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Analyse

Tourisme: Croisières, le rêve brisé de Tanger

Par Ali ABJIOU | Edition N°:5177 Le 27/12/2017 | Partager
Le nombre de visiteurs a fondu comme neige au soleil
Mauvaise organisation et soucis sécuritaires parmi les causes
Une niche de qualité qui mériterait plus d’attention
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Les paquebots de Costa qui, jadis, avaient fait les beaux jours de Tanger ont pratiquement déserté son port. Aujourd'hui, le nombre de croisiéristes plonge, alors que le marché mondial maintient sa forme, surtout au niveau de la Méditerranée occidentale

Devenir l’égal de villes comme Gênes ou Barcelone, Tanger rêvait en grand il y a quelques années. La capitale du détroit avait même en tête l’objectif de récupérer son passé d’antan et de revivre son statut de premier port de la région en termes de croisière.

Parmi ses visées, atteindre les 300.000 passagers à l’horizon 2020 et devenir un passage incontesté pour le trafic de croisière. Un objectif qui semblait à portée puisque Tanger se situe dans l’une des zones les plus actives en matière de croisières, la Méditerranée occidentale, un marché qui croît à une vitesse fulgurante de près de 16% par an.

Mais la réalité est tout autre. A fin août 2017, le nombre de croisiéristes ayant transité par le port de Tanger n'a pas dépassé les 20.000 personnes avec 16 paquebots. Une chute de 80.000 personnes (!) en un an, 2016 ayant accueilli 100.000 touristes. Mais le pic jamais égalé est celui de 2015, année où Tanger a reçu pas moins de 120.000 visiteurs à bord de 85 navires.

Le grand problème des migrants clandestins

Cette dégringolade, à laquelle n’échappent pas d’autres ports nationaux comme celui de Casablanca, est due à divers facteurs dont certains directement liés à la région. «Pour un croisiériste qui ne passe qu’un jour dans une destination, le temps est précieux et la bonne organisation ainsi que la coordination des différents aspects de la visite comptent énormément dans la construction de l’expérience», explique Abdelghani Ragala.

Or, l’impossibilité de visiter les musées de la ville avant 9 heures du matin est un réel frein. C’est pour cela que les opérateurs marocains travaillant dans ce secteur appellent à ce que les horaires de ces établissements soient adaptés en permettant des visites tôt le matin dès 7 heures, ce qui permettrait d’améliorer les conditions de la visite.

Un autre problème, celui de la sécurité. Ce dernier élément semble avoir refroidi les ardeurs de nombreuses compagnies, comme Costa, qui auparavant programmaient Tanger. Depuis le nombre a nettement baissé, certaines sources avancent le refus des autorités marocaines de mettre des agents dans les autocars des excursionnistes comme excuse de départ pour le croisiériste italien. Toujours est-il que ce dernier ne programme pratiquement plus Tanger comme halte pour ses croisières.

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Pourtant, Costa a été l’un des premiers à avoir misé sur les nouveaux quais à croisière du port de Tanger-ville après leur remise à neuf en 2013. Il a été suivi par d’autres comme la Holland America Line. Cette dernière a choisi Tanger comme escale pour certaines de ses croisières dont celle du MS Rotterdam. En 2014, l’armateur avait même annulé des haltes prévues dans les ports d’Afrique occidentale au Ghana, en Gambie et au Sénégal et les avait remplacées par un arrêt à Tanger. La cause n’était autre que l’épidémie du virus «Ebola» qui sévissait à l’époque dans différentes contrées d’Afrique. Il est actuellement l’un des rares à continuer à faire une halte à Tanger.

La question de la sécurité inquiète aussi fortement les autocaristes espagnols. Ces derniers assuraient une grande partie des transports des croisiéristes ainsi que des excursionnistes venant d’Espagne via le port de Tarifa, mais depuis quelques années, leur nombre a conséquemment chuté. Pour eux, le véritable problème est celui des migrants clandestins.

En effet, les environs du port de Tanger pullulent de mineurs en attente de s’accrocher sous les autocars en partance vers l’étranger. Le nombre d’incidents déclarés en Europe est tel que les autocaristes espagnols refusent obstinément de se rendre au Maroc, entraînant, par la même occasion, une baisse du nombre des touristes par autocar. Une solution serait de recourir aux transporteurs locaux, mais leur nombre est trop faible pour pouvoir remplir le vide. Un aspect sur lequel le CRT de la région, en tant que représentant des opérateurs du secteur, n’a pas cessé d’alerter depuis plusieurs années.

Si on ajoute à cela les problèmes récurrents liés aux guides et au non-respect des itinéraires, on peut commencer à saisir les véritables raisons qui ont poussé les opérateurs de croisière à déserter Tanger. Ces opérateurs se plaignent, entre autres, de la présentation des guides et du refus de certains d’entre eux de porter l’uniforme obligatoire qu’est la djellaba ou, enfin, pour certains filous de changer l’itinéraire avec une halte surprise à un bazar de la vieille médina.

Croisiéristes, qui sont-ils?

Les croisières? Le jeu en vaut la chandelle. Un croisiériste est une véritable machine à cash et ce dès son arrivée au port. Le port reçoit un forfait par croisiériste et par jour. A cette somme, il faut ajouter les dépenses des croisiéristes quand ils partent en excursion en ville ou dans les environs. Les croisiéristes faisant escale à Tanger correspondent au profil rêvé de tout opérateur touristique. Ils ont entre 45 et 65 ans, partent en croisière en couple ou en famille et appartiennent à une classe socio-professionnelle aisée, selon une étude commanditée par la Société d’aménagement du port de Tanger-ville. Par nationalité, une bonne partie vient d’Europe occidentale avec en tête des Français, des Allemands et même des Italiens. On y retrouve aussi des Américains et des Canadiens, ainsi que des Russes et des Anglais, en fonction des compagnies de croisière. La moyenne de leur séjour à Tanger est d’environ 8 heures. La tranche d’âge varie en fonction de la saison. En été, il y a plus de familles et d’enfants et la moyenne d’âge baisse. Le reste de l’année, ce sont plutôt les seniors qui sont les plus présents.

 

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