Tribune

Peut-on avoir une création d’emplois plus dynamique?

Par Mohamed BOUATOU | Edition N°:5162 Le 06/12/2017 | Partager

Chef d’entreprise, Mohamed Bouatou est membre du Conseil national du Mouvement populaire, ancien haut fonctionnaire aux Finances et ancien DG du Fonds Sindibad (Ph. Privée)  

Les années passées à observer, mesurer mais aussi à pratiquer l’économie marocaine m’incitent aujourd’hui à partager ma crainte d’un avenir de plus en plus sombre pour l’emploi au Maroc… Si rien n’est fait rapidement pour saisir l’opportunité qui s’offre à nous.

A la fin des années 1990, il était question principalement de dynamiser l’économie marocaine pour qu’elle crée plus de richesse.
Mesuré par le produit intérieur brut, le taux de croissance devait dépasser le seuil fatidique des 6% pour créer suffisamment d’emplois pour faire face à la demande annuelle et absorber le stock des années précédentes, afin de ramener le taux de chômage national réel  vers un niveau «non inflationniste».
Sur 30 ans, le Produit intérieur brut a rarement atteint les 6% espérés. Le stock de chômeurs  n’a fait que grossir (même s’il est souvent masqué par le fait que des citoyens, désespérés, sortent de la population active, ce qui automatiquement fait baisser le taux de chômage, sans que la réalité en soit pour autant améliorée).
Evidemment, la création d’emplois est liée au modèle socioéconomique adopté, et dans ce sens le modèle économique marocain doit:
1. Evoluer vers un modèle basé sur l’offre et non plus la demande.
2. Développer plus de solidarité par la fiscalité et rompre avec les privilèges fiscaux.
Même si les plans stratégiques sectoriels nationaux visent la création de l’offre, il n’en demeure pas moins que cette volonté est complètement déconnectée des modèles réellement  basés sur l’offre. Les lois de finances depuis le début des années 90 s’inscrivent toutes dans une logique dans la continuité d’un modèle basé sur la demande.

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Les forces de l’ordre en train de réduire une manifestation de chômeurs en juillet 2011, à Casablanca, devant la Wilaya. L’ampleur du chômage, surtout chez les jeunes instruits  et chez les femmes, constitue un facteur de désordre social  (Ph. L’Economiste)

En 2017, deux éléments contradictoires dénotent de la gravité de la situation et de l’espoir à pouvoir redresser la situation économique autrement que ce qui avait été pensé dans les années 90:
D’une part un très grand nombre de jeunes Marocains en âge de travailler risquent d’atteindre l’âge de 60 ans sans avoir jamais travaillé.
D’autre part  la majorité des Marocains en âge de travailler pensent fermement que leur avenir passe par l’entrepreneuriat.
Partant de ces deux éléments, le plan de création massive d’emplois au Maroc nécessite un prérequis majeur: l’amélioration de l’environnement entrepreneurial  comme cela est recommandé dans le rapport 2007 du Global Entrepreunership Monitor et d’autres.   Il s’agissait de poser trois objectifs:
1- Résorber le stock de chômeurs et créer une nouvelle dynamique économique;
2- Développer une classe moyenne large et équitablement repartie sur le territoire national;
3- Stabiliser la structure de la population marocaine dans son impact sur la création de richesse: rural  et urbain, région et nation, jeunes et personnes âgées, homme et femme et, enfin, actifs vs retraités.
Il existe des opportunités à stimuler comme, par exemple, l’éco-entrepreneuriat et l’entrepreneuriat rural; ou encore  la production de biens et services à forte valeur ajoutée  sans oublier l’inclusion des activités informelles dans les secteurs formels.

Des pistes et des outils

Trois pistes ou outils doivent être explorés ou mobilisés:
1. La fiscalité par l’allégement de la pression sur le capital et en rééquilibrant la différence patente entre l’économie de privilège et celle de marché;
2. La flexibilité du marché de travail en permettant de meilleurs rapports entre employeurs et employés qui soient basés sur la réalité économique du marché et ses contraintes;
3. La formation permanente en phase avec les besoins du marché et de ses cycles. 

 

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