Société

Enquête L’Economiste-Sunergia: Les Marocains divisés sur la peine de mort

Par Nadia SALAH | Edition N°:5162 Le 06/12/2017 | Partager
Les opposants sont plus nombreux que les pour …
… mais 20% demandent à voir au cas par cas
Plus le niveau social est élevé, plus les gens approuvent le châtiment suprême
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Contrairement à ce qui se dit souvent, les Marocains sont contre la peine de mort. La différence est de 9 points.  Mais, les  20% qui demandent à voir les cas d’application, n’y sont pas opposés par principe. Ils peuvent donc être  ajoutés au clan des «pour», ce qui  donne 51% de pour. Donc une bonne majorité.
Rappelons que la peine de mort, décision suprême, est entre les mains du Souverain. Elle n’a plus été appliquée depuis septembre 1993, dans l’affaire du commissaire Tabit

Sur la peine de mort, l’enquête L’Economiste-Sunergia révèle des opinions nettement plus nuancées qu’on ne le pensait. Les opposants par principe sont plus nombreux qu’on ne l’imaginait, mais ils ne sont pas là où on les attendait. Mais entre les pour et les contre, un Marocain sur cinq demande à voir et à se déterminer au cas par cas.

Bien sûr, quand on veut se déterminer au cas par cas, cela signifie qu’on accepte le principe du châtiment  suprême. Mais cela signifie aussi que ceux qui militent contre la peine de mort sont une petite majorité dans laquelle 20% sont ouverts à la discussion.

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Si dans l’ensemble de la population les Marocains sont  assez nettement pour la peine de mort (les franchement «pour» plus ceux qui disent vouloir examiner les «situations cas par cas»), en revanche, suivant les âges,  les opinions sont plus polarisées.  Ainsi, une majorité nette de nos anciens demandent à voir au cas par cas, avant d’émettre un avis. Inversement les plus jeunes goûtent peu la casuistique et sont nettement plus nombreux à s’opposer au châtiment suprême

On notera aussi que tout le monde répond: il n’y a pas de fuite devant la question, comme cela arrive parfois.  Ceux qui n’ont pas d’idée sur la question le disent franchement. Ils sont seulement 9%.  On notera que 63% sont des hommes, plutôt C et D-E.
Qui veut garder la peine de mort? Pour une fois les avis sont très marqués et pas du tout où on les attendait.

Ce sont des femmes à 53%, des jeunes à 51% et des habitants des villes à 80%! Et ce n’est pas fini, ceux qui sont pour la peine de mort ont des diplômes universitaires à 57%  et se trouvent dans le haut du tableau social.

Les associations militant pour la suppression et qui ont un discours élitiste ou éducatif se trompent lourdement  sur leur cible: leurs opposants sont dans leur propre camp socio-économique.

Inversement ceux qui ont franchi le pas et se déclarent nettement contre la peine de mort se trouvent dans toutes les catégories, avec un poids un peu plus marqué dans le monde rural.

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Les opposants à la peine de mort sont nettement plus nombreux dans les régions du sud  (Souss-Massa, Sahara, Marrakech et Drâa-Tafilalet): 45% contre 28% de pour mais leur poids démographique dans l’ensemble national n’est pas assez lourd pour renverser la tendance générale, favorable à la peine suprême

La grande surprise de cette enquête Sunergia est dans la domination de la peine de mort chez les gens les plus avantagés dans la vie et aussi chez ceux qui ont fait le plus d’études. Exactement le contraire de ce que dit l’intuition courante.

Y aurait-il ici un phénomène de classes privilégiées qui verrait une menace pour ses avantages si les sanctions n’étaient pas portées au plus haut? On a vu cela dans les pays européens au moment où la révolution industrielle avait rebattu les cartes des privilèges.  Mais qui peut dire si cette hypothèse est exacte ou fausse, puisqu’il n’existe à notre connaissance aucune étude sociologique sur ce thème?

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Pour ceux et celles qui croiraient que le refus de la peine de mort augmente avec le niveau d’instruction, il faudra déchanter. C’est exactement le contraire, et ce avec un score sans appel : 51% des personnes ayant un niveau universitaire sont pour, auxquelles il faut ajouter un petit 16% de gens qui en acceptent le principe, qu’ils  veulent voir appliquer «selon les cas»

Autre enseignement: la peine de mort est un domaine où les préceptes religieux ne jouent pas ou très peu, puisque les avis sont très partagés.  C’est assez curieux dans la mesure où les questions liées à la vie et  à la mort  naturellement sont en relation avec la foi.
Enfin, comment faut-il mettre en relation ces résultats, si différenciés par classes sociales avec la montée des violences urbaines et scolaires.

Ce sont les couches défavorisées qui sont le plus victimes de ces violences. Ce sont aussi elles qui fournissent  la majorité des acteurs. Et ce sont elles qui se montrent le plus réticentes au châtiment suprême.
Cette enquête par ses résultats aussi détaillés qu’étonnants devrait ouvrir des champs d’investigations aux universitaires.

                                                                           

Fiche technique

L’enquête  L’Economiste-Sunergia a été effectuée par téléphone au mois de novembre 2017, auprès d’un échantillon de 700 personnes, échantillon ajusté sur les données du recensement de 2014. Soit 343 hommes et 357 femmes, dont 62% en milieu urbain.
- 20% habitent Casablanca-Settat-El Jadida;
- 14% sont dans la zone Rabat-Salé-Kénitra;
- 13% à Fès-Meknès;
-12% à Marrakech-Safi
-11% à Tanger-Tétouan-Al Hocïema
- 8% dans le Souss-Massa
- 7% chacun pour l’Oriental et Béni Mellal-Khénifra
- 3% dans le Grand Sud.
Les différentes zones ou villes sont regroupées par grandes régions: Nord-Est, Centre et Sud.
La marge d’erreur pour l’ensemble de l’échantillon est de plus ou moins 3,7%, ce qui signifie qu’on ne peut pas tirer de conclusion ferme s’il y a une différence inférieure ou égale à 3,7 entre deux réponses. Naturellement, plus petite est la base, plus grande est la marge d’erreur.
Un quart des interviewés a entre 15 et 24 ans, 22% ont entre 25 et 34 ans, 19% entre 35 et 44 ans, 15% entre 45 et 54 ans, 10% entre 55 ans et 64 ans et 9% ont plus de 65 ans.
Les catégories socio-professionnelles sont représentées à raison de 13% de A-B, 56% de C et 31% de D-E. Pour définir ces catégories, Sunergia a un modèle qui tient compte de trois familles de critères, plus l’âge du répondant: revenu monétaire mais aussi type d’habitation, profession du chef de ménage…

 

https://groupe-sunergia.com

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