Régions

Fès-Médina: Les commerçants tirent la sonnette d’alarme

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5149 Le 16/11/2017 | Partager
Crise économique, concurrence déloyale, concurrence déloyale,… les maux
Plusieurs magasins… à vendre, et pas d’acquéreur
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Sans vergogne, au nez et à la barbe d’autorités impavides, les marchands ambulants dressent leur barda sur la place publique, à l’entrée de Bab Boujloud qui vient d’être restauré... Aucun état d’âme non plus lorsque leur attirail masque des pans de l’histoire à l’intérieur des ruelles de la médina, où ils s’installent ostentatoirement devant des magasins organisés. Le seul résultat possible, lorsque les autorités restent inertes, c’est de pousser à la prolifération de l’informel et achever les commerçants à petit feu... A l’intérieur de la médina, ils ont baissé les bras...et le rideau (Ph. YSA)

L’embellie économique promise par la restauration des monuments de la médina de Fès n’a pas encore pris forme. En effet, les commerçants de la cité Idrisside sont en crise. Et les raisons son multiples. «Les vendeurs ambulants ont complètement ruiné notre commerce.

Et tu ne peux même pas les chasser parce qu’ils risquent de t’agresser physiquement», se plaint un antiquaire du quartier Talâa. Sur cette allée principale du «circuit touristique», les côtés sont submergés par les marchands ambulants et les étalages des commerces. Les visiteurs se frayent difficilement un chemin au milieu des marchandises. «Ils achètent très peu ou rien», affirment les vendeurs.

A l’entrée de Bab Boujloud, seuls les «charrettes-restaurants» proposant des sandwichs à bas coût sont en activité. Pour le reste, on chôme la plupart du temps. «Les repas à 50 DH trouvent difficilement preneur. Nous sommes obligés de batailler pour intéresser des touristes», révèle un restaurateur.  Plus bas dans les allées Talâa, Zkak Lahjer, et Laâttarine, des commerçants jouent aux cartes. D’autres, aux visages tristes et anxieux, scrutent les passants en quête d’un acheteur potentiel.

Désormais, les visiteurs de la médina posent pour des photos souvenir. Rares sont ceux qui mettent la main à la poche», déplore un commerçant à Kissariat El Kifah. «Notre centre commercial s’est transformé en musée aux dalles marbrées, plafonds en bois massif, et orné de zellige bleu…mais ceci n’est pas suffisant pour revivifier le commerce», renchérit un autre.

Du coup, plusieurs magasins sont en vente et nombre de marchands ont fui la médina. Ils se sont installés au plus proche de leurs clients au centre-ville. Ceux qui restent pointent du doigt les problèmes de stationnement, l’absence de toilettes publiques, et le manque de moyens de transport. Pour ce dernier volet, l’interdiction du stationnement au quartier R’cif a été fatale pour l’économie du centre historique.

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Aujourd’hui, la majorité des commerçants n’arrive plus à couvrir leurs charges. Toutes les activités sont concernées (Bonneterie, parfumerie, artisanat, tissu d’ameublement, haute couture et autres). Les représentants des corps de métiers annoncent une importante baisse du chiffre d’affaires. «Malgré cette situation, plusieurs commerçants font l’objet d’un contrôle fiscal et sont menacés de prison», dénonce Mohamed Aarab, un militant associatif.

Selon lui, «les recettes des artisans ont connu une chute drastique et les vendeurs n’ont pas de quoi payer le loyer, l’eau, l’électricité et les impôts». Résultat: nombre d’entre eux ont mis la clé sous le paillasson. Pour renouer avec l’activité, «il faut commencer par déplacer les marchands ambulants, assurer la desserte de Bab Boujloud à partir de R’cif via les bus, sans oublier d’aménager des parkings», estime un commerçant.

«Devant les difficultés économiques, nous demandons la révision du système fiscal en médina. Il faut prévoir une imposition préférentielle qui encouragerait à habiter le musée vivant qu’est la médina aussi longtemps que possible», propose-t-il.

Par ailleurs, il faut encourager les Fassis à venir à la médina pour s’approvisionner comme ce fut le cas auparavant. En outre, déloger les marchands ambulants de la place R’cif, principal accès de la médina, reste une priorité. Idem pour les transporteurs («Honda», «Suzuki» et triporteurs) qui font la queue et interpellent les passants pour les faire remonter clandestinement vers le centre-ville au vu et au su des autorités.

Un nouveau programme en cours

Les marchands ambulants se disent confortés par la loi sur la retraite votée lundi dernier à l’Hémicycle. Ces derniers sont de plus en plus nombreux et vendent presque les mêmes produits que les magasins. «Il n’est pas trop tard pour sauver la situation», note un propriétaire de magasin. Il faut commencer par déplacer les marchands ambulants, renforcer la sécurité, sans oublier d’aménager des parkings, dit-il. A ce propos, un nouveau projet de réhabilitation de la médina de Fès est en cours de lancement. D’un investissement de l’ordre de 400 millions de DH, le «programme d’aménagement des parkings (près de 4.000 places), de réhabilitation des espaces publics et d’installation d’un dispositif d’information» sera financé par les Domaines de l’Etat ainsi que les Ministères des Finances et de l’Intérieur. Son planning général s’étalera jusqu’en 2022.

Valorisation des Foundouks

En médina, la plupart des monuments fraîchement restaurés sont toujours fermés. Pour les professionnels du tourisme, leur ouverture sera d’un grand apport. Surtout que certains sites sont qualifiés de merveilles architecturales. En ce sens, l’Agence pour le Développement et la Réhabilitation de la ville de Fès (Ader), en partenariat avec la Direction régionale de l’Artisanat, et en coordination avec la wilaya et la commune, met en location des cafés et restaurants équipés ainsi qu’une banque, situés aux Foundouks Chemaïne, Sbitriyine et Staouniyine.
Labélisés «Fanadik Fès», les trois monuments sont destinés à accueillir des activités de l’artisanat de haute qualité et des animations culturelles, artistiques et touristiques. «Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la valorisation de ces Foundouks réhabilités grâce au programme «Artisanat Fès Médina», financé en partenariat avec le MCA.

De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

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