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Economie

Le Maroc à la Cédéao: Bienvenue… mais une transition s’impose

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5173 Le 21/12/2017 | Partager
Libre circulation, droit d’établissement, monnaie unique, exigent un délai
Un acte additionnel au traité fondateur suffit
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Les stocks d’IDE marocains dans les économies des pays de la Cédéao ont quasiment doublé, passant de 492 millions de dollars en 2010 à 976 millions en 2014. Cependant, cette tendance haussière cache des résultats mitigés pour les différentes économies de la communauté. Par exemple, le Mali et la Côte d’Ivoire, qui, à eux seuls, concentraient environ 85% des stocks d’IDE mesurés en 2014

Le Maroc est le bienvenu à la Cédéao. Mais son adhésion à ce marché commun de 350 millions de consommateurs doit se faire de manière progressive. L’étude d’impact réalisée à cet effet et présentée au récent sommet des chefs d’Etat,  est globalement positive pour Rabat.

Ses auteurs soulignent cependant  un certain nombre de contraintes liées essentiellement au décalage entre l’économie marocaine et celle de pays membres de la Cédéao(*). Une situation que l’étude n’a pas examinée au cas par cas. Tout d’abord, sur le plan juridique, rien ne s’oppose à l’adhésion du Maroc à ce regroupement régional.

Il suffit d’un acte additionnel au traité fondateur, relève l’étude. Ensuite, en cas d’acceptation du Maroc, les questions relatives à la libre circulation des personnes et des biens, le droit de résidence et d’établissement, la monnaie  unique ainsi que les autres aspects techniques, exigent un délai de transition.

Du point de vue de la politique, de la paix et de la sécurité, le poids militaire et économique du Maroc  «sera un atout majeur pour les pays membres,   notamment dans les domaines des opérations de maintien de la paix, de lutte contre le terrorisme», souligne le rapport. Mais en tant que bloc régional, la Cédéao devrait anticiper le traitement de la question du Sahara car elle constitue un facteur potentiel de clivages entre les Etats membres.

Au volet  macroéconomique, les tendances passées et à venir n’indiquent aucun risque majeur pour l’économie marocaine. Le Maroc possède  également une longueur d’avance dans la pratique du  libre-échange avec un portefeuille de 50 accords. Sa structure tarifaire (17.785 positions) est bien plus détaillée que celle de la Cédéao (5.899 lignes tarifaires). 

Ce qui va nécessiter d’importants efforts d’adaptation. Des accords qu’il va falloir adapter au contexte de la Cédéao. Ce qui va nécessiter de longues négociations et d’importants efforts de rapprochement. Sans oublier que le pays est moins dépendant du marché de la communauté ouest-africaine. Les importations marocaines en provenance de ce groupement ont beaucoup baissé sur les deux dernières décennies. 

Par contre, les IDE marocains en Afrique, de manière générale, sont en progression soutenue. Et l’adhésion de Rabat à la Cédéao «pourrait entraîner  un net renforcement de ces investissements».
L’étude d’impact entrevoit l’arrivée d’autres adhérents qui ne manqueront pas de formuler leur demande. Aussi, l’organisation «se doit de réexaminer de plus près ses pré-conditions d’adhésion», est-il recommandé.

Faute de temps, une analyse exhaustive des implications en termes de recettes (gains ou pertes) pour chaque Etat membre de la Cédéao n’a pu être faite, étant donné que la plupart d’entre eux ont un budget basé sur les taxes. Il est aussi nécessaire de procéder à un examen minutieux des implications par secteur liées à l’adhésion du Maroc au Traité et au TEC (Tarif extérieur commun).

Cet examen doit également s’inscrire dans le contexte global du déploiement futur de l’accord de libre-échange continental en cours de négociation. En tout état de cause, cette analyse doit être faite pour accompagner le processus de négociation d’adhésion du Maroc.

L’opportunité agricole

Le marché de l’élevage et des produits laitiers au Maroc offre  une opportunité d’affaires  pour les Etats membres actuels de la Cédéao, en raison de tarifs d’importation relativement bas. Cependant, il reste beaucoup à faire au niveau de la communauté pour que ses exportations de produits d’élevage soient compétitives.
 En ce qui concerne les produits laitiers, la part de la Cédéao dans le marché marocain est insignifiante. Alors que les importations marocaines de produits laitiers atteignaient 286 millions de dollars en 2016, les exportations totales de produits laitiers du groupement africain y représentaient seulement 130.000 dollars, soit 0,05%. En conséquence, l’adhésion du Maroc, dans l’hypothèse d’une exonération douanière totale pour le commerce intra-communautaire, y compris pour les produits laitiers, pourrait transformer son marché des produits laitiers en levier du développement du secteur laitier des pays membres.

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(*)  Les membres de la Cédéao: Benin, Burkina Faso, Cap Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal, Sierra Leone et le Togo.

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