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Dossier Spécial

Croissance mondiale: «Il faut rester prudent»

Par Franck FAGNON | Edition N°:5157 Le 28/11/2017 | Partager
Dette privée, protectionnisme... des facteurs de risque
Hausse de 1% des défaillances d'entreprises prévue en 2018
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Wilfried Verstraete, président du groupe Euler Hermes: «L’un des points d’attention est la situation des économies émergentes. Comme en témoigne l’exemple vénézuélien, nous risquons d’assister à des défauts de plus en plus fréquents» (Ph. E.H.)

L'assureur crédit Euler Hermès anticipe, comme beaucoup d'autres institutions, un regain de la croissance mondiale en 2018. Pour autant, l'horizon n'est pas totalement dégagé. La dette privée en Chine en particulier, la politique économique de l'administration américaine ou encore le Brexit pourraient ralentir la reprise. Pour les entreprises, le contexte demeurera difficile. Euler Hermes prévoit une hausse de 1% des défaillances l'année prochaine dont une évolution plus marquée dans plusieurs économies émergentes.

- L'Economiste: Vos revenus baissent au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie. Qu'est-ce que cela traduit de l'environnement économique dans ces régions?
- Wilfried Verstraete:
Ces zones ont connu une aggravation des risques ces dernières années. En Chine, les défaillances d’entreprises augmentent en 2017 (+19%) pour la quatrième année consécutive et 2018 ne devrait pas marquer d’interruption (+8%). Au Moyen-Orient, le risque s’est accru depuis le début de l’année. La récession observée en Arabie saoudite, le blocus contre le Qatar et la situation financière compliquée du Bahreïn sont autant d’éléments qui retardent le développement économique de la zone.

- La dette privée des pays émergents suscite des inquiétudes. Quelles sont les zones à risques et les conséquences immédiates que vous voyez sur la croissance mondiale?
- Oui, la dette privée des pays émergents a encore augmenté malgré le ralentissement de leur croissance ces dernières années. Je relève deux points d’attention.
Le premier, encore méconnu, est la dette des ménages en Chine: elle a significativement augmenté, de plus de 10 points de PIB en trois ans. Le deuxième point, c’est la détérioration de la notation moyenne des émetteurs issus des émergents depuis trois ans. Comme en témoigne l’exemple vénézuélien, nous risquons d’assister à des défauts de plus en plus fréquents.

- Ailleurs, relevez-vous le regain de croissance mondiale que l'on lit dans les prévisions?
- Effectivement, oui. Si je ne devais retenir qu’un seul exemple, ce serait celui de la zone euro, où la croissance des chiffres d’affaires a rebondi à +3,5%. C'est du jamais-vu au cours de ces trois dernières années.

- Qu'est-ce qui pourrait éventuellement enrayer cette dynamique?
- Je vois deux risques potentiels. Le premier serait un optimisme exagéré. Il ne faut pas oublier que la dette des entreprises est élevée en Chine (170% du PIB), nonobstant la stabilisation de la croissance à +6,7%.
Il y a certes un volume d’affaires plus élevé au niveau global, mais nous considérons que les défaillances d’entreprises devraient elles aussi augmenter en 2018 (+1%). Le deuxième risque est celui du protectionnisme.
Il est question de renégocier le Nafta et les mesures protectionnistes prises par les Etats-Unis à l’encontre de la Chine n’ont jamais été aussi nombreuses (16 sur les 8 premiers mois de 2017). Cela pourrait perturber la belle dynamique du commerce international (+7% en 2017).

- Comment évolue la sinistralité chez Euler Hermes?
- A fin septembre, notre ratio de sinistres net s'établit à 51,8%, en amélioration de 0,9 point comparativement à l'année dernière. La fréquence des sinistres en Europe reste faible et les ratios de sinistres dans la plupart des pays émergents s'améliorent.

- Aux Etats-Unis ou encore au Royaume-Uni où c'est quasiment le plein emploi, les banques centrales s'inquiètent de l'inflation faible et du risque sur la croissance. Que faire?
- Ces banques centrales sont partagées sur ce qu’elles doivent faire. Oui, l’inflation est plus faible que lors du précédent cycle de resserrement monétaire (celui des années 2000), car les hausses de productivité et de salaire sont plus faibles. Mais il y a bien un resserrement monétaire en cours aux Etats-Unis, où nous anticipons encore deux à trois hausses de taux en 2018.
Au Royaume-Uni, les choses sont différentes: certes l’inflation s’est accélérée, mais nous considérons que le véritable impact du Brexit sur la croissance devrait se faire sentir en 2018. Il est donc pour l’instant urgent d’attendre.

Dix ans de faible croissance laissent des traces

- Comment les risques encourus par les entreprises ont-ils évolué ces dernières années?
- Les dix années de croissance maigre dont nous sortons ont eu des conséquences: elles ont pu servir de justification pour demander plus de protectionnisme. C’est une réelle difficulté pour beaucoup d’entreprises. Elles ne vont cependant pas disparaître du jour au lendemain et savent s’adapter, par exemple en investissant plus et en exportant moins.
Par ailleurs, les risques d’impayés et de faillites demeurent des fondamentaux de notre activité. Enfin, le risque de fraude cybernétique est en plein développement, c’est également un point d’attention. C’est donc pour anticiper la révolution numérique et être aux côtés de nos clients que nous avons engagé la transformation digitale de notre groupe, afin de leur proposer des produits toujours plus simples et mieux adaptés, dans un contexte de digitalisation de l’économie tout entière.

Propos recueillis par Franck FAGNON

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