Analyse

Marchica: Un laboratoire pour la transformation des territoires

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5163 Le 07/12/2017 | Partager
Une expérience inédite à Nador en matière d’aménagement
Des enjeux d’urbanisme et de restructuration socio- économique
A fin 2017, les investissements engagés s’élèvent à 3,5 milliards de DH
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La physionomie de la corniche de Nador est en train de changer en profondeur, sous l’effet d’un travail méthodique de l’Agence de l’aménagement de Marchica (Ph. AAM)

«Nador avec une corniche et une plage artificielle? Personne ne l’aurait cru il y a encore peu. Le changement est frappant!» Le verdict de Mimoune, un médecin, fils d’un MRE installé à Stuttgart, en Allemagne, mais originaire de Béni Chiguer, la bourgade, où naquit Najat Vallaud-Belkacem, l’ancienne ministre française de l’Education nationale, est sans appel. La physionomie du front de mer de Nador qui, jadis, tournait le dos à la mer est en train de se métamorphoser en profondeur.

Le travail méthodique de l’Agence de l’aménagement de Marchica, dirigée par Saïd Zarrou, ayant également la charge de la vallée de Bouregreg, produit ses effets. La nouvelle corniche, qui s’étend sur 3 km, comprend des espaces verts, des promenades, des pistes cyclables et des kiosques. L’innovation de ce projet réside dans la réalisation d’une plage artificielle sur plus de 1,5 km, ouverte au public dès l’été prochain.

Entre les deux, les aires de jeux pour enfants sont prévues. Les projets sont réalisés grâce à un financement porté par les ministères des Finances et de l’Intérieur ainsi que le Fonds Hassan II pour le développement économique et social (actionnaire dans Marchica Med à hauteur de 40%. Les engagements d’investissements totalisés en 2017 avoisinent 3,5 milliards de DH dont 2,3 milliards portés par l’Agence.

En tout cas, avec ces projets, le DG concrétise l’emblème de l’Agence qui consiste à transformer la nuisance en plaisance. En effet, les différentes actions menées s’inscrivent dans le cadre du chantier d’aménagement de la lagune de Marchica [petite mer], considérée comme l’une des plus importantes du bassin méditerranéen. Elle s’étend sur 11.500 hectares de surface, 24 km de dunes de sable et 7 km de largeur.

L’Agence a procédé à l’ouverture d’une passe de 300 mètres de largeur et 7 mètres de profondeur entre la Méditerranée et la lagune, pour un investissement global de 360 millions de DH. Le but est d’améliorer le renouvellement des eaux de la lagune. L’ancienne passe est reconvertie en port de plaisance. Les volumes de sable issus des travaux de réalisation de la nouvelle embouchure ont été réutilisés pour l’aménagement des plateformes de la Cité des deux mers et de la plage artificielle.

Dans la foulée, pour 200 millions de DH, Nador s’est dotée d’une décharge contrôlée pouvant traiter à hauteur de 150.000 tonnes de déchets. Idem pour les bords de la lagune qui ont été purgés, et les plans d’eau dépollués par des bateaux pélicans et des moyens humains.

Les rejets des déchets solides et des eaux usées de Nador étaient déversés dans cette zone. Hier encore, cet endroit était assimilé aux trafics, à la contrebande, au cannabis, et à l’émigration clandestine… aujourd’hui, l’intervention de l’Agence et de sa filiale Marchica Med a permis de dépolluer le site. Ainsi, la première action a consisté dans la mise en place d’une station d’épuration pour le traitement des eaux usées, pour un investissement de 950 millions de DH.

Une autre station sera réalisée l’année prochaine à Beni Nsar, à proximité du site d’Atalayoun. «Ces eaux traitées sont réutilisées pour l’arrosage des espaces verts et la régulation des eaux saumâtres dans les bassins du parc ornithologique afin d’améliorer sa biodiversité et d’attirer encore plus d’espèces d’oiseaux et de poissons», soutient le DG de l’Agence Saïd Zarrou.

Pour ce parc, l’idée est de reconstituer, sur l’ancien site des eaux usées de Nador, des milieux d’habitats naturels d’oiseaux migrateurs, transitant par la lagune de Marchica. Cela sera accompagné d’une infrastructure d’accueil pour des fins scientifiques et pédagogiques, avec l’ambition de devenir une référence en la matière, autour du bassin méditerranéen. L’une des conséquences de cette opération a été la disparition des mauvaises odeurs qui caractérisaient Nador.

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Le DG Saïd Zarrou concrétise l’emblème de l’Agence d’aménagement de Marchica qui consiste à « transformer une nuisance en plaisance» (Ph. Bziouat)

Auparavant, cette zone était dégradée, avec toutes sortes de détritus. Sur les anciens bassins du lavage des minerais de fer, l’Agence a créé une académie de golf de la Cité d’Atalayoun qui surplombe la ville. Elle a dû utiliser 150.000 m3 de sable comme élément filtrant pour éviter la remontée des vases. Elle a entrepris la plantation de plus de 45.000 arbres et la transplantation des pins d’Alep.

Par ailleurs, le projet d’aménagement de Marchica a été si important qu’il a suscité des inquiétudes chez les responsables locaux au niveau de Melilla, la ville voisine occupée par l’Espagne. Son conseil municipal avait décidé d’organiser une session consacrée à une thématique qui en dit long sur les intentions de nos voisins espagnols: Alerta! Nador se abierta! [Attention, Nador s’ouvre]. Des années après, l’expérience de Marchica a été concluante au point qu’elle a été exportée en Côte d’Ivoire et à Madagascar.

En outre, Nador veut se doter d’infrastructures touristiques. Ainsi, la société Marchica Med et l’ONCF sont en train de construire un hôtel d’une grande envergure. L’idée est de doter la ville d’une institution hôtelière comme la Mamounia à Marrakech ou le Palais Jamaê à Fès. Après le Mercure de la CDG qui a ouvert ses portes, d’autres opérateurs privés se sont lancés dans ce créneau avec la construction des hôtels Matar, Select ou le Molen. En parallèle, un quartier résidentiel, avec plusieurs projets, est lancé dans ce sens.

L’Agence s’est également attaquée à la requalification des quartiers limitrophes de la lagune, à l’origine de nuisances multiples, et qui manquaient de réseaux d’assainissement, de voiries, d’eau potable et d’électricité. «Dans ces quartiers, si une femme devait accoucher, l’ambulance ne pouvait pas y accéder», note Ali Zaki, en charge de la communication de l’Agence. De même, l’ancien pont Asserdoune, qui causait des inondations dans des quartiers, a été rasé et remplacé par un autre, avec une circulation à double voies.

Le casse-tête du foncier

L’Agence d’aménagement a procédé à l’expropriation de plusieurs terrains pour réaliser des projets. «En trois ans, nous avons épuré tous les terrains. Nous sommes au stade de transfert de la propriété», souligne Saïd Aberkane, chef du département foncier de l’Agence de Marchica Med. La voie de contournement de Nador, qui réduit la pression de la circulation et de la pollution de la ville, est entièrement réalisée. Reste que le foncier est un véritable casse-tête dans cette ville. «La propriété est dispersée, sans titres fonciers. Quand il y en a, il est difficile de réunir tous les membres de la famille», note Aberkane.
Pour éviter ces écueils, l’Agence a eu recours à l’expropriation dont les indemnités accordées par les tribunaux administratifs sont jugées énormes. En tout cas, pour l’heure, l’expropriation a absorbé 580 millions de DH. Ce montant pourrait doubler selon les expertises judiciaires. Ce qui pourrait constituer un obstacle à la réalisation des projets, dit-il.

Club nautique

La modernisation du front de mer tranche avec le club nautique. Construit sur l’eau, il se trouve dans un état déplorable. Vestige du passé colonial, ancien bar espagnol, la municipalité l’a récupéré, mais sans l’immatriculer à la conservation foncière. Du coup, le site a été classé comme élément du domaine public maritime. Entre-temps, une association l’avait loué à la municipalité. Le loyer n’était pas payé, le litige a pris une autre dimension. Mais finalement, les deux protagonistes sont arrivés à un accord pour diviser le club en deux: le rez-de-chaussée pour l’association et le premier étage pour la municipalité. Cette situation n’a pas encouragé la commune à le réaménager. Avec le temps et le contact de l’eau, les constructions se sont fragilisées au point que le bâtiment est classé comme menaçant ruine.
L’expertise du LPEE est formelle: démolir ou rénover en toute urgence. La municipalité n’est pas favorable à la démolition. Pour faire baisser la tension entre les partenaires, l’Agence d’aménagement de Marchica a décidé de le rénover.

Repères

Coût de la station d’épuration: 950 millions de DH
Coût de l’expropriation: 580 millions de DH
Coût de la décharge contrôlée: 200 millions de DH
Opération de nettoyage: 75 millions de DH

 

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