connaître un ralentissement en 2018. Le FMI prévoit cependant une accélération de la croissance en Inde. Globalement, le monde devrait s’enrichir à un rythme 0,1% plus rapide l’année prochaine

L’optimisme lié à la reprise économique est de plus en plus remis en cause par les analystes. Que ce soit pour la croissance, l’inflation, les risques financiers et géopolitiques, Saxo Bank partage son scepticisme dans son rapport «Monthly Macro-Outlook», publié récemment. Le document, rédigé par le responsable de la recherche macroéconomique de la banque, Christopher Dembik, fait la lumière sur les fragilités de l’économie mondiale.

■ Une dette inquiétante:
Le consensus sur la croissance économique mondiale serait «un peu trop optimiste», indique Dembik. L’analyste pointe le fait que la croissance enregistrée est «une reprise tirée par la dette et la bulle immobilière». Plus précisément, Dembik attire l’attention sur l’importance de la dette chinoise. Il rejoint d’ailleurs le constat du FMI (1) qui a relevé le niveau élevé du crédit, comparé à l’international. Le niveau de l’endettement personnel a en plus augmenté au cours des cinq dernières années. Le Fonds craint même que la Chine puisse causer une nouvelle crise financière globale. Ce problème d’endettement ne vient pas seulement de la Chine, mais d’un peu partout dans le monde. La dette des entreprises au niveau global représente 93% du PIB mondial. Cette proportion n’était que de 84,5% en 2008. «A cause du coût extrêmement bas de l’argent, les entreprises se sont beaucoup endettées, parfois de manière imprudente», indique l’étude. Autre constat, l’impulsion du crédit conduit à une impulsion de croissance plus faible qu’avant 2008. Saxo Bank remarque qu’«avant la crise, la zone euro avait besoin en moyenne de 0,9 unité de crédit pour créer une unité de PIB. Après la crise, 1,06 unité de crédit est nécessaire pour créer une unité de PIB». Cette tendance est plus prononcée en Chine. La dette s’accumule donc de plus en plus vite, mais elle génère de moins en moins de croissance.

■ Une année plus difficile pour la Chine et les Etats-Unis
La nouvelle orientation de Pékin terne les anticipations pour 2018. Inquiété par le niveau de la dette, le Parti central socialiste restreint de plus en plus l’économie. A titre d’exemple, le rendement des obligations a augmenté de 3 à 4% depuis le début de l’année. Le ralentissement de l’activité aura certainement un mauvais impact sur la croissance globale, vu que cette économie est présente dans pratiquement tous les marchés mondiaux.
Les Etats-Unis de leur côté, ne font pas mieux. «Le marché nous indique qu’il n’y a aucune raison de s’attendre à davantage d’inflation et de croissance en 2018», analyse Dembik. L’étude n’écarte pas l’éventualité que la réforme fiscale de Trump ait un effet positif sur la croissance américaine. La zone euro a quant à elle l’air de mieux se comporter. Les PIIGS (2) restent cependant à la traîne. «Il serait donc plus correct de parler de reprise économique partielle dans la zone euro», indique le rapport.

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L’Union européenne, un des partenaires principaux du Maroc, devrait mieux se comporter en 2018. La tendance générale est à la baisse pour le chômage. La croissance économique devrait également se maintenir à son niveau actuel

■ L’inflation
Le faible niveau de la hausse des prix continue de poser problème, et cela ne risque pas de changer de si tôt. En l’état actuel des lieux, l’inflation semble à un stade où ses déterminants ne sont plus bien compris par les économistes. Pour Dembik, la baisse de l’inflation est un phénomène généré par «une combinaison de facteurs incluant la démographie, la révolution technologique et la dette».
Selon cette analyse, la politique monétaire a peu de capacité à influencer durablement l’inflation.
■ De très bas coûts de l’argent
Le vieillissement des populations dans les économies avancées est l’un des facteurs clés de ce phénomène. Dans la plupart de ces pays, la plus grande cohorte de population est associée aux épargnants nets. Les cohortes plus jeunes sont quant à elles essentiellement associées aux emprunteurs nets. Ces derniers, moins nombreux que les épargnants, détiennent les cartes sur le marché du crédit. Le coût de l’emprunt ne peut donc que rester sur de bas niveaux.

■ Les risques éventuels
Le risque géopolitique reste faible comparé à son plus haut atteint en 2003 du fait de la guerre en Irak. Les principales incertitudes sont liées à la «stratégie régionale de l’Arabie Saoudite, les tensions politiques croissantes entre l’Europe de l’Ouest et l’Europe de l’Est à propos de l’adhésion de l’Autriche au groupe de Visegrad et, enfin, les midterms aux Etats-Unis». Le président Trump ayant perdu en popularité (37% d’approbation contre 45% en janvier), il risque de devoir jongler avec un parti démocrate plus fort et un parti républicain qui l’accuse d’être responsable de son échec électoral. Au volet financier, les situations de bulles enregistrées sur plusieurs marchés inquiètent beaucoup. Que ce soit sur le marché immobilier, les crypto-monnaies, les FANG (3), les prix connaissent une croissance démesurée. «C’est un non-sens économique que la capitalisation boursière du Bitcoin soit juste au-dessus de celle de General Electric, l’une des plus grandes sociétés au monde avec plus de 123 milliards de dollars US de revenus», observe Dembik. L’analyste estime que l’actif présente toutes les caractéristiques d’une bulle spéculative. Son éclatement ne devrait cependant pas avoir des conséquences significatives. Les bulles des actifs financiers, bien qu’inquiétantes, touchent une population moins importante que celles sur le marché immobilier». A cet égard, l’évolution des prix de l’immobilier depuis 2007 dans les pays comme la Suède (+90%) et la Norvège (+70%) est plus alarmante.

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(1)    Le FMI a exprimé ses préoccupations sur la dette chinoise dans un document publié le 6 décembre 2017.   
(2)    PIIGS: Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne (Spain en anglais)  
(3)    Facebook, Amazon, Netflix et Google

 

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