Tribune

Le chômage doit devenir l’indicateur politique majeur

Par Anas BOUJIR | Edition N°:5164 Le 08/12/2017 | Partager

Anas Boujir est cadre financier dans l’administration marocaine. Il est diplômé en finances et services de gestion financière de l’Ecole supérieure de commerce de Troyes en France (Ph. Privée)

«Un enseignement de qualité qui leur permette d’accéder au marché du travail, et de s’y insérer aisément, et qui contribue à la promotion individuelle et collective…». Telle est l’ambition royale, exprimée lors du discours d’ouverture de la présente législature: un enseignement de qualité, partenaire des compétences et en avant-garde dans la bataille nationale de lutte contre le chômage.

Conjuguer les forces

Au Maroc, la bataille de l’emploi est principalement celle des jeunes diplômés. C’est un chantier d’envergure. Nombreuses sont les stratégies et programmes qui ont été initiés et qui ont souvent mobilisés des enveloppes budgétaires colossales. Il en va des missions de l’Anapec, au nouveau statut auto-entrepreneur, à la stratégie nationale pour l’emploi. Le but serait de conjuguer efforts, acteurs et même conjoncture économique en vue d’asseoir des conditions favorables pour soutenir l’employabilité des jeunes sauf que la mayonnaise peine à prendre.

En France, l’engagement et la promesse de l’ancien Président Hollande «d’inverser la courbe du chômage» suivant un échéancier prédéfini, lui a valu de chuter durement en termes de popularité  et d’être éliminé de la course à la présidence. Cette guerre qu’est la lutte contre le chômage est devenue  un indicateur majeur de performance des politiques publiques et des programmes électoraux des partis comme pour mesurer la performance des responsables politiques.

Faire réussir la nouvelle génération

Le choix d’ouverture et de libre-échange dans lequel le Maroc s’est inscrit irréversiblement, sous la vision clairvoyante de Sa Majesté, exige une amélioration significative en termes de compétitivité des acteurs économiques, et cela passe nécessairement par des grandes entreprises fleurons de l’industrie et de l’agriculture marocaine, mais aussi par des TPE/PME viables et performantes.

Dans ce sens, le repositionnement des missions dévolues aux établissements de formation serait un impératif. Si l’université a participé considérablement à l’encadrement et l’instruction pour le développement du Maroc postcolonial, l’enjeu actuel est d’accompagner une nouvelle génération de jeunes, créative et innovante.

Bien entendu, les universités doivent se transformer en pépinières de talents et d’incubateurs d’idées novatrices. Le savoir acquis sur les bancs des établissements de formation doit s’associer à la promotion d’un savoir-faire pratique et technique, à cela s’ajoute la nécessité d’instaurer des mécanismes de financement de projets dédiés spécialement aux jeunes entrepreneurs.

Savoir et savoir-faire

Accompagner cette vision entrepreneuriale de l’université marocaine serait conditionnée par l’institutionnalisation d’un  effort financier et bancaire et d’un soutien des organismes étatiques chargés de la promotion et l’accompagnement des projets. Pour ce faire, Maroc-PME  et la Caisse centrale de garantie doivent prévoir dans le cadre d’une réorganisation régionale et déconcentrée la mise en place d’antennes orientées particulièrement vers les initiatives portées par les jeunes entrepreneurs.

L’université entrepreneuriale

L’Etat s’engage dans la formalisation d’un cadre fiscal et administratif incitatif pour assouplir et encourager ces incubateurs, puis à fédérer les énergies pour un climat entrepreneurial prometteur et attractif.
L’appui étatique à ces initiatives  ne serait efficace et porteur que par une implication significative du tissu associatif d’entrepreneurs, censé s’y mettre pleinement par l’encouragement, le conseil et le support financier.
Réussir le pari de «l’université entrepreneuriale», comme approche révolutionnaire de promotion de l’employabilité des jeunes et la concrétisation de cette dynamique économique nationale, doit s’inscrire en tant que déclinaison de la Vision stratégique 2015-2030 pour l’école marocaine. Ce chantier réformateur constituera un levier majeur dans l’édifice  de la compétitivité nationale et la lutte contre le chômage des jeunes.

 

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