Société

Prix de L’Economiste: La recherche, thérapie à la crise d’idées

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5170 Le 18/12/2017 | Partager
L’université doit apprendre à réfléchir et à comprendre le monde
Jeunes diplômés: adoptez une réflexion systémique et une vision globale
Etre adaptable, flexible et créatif pour s’insérer dans la vie professionnelle
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«Le travail est un art. Aimez ce que vous faites, soyez adaptables, flexibles et créatifs». Mohamed Berrada encourage les étudiants et les recruteurs à sortir des bornes de la spécialisation excessive, pour amplifier l’innovation et la création (Ph. F Al Nasser)

Qu’il s’agisse de personnalités politiques, économiques, de savants… les conférenciers invités à la séance inaugurale du Prix de L’Economiste pour la Recherche en Economie et Gestion s’expriment souvent sur des sujets en relation avec la recherche. Cette 13e édition n’a pas dérogé à la règle, avec un Mohamed Berrada qui s’est astreint à un exercice spatio-temporel pour faire passer des messages importants auprès de la communauté des académiciens, qu’ils soient étudiants ou enseignants. Le personnage n’est plus à présenter. Son parcours parle pour lui: homme d’affaires, ministre des Finances (1986-1993), patron d’entreprises prestigieuses comme l’OCP (1999-2001) et directeur général de Royal Air Maroc (2001-2006). Les messages forts de Mohamed Berrada (Mao pour les intimes).

■ Le diplôme n’est pas tout
Citant Paul Valery, Berrada a qualifié le diplôme d’ «ennemi mortel de la culture». Il a insisté sur le fait que l’université apprend à réfléchir et à comprendre le monde, et donne des connaissances générales. Selon lui, l’enseignement supérieur n’est pas fait pour former des spécialistes. Berrada ne s’adresse pas seulement aux diplômés ou aux chercheurs. Il parle également aux nouveaux étudiants en les invitant à diversifier leurs formations et à être plus autonomes. Il incite aussi les recruteurs à voir au-delà du diplôme qui peut constituer parfois un piètre indicateur de compétence.

■ L’importance de la réflexion globale et systémique
Berrada a invité les jeunes à «approcher les phénomènes dans leur globalité, dans leur complexité». Cela implique d’intégrer toute problématique dans une vision systémique. Mao ne s’est pas contenté de parler de la réflexion globale, pluridisciplinaire et systémique, mais il l’a exercée en direct, montrant l’exemple à toute l’audience. L’ancien ministre des Finances a ainsi procédé à la comparaison du corps humain à l’économie. Il a donc eu recours à la science médicale, ce qui démontre un effort de documentation diversifiée hors de sa zone de spécialisation qu’est l’économie.  
Le résultat a été au rendez-vous. Ce recours à l’anatomie a permis à l’économiste de mieux analyser des phénomènes tels que l’inflation, qu’il a comparée au niveau de température du corps. «Une inflation au-dessous d’un certain niveau marque un refroidissement du corps économique… une inflation trop élevée conduit à la surchauffe», explique-t-il. Avec cette comparaison, Berrada a pu illustrer un concept difficilement palpable, en l’adossant à un phénomène matériel facilement compréhensible.
■ Le monde qui vous attend
Le chercheur a parlé de «révolutions qui se succèdent à un rythme accéléré». Un terme très fort qu’il a choisi au lieu du terme évolution. Une révolution est un changement brusque et brutal d’ordre économique, moral et culturel. Cette caractéristique touche trois composantes fondamentales de la société. La première est la composante économique. Berrada constate que les théories économiques enseignées montrent leurs limites. Il évoque également une «crise d’idées». Par conséquent, l’investissement marocain dans les infrastructures reste très peu générateur de croissance, car il bénéficie surtout aux entreprises étrangères. Libéralisme contre protectionnisme, souveraineté nationale sous l’emprise de la finance mondiale, tant de questions sans réponses, et d’autant plus de pistes de recherche.
La seconde composante est la technologie. Le monde actuel est chamboulé par la révolution numérique qui change la nature même de l’Homme et de l’économie. Berrada recommande la lecture de la «Petite poucette», l’ouvrage phare de Michel Serres, et évoque la thèse d’Edgar Morin. Celle-ci suppose que la croissance économique devient infinie si elle est adossée à la connaissance. Cela ouvre d’immenses possibilités pour l’humanité. A une échelle plus locale, Berrada montre de cette manière l’horizon infini de la recherche aux nouvelles générations. Rien que ça!

■ La vie professionnelle:
Le professeur Berrada a invité les jeunes à aimer leurs activités et à être adaptables, flexibles et créatifs. Ce conseil s’inscrit dans la même logique que celle avancée ci-dessus. Un étudiant qui a en effet réussi sa formation supérieure est un diplômé qui sait réfléchir et raisonner, ce qui le rend adaptable et flexible. Il s’est aussi exprimé sur la problématique de l’emploi. Alors qu’il reconnaît l’existence d’une crise de l’éducation qui trouve son origine au préscolaire, il a également pointé la faible qualité de la croissance.
«L’analyse sectorielle de la structure du PIB fait apparaître une tertiarisation croissante du tissu économique national», indique-t-il. Les services et le commerce sont en effet les premiers employeurs au Maroc, «avec toute la précarité qui les caractérise». Ces services comptent également les marchants ambulants, ceux qui étalent leurs marchandises dans les rues, les gardiens… Le chercheur a également constaté la dépendance du PIB marocain des partenaires européens et des aléas climatiques. «Nous ne maîtrisons pas notre croissance. Elle est volatile, fluctuante et mal repartie».

M’daghri aux entreprises: Laissez les jeunes venir à vous

En l’absence du président du jury, Driss Alaoui M’daghri, c’est Nadia Salah qui s’est chargée de communiquer son message à l’audience. «Laissez les jeunes venir à vous», demande-t-il aux entreprises. Il a déploré que les «jeunes n’aient pas accès à l’information dont ils ont besoin pour raisonner». M’daghri a également encouragé les chercheurs à concourir, indiquant que c’est bénéfique pour la recherche et pour le pays. 

Nadia Salah: Il ne faut pas négliger la licence

Aucun travail du cycle de licence n’a pu se démarquer lors de cette édition. Une situation qui interpelle à la fois les enseignants et les étudiants. A ce titre, la directrice des rédactions d’Eco-Médias, Nadia Salah, a attiré l’attention des encadrants sur l’importance de cette étape. «La licence est le premier pas pour la recherche et vers l’autonomie de la pensée», plaide-t-elle. «Si par malheur nous mettons ce pays dans l’encre de calamar, nous ne verrons plus rien».

 

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