International

Altice perd la confiance des investisseurs

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5152 Le 21/11/2017 | Partager
Les contre-performances de SFR éclaboussent le titre en bourse
La santé financière du groupe est solide, tente de rassurer Drahi

L’action d’Altice, l’imposant Holding basé au Luxembourg, est en chute libre depuis le début du mois. La valeur a perdu plus de sa moitié, ce qui provoque l’inquiétude des investisseurs quant à la situation financière du groupe. Détenue par le Franco-Marocain Patrick Drahi, Altice détient plusieurs entreprises en Europe et aux Etats-Unis, notamment SFR, l’Express, BFM TV, Libération, Numéricâble, Cablevision... Qu’est-ce qui a donc déclenché cette dégringolade?

Des résultats trimestriels peu encourageants pour la filiale française SFR. Cette dernière a enregistré une baisse des résultats de 1,3% durant les 9 premiers mois de l’année. Cela, ainsi que l’important niveau de la dette, a fait baisser la confiance des investisseurs. La partie USA de l’activité est quant à elle bénéficiaire.

Le roi du levier financier

Alors que le patron du groupe reconnaît la présence d’un problème de gestion chez SFR, il qualifie la période actuelle d’«irrationnelle». «Sachez que malgré la chute du cours en bourse, nous bénéficions d’une véritable stabilité financière», a écrit Patrick Drahi aux salariés de SFR dans une lettre dont l’AFP a obtenu copie. La dette du groupe «est sécurisée à 85% à taux fixe et le premier remboursement n’arrivera qu’en 2022», rassure l’homme d’affaires. Altice compte donc geler les acquisitions pour le moment, et améliorer la situation opérationnelle de SFR.

Altice est très endettée, mais cela ne pointe pas nécessairement vers une mauvaise situation financière. Le niveau d’endettement ne pose problème que si son coût est supérieur à la rentabilité courante de l’entreprise. Dans le cas contraire, l’endettement joue même un effet amplificateur sur la rentabilité des actionnaires. C’est ce que l’on qualifie d’«effet de levier financier».

Si toutefois la rentabilité de l’exploitation est inférieure au coût de la dette, on parle  d’un «effet de massue»: la rentabilité des actionnaires se trouve diminuée. Une entreprise qui recourt à l’endettement doit donc faire très attention à la rentabilité de son activité courante.

Altice pousse cette logique à l’extrême. Cet empire a été construit essentiellement par endettement. À chaque acquisition, Drahi avance le moins d’argent possible, juste pour se garantir un effet de levier. Drahi a ainsi été surnommé «roi du LBO», ou Leverage Buy Out (rachat par effet de levier). Pour l’acquisition de 70% des parts de l’américain Suddenlink, valorisé à 9,1 milliards de dollars, Altice n’a déboursé que 1,2 milliard de dollars.

Le reste a été financé par un emprunt. La logique est que l’entreprise absorbée financera par la suite le remboursement de la dette contractée pour son acquisition, et dégagera un surplus de rentabilité pour les actionnaires. Les cibles sont donc des entreprises qui marchent très bien.
Des restructurations sont effectuées après l’absorption pour améliorer encore plus la rentabilité. Depuis l’acquisition de Numéricâble en 2000 à fin 2014, l’entreprise a vu son Ebitda augmenter de 25% à 46%. Au Maroc, le groupe détient l’opérateur offshoring de centres d’appel Intelcia.
Les taux d’intérêt très favorables de la période de l’après crise ont également permis à Drahi de multiplier son rythme frénétique d’acquisitions.

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc