International

Le commerce mondial rebondit

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5156 Le 27/11/2017 | Partager
Une croissance en volume de 4,3% en 2017 et 3,9% en 2018
Le protectionnisme et l’accès au financement… des freins
Une nouvelle étude d’Euler Hermes
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La zone euro sera la première à profiter du dynamisme des échanges commerciaux, devant les Etats-Unis et la Chine. Si le commerce mondial s’est contracté de près de 3.000 milliards de dollars entre 2014 et 2016, la tendance s’est inversée en 2017. Les pertes seront rattrapées d’ici 2018 (Ph. AFP)

Après deux années décevantes, le commerce mondial reprend des couleurs. Il devrait rebondir dès cette année, n’atteignant toutefois que la moitié de sa moyenne d’avant-crise. En volume, sa croissance devrait se limiter à 4,3% en 2017 et 3,9% en 2018 (contre une moyenne de 8% entre 2003 et 2007).

En valeur, elle n’atteindra que 7,5% cette année et 6,3% l’année prochaine (contre une moyenne de 16% entre 2003 et 2007). Toutefois, plusieurs facteurs de risques persistent comme l’indique Euler Hermes dans son étude «Game of Trade: Unbowed, Unbent, Unbroken?».

■ La montée du protectionnisme: Le nombre de nouvelles mesures protectionnistes ne cesse de s’accroître. Le spécialiste de l’assurance-crédit attend 400 nouvelles mesures cette année. C’est en-deçà des 750 mesures additionnelles en 2016, mais toujours aussi inquiétantes pour les échanges internationaux. Les Etats-Unis ont rapidement renforcé leurs barrières commerciales. Sur les 10 premiers mois de 2017, 87 nouvelles mesures protectionnistes américaines ont été dénombrées, soit plus que sur l’ensemble de l’année 2016 (84) et 2015 (86). Ces mesures touchent plus particulièrement deux pays: 20% sont dirigées vers la Chine (10% en 2016) et 18% vers le Canada (12% en 2016). La montée du protectionnisme américain est d’autant plus frappante que les Etats-Unis représentent 30% de la consommation privée mondiale. «Le commerce mondial s’est contracté de près de 3.000 milliards de dollars entre 2014 et 2016. Nous estimons que la tendance s’est inversée en 2017. D’ici 2018, nous devrions rattraper cette perte, mais seulement si la question du protectionnisme est abordée fermement», explique Mahamoud Islam, économiste senior chez Euler Hermes et co-auteur de l’étude.

■ Difficulté d’accès au financement pour les entreprises: C’est le deuxième frein à la croissance du commerce mondial, alors que les flux financiers se régionalisent en trois zones monétaires. Les prêts accordés par les banques internationales se sont contractés de 0,2% sur une année au deuxième trimestre 2017. L’intolérance au risque, combinée à une régulation financière asymétrique (exigences de fonds propres) et aux contrôles de capitaux dans les marchés émergents, devrait grever les perspectives. Les auteurs de l’étude ont calculé un déficit de financement d’environ 1.500 milliards de dollars cette année. Les politiques favorisant la relocalisation dans les économies avancées pourraient aussi pénaliser les marchés émergents en les privant de capitaux.

■ Normalisation des politiques monétaires: «Les gouvernements doivent inciter les entreprises à investir à plus long terme et soutenir la révolution digitale. D’autant qu’elles sont assises sur une manne considérable de cash», précise pour sa part Ludovic Subran, chef économiste d’Euler Hermes. «Mais cela ne sera peut-être pas suffisant pour contrer cette tendance inquiétante», dit-il. Dans ce contexte, une probable normalisation des politiques monétaires par les banques centrales pourrait affecter la disponibilité des monnaies fortes. Ce qui pourrait entraîner une augmentation du coût du financement du commerce à l’échelle mondiale.

■ Le contexte géopolitique: Il pourrait redistribuer les cartes du commerce mondial. En Europe, les tensions actuelles avec la Russie et les négociations relatives au Brexit pèsent sur les perspectives commerciales. Au Moyen-Orient, qui connaît déjà une situation complexe, les tensions ne cessent de grandir. Enfin, le risque croissant dans la péninsule coréenne implique des champions du commerce international tels que la Chine, la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis.

L’OMC affiche son optimisme

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a revu récemment à la hausse ses prévisions. Elle s’est basée sur la reprise des flux commerciaux en Asie et celle des importations en Amérique du Nord. Ainsi, le commerce mondial des marchandises en volume devrait progresser de 3,6% en 2017 (dans une fourchette de 3,2% à 3,9%), soit bien mieux que la croissance annuelle de 2,4% prévue en avril dernier. Pour ce qui est de 2018, il devrait ralentir à 3,2% (dans une fourchette de 1,4% à 4,4%). Cette nouvelle estimation est fondée sur une prévision de croissance de 2,8% de l’économie mondiale pour l’année prochaine.

 

 

 

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