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Tunisie: De meilleures perspectives et des fragilités

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5148 Le 15/11/2017 | Partager
La prévision de croissance revue à 2,3% en 2017
Reprise de la production agricole, du tourisme et de l’industrie
Les tensions sociales font baisser la production du phosphate
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La croissance et le solde courant semblent mieux se porter. Le pays est cependant plus endetté (la dette brute monte à 67% du PIB, et la dette externe à 74,5% du PIB)

Les anticipations s’améliorent pour la Tunisie qui va probablement enregistrer un taux de croissance dans les environs de 2,3% en 2017(1). Le pays avait affiché une hausse de 1% de son PIB lors de l’année dernière. Ce rebond serait dû, selon les analystes d’Arabia Monitor, à la «reprise partielle de l’agriculture et du tourisme».

La production agricole s’accroîtrait de 3,8% cette année contre un décrochage de 8,2% en 2016. Le tourisme retrouve de la vigueur après des années difficiles post-révolution. «De janvier à août 2017, 4,58 millions de touristes étrangers ont visité la Tunisie», indique Arabia Monitor. Les visiteurs algériens ont été à 60% plus nombreux, le volume des touristes venant d’Europe a lui augmenté de 16%. Autre indicateur de la reprise sectorielle: les recettes en devises sont en hausse de 19% par rapport à la même période de 2016, à 613 millions de dollars.

La Tunisie a dévalué sa monnaie, ce qui a eu pour effet d’améliorer les exportations. Par conséquent, le déficit du compte courant devrait reculer de 9% du PIB en 2016 à 8,6% en 2017. Les exportations industrielles ont augmenté de 14,1%.
L’industrie tunisienne est portée par la production des composants automobiles et aéronautiques, les investissements dans ce secteur proviennent éventuellement de l’étranger. La Tunisie est le second fabricant d’automobiles le plus important en Afrique, après le Maroc. PSA compte d’ailleurs y ouvrir une unité d’assemblage en 2018, le constructeur d’autobus chinois King Long veut investir également dans une unité d’assemblage.

«L’incertitude entourant la production du phosphate pourrait toutefois atténuer cette perspective», précisent les analystes. La production en phosphate a en effet diminué de 18,5% à 3,1 millions de tonnes pour les neuf premiers mois de 2017. Des jeunes sans emploi ont bloqué des voies de transport ferroviaire près des mines dans Gafsa, principale région minière du pays. La hausse de l’indice des prix à la consommation est un autre bémol (4,5% contre 4,1% en 2016).

La Banque centrale de Tunisie a essayé de maîtriser les pressions inflationnistes, augmentant son taux directeur pour la seconde fois au deuxième trimestre (de 4,75% à 5%). La progression des salaires et la dépréciation du dinar tunisien alimentent l’inflation.

L’amélioration des perspectives économiques est appuyée par la mise en œuvre d’une panoplie de mesures proposées par le FMI. Les dépenses qui entrent dans le cadre d’un accord quadriennal au titre du Mécanisme élargi de crédit approuvé en mai 2016 se chiffrent à 628 millions de dollars, soit 22% du total.
La Tunisie compte aussi ramener les IDE sur son territoire.  Environ 50 milliards de dollars de projets devraient être signés lors d’une conférence internationale sur l’investissement en novembre.

La manifestation devrait accueillir la participation de 70 pays dont les investissements concerneront notamment les secteurs de l’énergie, l’agriculture et le tourisme. Les IDE ont progressé de 1,8% en glissement annuel au premier semestre 2017 pour atteindre les 396 millions de dollars.

Un jeune sur trois sans emploi

Le taux de chômage des jeunes diplômés s’élève à 31%. Cela entraîne plusieurs troubles sociaux qui affectent directement la production nationale (notamment de phosphate).
Le marché tunisien de l’emploi souffre d’une inadéquation structurelle entre l’offre et la demande. L’Etat répond à ce problème en augmentant ses recrutements. Résultat: la masse salariale du secteur public est proportionnellement la plus élevée au monde, à 14,1% du PIB.
L’alternative de l’entreprise privée n’y est également pas très attractive: lourde fiscalité et réglementation ainsi qu’une lenteur bureaucratique.

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(1) L’étude est publiée par Arabia Monitor, une firme indépendante de recherche basée à Londres, spécialisée dans les études économiques et de marché sur la région MENA.

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