Société

Antibiotiques: Alerte à la surconsommation!

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5153 Le 22/11/2017 | Partager
1.714 bactéries multi-résistantes au CHU Ibn Rochd
Multiplication des maladies nosocomiales
Risque plus élevé aux services de réanimation, grands brûlés et pédiatrie
antibiotique_053.jpg

Pour un nombre croissant d’infections, comme la pneumonie, la tuberculose, la septicémie et la gonorrhée, le traitement devient plus difficile, voire impossible parfois, du fait de la perte d’efficacité des antibiotiques

Qui du médecin ou du pharmacien est responsable de la surconsommation des antibiotiques au Maroc? La question préoccupe au plus haut niveau les professionnels de la santé. Ils ont saisi l’occasion de la semaine mondiale du bon usage des antibiotiques pour remettre ce sujet sur le tapis. «Nous sommes tous responsables», répond Pr Naïma El Mdaghri, directrice de l’institut Pasteur(1).

Selon elle, les antibiotiques, utilisés à tort et à travers, aussi bien pour les humains que les animaux, occasionnent une résistance de plus en plus accrue aux bactéries, virus, parasites, champignons… D’où le risque de multiplication d’infections urinaires, cutanées, E-coli… «Aujourd’hui nous sommes dans une impasse thérapeutique», s’alarme El Mdaghri.

En effet,  en plus d’une décennie, la consommation d’antibiotiques est passée de 134,5 millions de doses à près de 224 millions (2003-2016). La consommation des bêta-lactamines (dont les dérivés de la pénicilline) est largement dominante (61% en 2016). A titre d’exemple, la résistance à la pénicilline est passée de 60,3% en 1999 à plus de 70% en 2004, selon les données de l’Information Medicals & Statistics.

Au Maroc, chaque jour, 18 personnes sur 1.000 prennent une dose journalière d’antibiotique. A Casablanca, championne nationale de cette catégorie, la consommation globale des antibiotiques est passée de 16,6 doses journalières pour 1.000 habitants par jour (1994) à 23,8 doses (en 2004). A titre de comparaison, la consommation globale nationale en Finlande est de près de 10 doses journalières pour 1.000 habitants par jour.

Et ce n’est pas tout. La filière de l’élevage (bétail et volaille) contribue aussi à cette surconsommation médicamenteuse. Les antibiotiques sont utilisés pour engraisser les animaux et favoriser leur croissance. «Mais en l’absence de chiffres fiables, il est difficile d’estimer la consommation réelle dans le secteur vétérinaire», explique Abdelmajid Belaïche, analyste des marchés pharmaceutiques.

Pour avoir une estimation du marché global, ce dernier se base sur l’évolution des importations d’antibiotiques à usage vétérinaire. «De 1998 à 2016, la valeur des importations des antibiotiques vétérinaires en produits finis ou matières premières a plus que doublé: passant de 39,4 millions de DH à 91,6  millions de DH», poursuit le chercheur. Sans compter les filières de l’informel et la contrebande. Et ce cocktail finit bien évidemment dans nos assiettes!

Aujourd’hui, la résistance aux antibiotiques est passée de 60,3 (1994) à plus de 70% (2004). Ce taux a certainement évolué depuis. Les résistances bactériennes sont en forte augmentation au Maroc. Celle-ci est corrélée avec la consommation humaine des antibiotiques mais pas seulement… La filière vétérinaire et de l’élevage joue également un grand rôle dans cette augmentation des résistances (aliments pour bétail et volaille enrichis en antibiotiques). Selon Belaïche, trois principaux facteurs sont en cause: la surconsommation, le mauvais usage et l’utilisation des antibiotiques par la filière vétérinaire.

Résultat: une multiplication des bactéries multi résistantes (BMR) est constatée dans les hôpitaux. Plus de 1.714 bactéries multi-résistantes sont recensées au CHU Ibn Rochd à Casablanca, selon une étude menée par Dr Manal Walfi. Ce qui se traduit par la multiplication des maladies nosocomiales, notamment dans les services les plus vulnérables (réanimation, pédiatrie et grands brûlés).

Pour revenir à une utilisation rationnelle des antibiotiques, Pr Belaïche préconise tout d’abord la sensibilisation de la population. «Les exclus de l’AMO sont les plus nombreux à recourir à l’automédication», explique-t-il. Certes, une stratégie nationale de lutte contre les résistances bactériennes a été lancée depuis 2 ans, mais elle ne se traduit pas encore par des actions concrètes.

Casablanca largement en tête

  • Les antibiotiques représentent 13,8% en valeur du marché pharmaceutique
  •  1,2 milliard de dépenses à travers les pharmacies
  •  La consommation per capita à Casablanca est largement supérieure à celle du reste du Maroc et elle est comparable à celles de certains pays européens
  •  La consommation des antibiotiques au Maroc est dominée en volume par l’amoxicilline seule ou associée à l’acide clavulanique (plus de 50%)
  •  Mais les Quinolones, suivis par les associations d’antibiotiques (Spiramycine/Metronidazole) et les autres bétalactamines sont les plus évolutifs.

------------------------------------------------------------------------

(1) Lors d’une table ronde sous le thème «l’antibiothérapie au Maroc: entre utilisation rationnelle et résistance», organisée lundi 20 novembre par le Bureau des étudiants en pharmacie de Casablanca (BEPC), à l’occasion de la semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques (du 13 au 19 novembre 2017).

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc