Competences & rh

MBA: Que pèse-t-il vraiment?

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5147 Le 14/11/2017 | Partager
Apprécié par les employeurs, mais pas décisif dans un recrutement
Expérience, capacité d’innovation, engagement… Les qualités recherchées
Attention aux faux MBA!
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Contrairement à l’international où les MBA sont très valorisés, notamment par les multinationales qui parfois en font une condition de recrutement, au Maroc ils ne suffisent pas. Mais pour les cadres en poste, suivre ce cursus peut leur permettre de grimper rapidement les échelons

Les  Marocains sont friands de diplômes. «C’est une tendance nationale. Beaucoup y voient la possibilité d’un développement de carrière», confirme Hassan Sayarh, DG de HEM Business School. Sauf que les employeurs n’y accordent pas la même importance. «La question à se poser est de savoir si les personnes qui suivent ces formations le font afin d’embellir leur CV, ou pour réellement gagner en compétence», relève Karim Bernoussi, PDG du groupe Intelcia.

Le MBA, lui, n’est pas un diplôme comme les autres. Il offre une valeur ajoutée certaine dans un CV. Cela dit, tout dépend de sa qualité. «S’il s’agit d’un MBA de classe internationale, reconnu, il peut effectivement booster une carrière», estime le fondateur du cabinet Diorh, Essaïd Bellal. Le choix de cette formation est donc capital. Autrement, il vous sera difficile d’impressionner votre employeur marocain.

Le problème, c’est que des faux MBA, il y en a plein sur le marché, y compris à l’international. Cette dénomination n’étant pas réglementée, comme c’est le cas pour le titre master, n’importe quelle école peut l’emprunter, sans que les conditions de qualité ne soient réunies.

Si aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, le MBA est un gage de qualité du profil, chez nous, il en faut bien plus pour convaincre. «Certaines entreprises américaines ne recrutent que des profils avec des MBA pour certains postes, car elles sont convaincues de l’apport de cette formation», fait remarquer Amine Sebti, président de la startup Santé V, lui-même titulaire du prestigieux MBA de Kellogg School of Management. «Il s’agit d’un concept anglo-saxon qui n’est pas encore très ancré dans les sociétés marocaines. Toutefois, nous avons de plus en plus de grands managers qui ont suivi ce cursus», poursuit-il.

Au Maroc, les entreprises sont d’abord à la recherche de qualités humaines et managériales. «L’expérience est la qualité la plus recherchée. Le MBA est un plus, mais il n’est pas décisif dans le choix d’un profil. Il pourrait l’être pour certaines grandes structures confrontées à des environnements complexes», pense pour sa part Khadija Boughaba, DG du cabinet Invest RH.

Le MBA n’est peut-être pas déterminant dans un recrutement, mais il permet aux candidats d’acquérir les compétences et les qualités à même de les aider à booster leur carrière.
«Il est aussi bénéfique pour le développement personnel des candidats, qui cultivent leur confiance en eux-mêmes et s’inscrivent dans une logique permanente d’apprentissage», précise Boughaba. Beaucoup d’écoles insistent d’ailleurs sur cet aspect, en offrant des coachings personnalisés à leurs étudiants.

                                                              

■ Le diplôme ne suffit pas…

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Hakim Marrakchi, PDG de Maghreb Industries (Ph. L’Economiste)

«Le MBA est mieux valorisé, car il repose sur une expérience antérieure, même si d’autres diplômes de grandes écoles garantissent une expérience terrain d’au moins un an… Il permet de donner une idée sur le profil de son titulaire. Il renseigne, par exemple, sur sa capacité à s’arrêter pour changer de carrière, prendre un nouveau virage, faire face à de nouvelles situations. S’il s’agit d’un MBA de Harvard ou de Columbia, c’est clair que son titulaire a un très fort potentiel. Cela dit, le MBA n’est pas vraiment décisif. La personnalité et l’expérience sont des éléments tout aussi importants.
Nous accordons trop d’importance aux études et aux diplômes au Maroc, mais ce n’est pas uniquement à travers cela que vous pouvez vous accomplir. Il est peut-être plus important de développer certaines aptitudes, comme la capacité à innover, le savoir-être… il ne suffit pas de se cacher derrière un diplôme».

                                                              

■ D’abord des profils qui adhèrent à nos ambitions

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Karim Bernoussi, président du groupe Intelcia (Ph. Intelcia)

«Le critère de la formation est évidemment important. Cependant, la sélection de nos futurs collaborateurs n’est pas focalisée sur le diplôme. Nous recherchons d’abord des cadres à fort potentiel, qui adhèrent à notre projet et qui sont à même de porter ses valeurs.
Le groupe est engagé, depuis quelques années déjà, dans une importante dynamique de croissance. Nous sommes passés de 3.600 collaborateurs en 2016 à 7.000, et nous prévoyons de clôturer 2017 avec plus de 11.000 dans 7 pays. Notre ambition est de devenir un acteur global à l’international. Nous recherchons donc des managers agiles, ayant l’envie d’accompagner cette ambition. Chaque année, nous finançons 5 à 6 formations diplomantes (masters et MBA) à hauteur de 50 à 60%. Nous les réservons aux cadres à fort potentiel, particulièrement engagés vis-à-vis d’Intelcia. Nous nous assurons également que la formation est cohérente avec leur parcours et leurs aspirations.
L’entreprise se doit d’identifier les collaborateurs qui ont un potentiel réel et de les accompagner à le réaliser. Cet engagement bénéficie aussi à l’entreprise, le retour sur investissement est évident».

                                                              

■ Utile pour les cadres à fort potentiel

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Aziz Daddane, président du directoire de S2M (Ph. SM)

«Au  recrutement, le MBA est un plus, mais il n’est pas déterminant. En général, le diplôme ne fait pas le cadre. Toutefois pour ceux témoignant d’un certain potentiel en management, cette formation peut permettre de marquer la différence.
Dans notre plan annuel de formation, nous finançons depuis près de 10 ans un MBA par an pour nos cadres. Nous les poussons à s’ouvrir à l’apprentissage de manière générale. Malheureusement, nous souffrons de l’absence d’incitations. Même le processus de remboursement des formations courtes par l’Ofppt est aujourd’hui complètement en panne. Nous avons remarqué que les managers justifiant d’un bon potentiel au départ ont pu opérer un saut qualitatif important sur le plan managérial. Le fait de couvrir plusieurs disciplines apporte un bon complément pour les profils spécialisés, comme les ingénieurs par exemple, et d’ouvrir leur esprit sur divers horizons.
En revanche, ce cursus n’a pas eu de réel impact pour d’autres qui, à la base, ne présentaient pas beaucoup d’aptitudes. J’encourage donc les cadres à s’inscrire dans des MBA. Cependant, seul, il ne suffit pas».

 

 

 

 

 

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