Economie

Marché de l’emploi: Pas de progrès majeur à court terme

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5159 Le 30/11/2017 | Partager
L’embellie viendrait de la transition démographique en 2030
Le tissu économique affiche une lente transformation structurelle
Les conclusions d’une étude conjointe du HCP et de la Banque mondiale
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La répartition sectorielle des emplois est relativement stable sur le long terme. Si la part de l’agriculture recule progressivement, le rythme de transformation est lent et toujours près de 40% des emplois sont agricoles. L’industrie (y compris l’artisanat) reste marginale. Alors que les services qui concentrent également 40% des postes restent dominés par les activités traditionnelles

Le Haut Commissariat au Plan mise sur une forte croissance du marché de l’emploi en 2030, mais qui résultera plus de la transition démographique (baisse de la population active) et moins du dynamisme de l’économie.  La  baisse tendancielle de l’accroissement de la population. Entre 2004 et 2014, elle a baissé à 1,25% par an en moyenne contre 1,35%, une décennie auparavant. 

Cette évolution peut constituer une réelle opportunité pour le pays, si le gonflement de la population en âge de travailler (430.000 personnes en moyenne par an d’ici 2030) s’insère dans le marché du travail. En revanche, cela pourrait se transformer en risque social majeur, si l’insertion des  jeunes n’est pas au rendez-vous.

En attendant, le tableau dressé de la situation de l’emploi ne prête pas à l’optimisme. La dernière livraison du HCP, fruit d’une collaboration  avec la Banque mondiale, met en évidence des contraintes au développement du marché du travail et identifie les pistes pour le dynamiser. L’originalité de l’étude conjointe, c’est qu’elle met à contribution les enquêtes sur le terrain du HCP et les analyses de l’institution financière internationale basées, pour l’essentiel, sur le benchmark des pays à revenus intermédiaires bas et élevés.  

D’abord, un constat pour le moins troublant. Le Maroc est l’un des plus gros investisseurs, mais les retombées sont rarement visibles. Selon l’étude, l’investissement public a représenté 32% du PIB en 2016, mais il ne s’est pas encore traduit par des gains de productivité significatifs. Ses retombées sur l’économie, que ce soit en termes de croissance ou d’emplois, sont faibles. Les créations d’emplois se sont concentrées dans les secteurs à faibles gains de productivité (voir aussi L’Economiste du 29 novembre).

Entre 2000 et 2014, l’économie marocaine a généré environ 1,66 million d’emplois en dehors  de l’agriculture,  plus d’un tiers (570.000) ont été créés dans deux secteurs seulement: la construction et l’hôtellerie-restauration. Ainsi, le coefficient marginal du capital  est élevé en comparaison  avec d’autres pays ayant des taux d’investissement plus faibles ou comparables. Résultat,  l’économie marocaine n’arrive pas à gagner en efficience malgré les réformes structurelles engagées.

Pourtant, le Maroc, qui fait partie du groupe des pays à revenu intermédiaire inférieur, se caractérise par une composition sectorielle plus proche de celle des pays à revenu  élevé. Dans ces derniers pays, il est observé une régression de 20 points de la valeur ajoutée agricole sur un demi-siècle. Celle-ci ne représentait que 10% en 2014. 

La part de l’industrie a, quant à elle, augmenté dans un premier temps, pour atteindre environ 30% du PIB au début des années 1980, avant de diminuer dans les décennies qui ont suivi (14% actuellement). Or, ce processus de transformation structurelle est moins opérant au Maroc.

A l’inverse des pays à revenu intermédiaire élevé, la part de l’agriculture dans le PIB au Maroc n’a que graduellement diminué au cours des 35 dernières années et reste élevée: 15% du PIB et 39% de l’emploi en 2016. Les parts de l’industrie et des services sont, elles aussi, restées relativement stables par rapport aux évolutions qu’ont connues d’autres pays à économie comparable.

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Le secteur des services reste cantonné dans des activités comme le commerce au détail, le transport et le tourisme, mais il peine à intégrer les secteurs modernes, notamment la santé, la formation et les nouvelles technologies

La répartition sectorielle des emplois est relativement stable sur le long terme . Si la part de l’agriculture recule progressivement, le rythme de transformation est lent et toujours près de 40% des emplois relèvent du monde rural. L’industrie (y compris l’artisanat) reste marginale en termes d’emplois, et ne parvient pas à insuffler une réelle dynamique au marché du travail dans son ensemble. Ce qui impacte également le secteur des services.

Bien qu’il concentre aussi 40% des emplois (67% du total des postes créés), la majorité se cantonne dans les services traditionnels de faible qualification (commerce de détail, de gros, transport…). Les 87.000 nouveaux emplois créés annuellement au niveau de ce secteur résultent principalement de la création de 24.000 postes par la branche du «commerce de détail et réparation d’articles domestiques», de 13.000 par celle des «services personnels», de 11.000  par les transports routiers et de 9.000  par les hôtels et restaurants.

Mais dans tous les cas, les travailleurs comme les entreprises considèrent que le marché du travail souffre de plusieurs faiblesses. En tête, le manque d’inclusion. Les jeunes et les femmes n’y sont pas suffisamment intégrés. Alors que le taux de participation des hommes est comparable à celui des pays de même niveau économique, celui des femmes est très faible.

Elles ne  sont pas seulement sous-représentées parmi les travailleurs, mais aussi parmi les chefs d’entreprise et les cadres. S’ajoute la faiblesse de création d'emplois. La dynamique  n’a pas été suffisante pour absorber la croissance de la population en âge de travailler. L'emploi dans le secteur formel se concentre dans les entreprises anciennes et de grande taille.

Les petites et moyennes entreprises se heurtent à de nombreuses contraintes, corruption, main-d'œuvre peu qualifiée, faiblesse de la compétitivité, coût élevé du travail, concurrence de l’informel. Autant de contraintes  qui ralentissent leur croissance et réduisent leur capacité à créer des emplois. En troisième lieu, il est relevé  l’importance du travail non rémunéré: 50% des travailleurs masculins sont des salariés et autant parmi les femmes.

Que c’est dur d’entrer sur le marché de l’emploi

Le taux de chômage élevé des diplômés est probablement dû aux difficultés à entrer sur le marché du travail, relèvent le HCP et la Banque mondiale. Les primo-demandeurs sont ceux qui restent aussi longtemps au chômage, alors que pour ceux ayant un faible niveau d’éducation, c’est l’arrêt de l’activité. Ainsi, si les jeunes ont tendance à être plus instruits, ils ont des difficultés à trouver un emploi après leurs études. Parmi les jeunes chômeurs (âgés de 15 à 24 ans), 48,6% étaient sans emploi après leurs études. En revanche, les plus âgés ont tendance à être au chômage principalement en raison de la fermeture de leur entreprise ou d’un licenciement. Les prétentions salariales ne semblent pas constituer un frein à l’embauche. En effet, sur l’ensemble du territoire, les deux tiers des chômeurs sont prêts à accepter un emploi dont la rémunération est inférieure ou égale au Smig (moins de 2.600 DH mensuels). En outre, plus d’un quart des chômeurs accepterait un emploi pour n’importe quel salaire. En 2015, le moyen principal de recherche d’emploi était pour 37,7% des chômeurs le contact personnel des employeurs, pour 33,2% la famille, les amis ou les connaissances et pour 12,7% en répondant à des annonces. Et moins de 7%  passent des concours ou font appel à des organismes spécialisés.

 

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