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Comment gérer les risques en entreprise

Par Reda BENOMAR | Edition N°:5168 Le 14/12/2017 | Partager
Modélisation du risque selon Markowitz, théorie de la décision, aversion…
L’approche mathématique de la gestion de structures
Abdelmajid Ibenrissoul, directeur de laboratoire à l’ENCG, livre son analyse

De nombreuses entreprises expriment le besoin de développer leur approche en matière de gestion des risques, mais la mise en œuvre reste un challenge pour un grand nombre d’entre elles, surtout les PME. Le colloque international, GERIO 2017, organisé par le laboratoire de recherche Ingénierie scientifique des Organisations  à l’ENCG de Casablanca a permis de lancer un débat les 8 et 9 décembre autour de la thématique.

Le laboratoire de recherche a surtout focalisé sur la problématique de la gestion du risque sous un angle mathématique. D’imminentes personnalités du monde académique étaient présentes dont Driss Mansouri, directeur de l’Université Hassan II, ou encore Mohamed El Aaraj, ministre par intérim de l’Éducation  nationale. La théorie de la décision puise son fondement dans les mathématiques appliquées ayant pour objet la prise de décision en univers risqué.

«En opposition avec les théories traditionnelles de l’économie qui postulent une rationalité parfaite et irréaliste, les théoriciens de la décision ont voulu introduire de la psychologie dans les modèles de décision des organisations», explique Abdelmajid Ibenrissoul, directeur du laboratoire de recherche Ingénierie scientifique des Organisations. Les premiers économistes à utiliser la théorie de la décision sont Von Neumann et l’Autrichien Morgenstern afin de formaliser la théorie de l’utilité.

«Les théories de la prise de décision sont basées sur une certaine idée de la rationalité (optimisation, maximisation des choix sous contraintes)», continue Ibenrissoul. Elles reposent sur plusieurs principes: l’ordonnance des alternatives, la transitivité, la continuité, l’invariance...

Les économistes de l’école autrichienne sont très sceptiques sur l’applicabilité de la théorie de la décision en économie. Même si l’ignorance ou l’incertitude sont des concepts communs aux deux approches. L’école probabiliste travaille plus en système clos (le décideur connaît toutes les décisions possibles ou il s’imagine des informations incertaines).

Autre point important abordé, la théorie moderne du portefeuille, développée par Harry Markowitz dans les années 1950. Celle-ci définit le processus de sélection de titres pour créer le portefeuille le plus efficient possible. C’est-à-dire celui qui possède la rentabilité maximale pour un niveau de risque minimum.

Le concept de diversification est à la base de la théorie. En effet, Markowitz pense que les différents titres composant un portefeuille ne peuvent être sélectionnés individuellement et doivent au contraire être choisis selon la corrélation de leurs variations à celles du reste des actifs du portefeuille.

«Ce mode de sélection permet de minimiser le risque pour un niveau de rendement choisi. Markowitz présuppose que les investisseurs sont rationnels et averses au risque et que le marché est efficient», explique Ibenrissoul lors de son intervention. Ainsi, les seuls éléments à prendre en compte sont le risque et le rendement des titres, car les investisseurs achèteront toujours l’actif qui présente un rendement optimal par rapport à son niveau de risque. Aucun investisseur purement rationnel n’achèterait en effet un actif plus risqué qu’un autre, mais offrant un rendement inférieur.

L’attitude à adopter

Parmi les domaines dans lesquels l’économie expérimentale tient une place importante, celui de l’étude des décisions individuelles face au risque. À partir des années 1970, deux psychologues, Daniel Kahneman et Amos Tversky, ont joué un rôle décisif dans la compréhension de l’attitude face au risque. Leurs travaux fournissent une description et une explication plus réalistes des comportements des individus qui y sont confrontés, constituant ainsi un apport indéniable à l’économie expérimentale.

                                                                       

«Le risque, une notion subjective»

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Abdelmajid Ibenrissoul, directeur de laboratoire de recherche Ingénierie scientifique des Organisations à l’ENCG de Casablanca (Ph. IA)

- L’Economiste: Quelle attitude faut-il adopter face au risque?
- Abdelmajid Ibenrissoul:
On parle de décision face au risque lorsqu’un individu fait des choix dont les conséquences dépendent de la réalisation d’événements auxquels des probabilités sont rattachées. Face à une activité risquée, la plupart des individus donnent à l’activité une valeur qui diffère de l’espérance mathématique. Cette valeur s’appelle l’équivalent certain de l’activité risquée.
 
- Qu’est-ce que l’aversion du risque?
- Très tôt, les expériences réalisées pour étudier la façon dont les individus prennent réellement leurs décisions dans des situations risquées ont remis en cause plusieurs aspects de la théorie de l’utilité espérée. L’aversion au risque est un comportement qui pousse un investisseur à hésiter, voire à ne pas supporter la pression induite par la prise de risques financiers. Il s’agit d’une notion subjective qui diffère selon les personnes. L’aversion au risque peut inciter des personnes à investir dans des valeurs à faible rendement, car le risque de perte est faible. C’est donc avant tout un comportement psychologique face aux marchés boursiers. Ce comportement étant bien souvent le fruit de notre passé et particulièrement de notre enfance... de la façon dont nous avons été éduqués.

- Quels sont les avantages induits par le management du risque?
- Le management du risque est un outil d’aide à la décision: il garantit le bien-fondé des actions engagées et valide la pertinence des priorités établies. L’entreprise travaille sur l’essentiel. La multiplication des systèmes de management a entraîné des redondances peu compatibles avec la performance exigée. L’intégration est donc au cœur des préoccupations. Le management du risque favorise cette intégration.
Propos recueillis par Reda BENOMAR

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