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Economie

Dubaï, l’impressionnante reconversion: 1 million d’habitants, 15 millions de touristes!

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5168 Le 14/12/2017 | Partager
Le Maroc est l’une des plus fortes progressions du tourisme vers l’émirat
Les compagnies du Golfe redessinent la structuration mondiale du secteur
Ouvrir le ciel ou protéger le transporteur national: le dilemme des gouvernements arabes
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Le terminal 3 de l’aéroport de Dubaï est celui par lequel se traitent les vols vers Casablanca. L’alignement de la flotte des Airbus A380 y est impressionnant. Ce qui frappe le visiteur, c’est la fluidité du traitement des passagers malgré des flots d’arrivées (Ph. Emirates)

Dubaï accueillait la semaine dernière le Sommet arabe de l’aviation civile (Arab Aviation Summit). Le petit émirat n’a pas été choisi par hasard. Cette ville est le symbole de la structuration mondiale du transport aérien autour des hubs avec sa compagnie Emirates en fer de lance.

Dubaï exploite à merveille la «sixième liberté de l'air» telle que définie par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Celle-ci équivaut au droit pour un transporteur d'un Etat d'assurer un service entre deux autres Etats en passant par l'Etat dont il est originaire.

C’est cette 6e liberté (il y en a 9 au total) que le redoutable trio des compagnies du Golfe (Emirates, Etihad et Qatar Airways) ont su utiliser pour redistribuer les positions mondiales dans le secteur. Elles ont bâti leur succès sur un trafic de continuation vers les routes asiatiques au départ des marchés européen et africain. Aucune des trois n’était officiellement présente au Sommet arabe de l’aviation civile à Dubaï, mais les participants sont arrivés tous par leurs vols.

Air Arabia, une des étoiles montantes dans la région, était parmi les sponsors de la conférence. Elle partageait la même table que Turkish Airlines, Airbus, toujours en embuscade chez son premier client de son gros porteur l’A380. Emirates en aligne 93 dans sa flotte et vient d’en commander une cinquantaine.

C’est par cette impressionnante machine (jusqu’à 800 passagers) que la compagnie opère sur la ligne Casablanca-Dubaï depuis fin mars dernier. L’aéroport Mohammed V fut le premier au Maghreb à recevoir le célèbre gros porteur d’Emirates. Rien d’étonnant, le Maroc étant l’un des marchés touristiques en plus forte croissance vers Dubaï (voir encadré).

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Adel Al Ali, président du groupe Air Arabia, assure que sa compagnie va consolider le développement sur l’Europe par l’ouverture de nouvelles connexions vers la province marocaine (Ph. A.A.)

Pour Air Arabia dont le quartier général est basé à Sharja (un des émirats de l’Union), l’équation face à ses deux «sœurs ennemies» que sont Emirates (Dubaï) et Etihad (Abou Dahbi) aux ambitions mondiales, c’est d’abord d’exister. Pas question d’aller à la confrontation directe.

Le transporteur a opté pour une stratégie d’évitement. Sur son réseau long courrier en Asie par exemple, Air Arabia cherche à se différencier en opérant sur des créneaux (de décollage et d’atterrissage) qui soient moins contraignants pour le client et en alignant ses standards de service sur ceux de la concurrence. En la matière, les compagnies du Golfe constituent aujourd’hui une référence mondiale. Leur business class et la «première» sont des standards du secteur.

Air Arabia a  fait le choix de sortir du «tout hub» en créant une filiale au Maroc (en association avec le groupe Holmarcom) d’où elle attaque les marchés européens. A partir de Casablanca et, surtout, de chefs-lieux de régions, elle cible les foyers à forte concentration de la diaspora marocaine. Quitte à irriter encore plus Royal Air Maroc qui a longtemps vécu dans le confort de cette clientèle ethnique.

Avec le succès au bout, assure le président du groupe Air Arabia, Adel Al Ali. Ce dernier confirme que Air Arabia (avec sa flotte très jeune composée d’Airbus A320) continuera à développer de nouvelles routes au départ de provinces marocaines «où le potentiel touristique et économique reste important».

Cette ouverture du ciel n’est pas toujours une réalité dans tous les pays arabes. Souvent pour protéger le transporteur national, les gouvernements ont parfois tendance à retarder l’échéance de l’ouverture du ciel ou, à défaut, à mettre des barrières à l’entrée aux concurrents de la compagnie nationale. Mais il arrive qu’ils ne cèdent pas.

En fait, les pouvoirs publics sont face à un choix cornélien: l’impact économique d’une ouverture du ciel contre l’équilibre financier de la compagnie nationale. Au Sommet arabe de l’aviation civile, un responsable de Royal Jordian avait concédé «avoir été débouté par son gouvernement».

Dubaï prépare l’après-pétrole depuis 30 ans au moins. Parmi les moyens de cette reconversion inéluctable, l’exploitation d’une situation géographique idéale entre l’Europe et l’Asie. Son hub ultra-moderne (d’une capacité de 120 millions de passagers) est l’une des armes secrètes de ce petit et célèbre émirat dans sa conquête des marchés touristiques. Les immenses centres commerciaux (70 dont le gigantesque Dubaï Mall qui attire 30 millions de visiteurs par an) bien achalandés attirent par milliers des touristes du monde entier. 

Le nombre de touristes venant du Maroc pour Dubaï est en forte croissance. C’est l’un des marchés ayant la plus forte progression des arrivées long-courrier ces dernières années, confie un responsable marketing du Tourism Dubaï Office.  La clientèle comprend plusieurs profils: hommes d’affaires et cadres en mission ou en transit vers l’Asie ou l’Afrique du Sud, etc. Il y a également une importante clientèle de familles en vacances. Beaucoup de ménages réalisent que passer ses vacances à Dubaï est une meilleure option que d’aller en Europe.

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Burj Khalifa, «la plus haute tour du monde» est une des principales attractions à Dubaï. Les touristes s’y pressent tous les jours pour admirer la ville du 125e étage. Les recettes générées par les visites contribuent au financement de l’entretien de cet immeuble (Ph. privée)

Dubaï a reçu 15 millions de touristes en 2016, l’objectif est d’arriver à 20 millions en 2020. C’est 15 fois la population locale. Un touriste sur cinq relève de la clientèle business. Parmi eux, beaucoup reviennent après en tourisme en famille. 80% c’est la clientèle de loisirs, surtout des touristes «haute contribution».

Le segment familial (dont de nombreux ménages marocains) est le plus important et le plus prospère, assure le directeur marketing de l’Office du tourisme. Les plus grands marchés émetteurs du tourisme vers Dubaï sont: l’Inde, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, l’Allemagne, la Chine et le Moyen-Orient.

L’un des secrets de la réussite du tourisme de cet émirat est la synchronisation des standards de service. Tout commence à bord de la compagnie Emirates. Son personnel est une forme des Nations-Unies (160 nationalités s’y côtoient). Sur chaque vol, la composition des équipages est calquée, autant que possible, sur la nationalité des passagers.

Sur Casablanca-Dubaï, il y a toujours des hôtesses marocaines pour échanger, en cas de besoin, en arabe dialectal avec des clients. Elles ont pour consigne d’apporter toujours une réponse à la requête du passager. Ainsi, par exemple, il ne vous sera pas refusé une deuxième boisson ou une deuxième couverture (même en classe économique) au motif «qu’il n’y en a qu’une prévue par personne» comme cela arrive parfois dans certaines compagnies.

DNES, Abashi SHAMAMBA

                                                                     

L’Airbus A380, l’arme d’Emirates sur Casablanca

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Orhan Abbas est directeur marketing Emirates pour l’Afrique. Pour la compagnie, le Maroc est un marché stratégique avec ses 600.000 clients.

- L’Economiste: Des spécialistes disent que l'avion A380 est plébiscité par les clients et moins par les compagnies en raison de son coût d'exploitation très élevé. Vos concurrents vous accusent de bénéficier de subventions.
- Orhan Abbas:
Nous n’avons jamais reçu de soutien ou de subvention de la part du gouvernement. L’A380 est un avion très célèbre. Il ne s’agit pas de l’avion en lui-même, mais des offres et services fournis à bord.  Quand vous avez la meilleure prestation, cela vous attire de la jalousie. Pareil quand vous êtes le plus grand. C’est la concurrence qui a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui.

- Comment évaluez-vous les services aéroportuaires et les niveaux de taxe de redevance à Casablanca?
- Chaque aéroport en Afrique est important pour nous. Nous traitons tout le monde de la même manière. Notre engagement pour changer le Boeing 777 par l’A380 prouve l’importante de Casablanca pour nous. Nous avons de très bonnes relations avec les autorités. C’est vrai que cela a pris du temps pour lancer l’A380 sur la destination, mais nous y sommes, il y a eu peut-être des réaménagements au terminal, mais nous travaillons en étroite collaboration avec les autorités pour y apporter des solutions. Nous les remercions pour leur soutien.
Propos recueillis par  Abashi SHAMAMBA

 

 

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