International

Crise du Golfe: Les tentatives de médiation se poursuivent

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5147 Le 14/11/2017 | Partager
Réunion des chefs de la diplomatie des pays arabes
La sécurité de la région est «une ligne rouge»
La crise entre le Qatar et ses voisins s’éternise

A la demande de Riyad, les chefs de la diplomatie des pays arabes se réuniront dimanche prochain au siège de la Ligue arabe. Cette réunion intervient sur fond de guerre de mots entre les deux grands rivaux au Moyen-Orient, l’Arabie saoudite et l’Iran et alors que l’incertitude plane au Liban après la démission surprise du Premier ministre Saad Hariri.

Ce dernier a annoncé qu’il allait très bientôt rentrer dans son pays, assurant être libre en Arabie saoudite. Le président libanais Michel Aoun n’a toujours pas accepté sa démission. Les deux poids lourds du Moyen-Orient s’affrontent déjà sur plusieurs dossiers régionaux, notamment les guerres au Yémen et en Syrie. Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson avait déjà mis en garde contre toute utilisation du Liban «comme théâtre de conflits par procuration».

Tout en désignant Hariri comme un «partenaire solide des Etats-Unis». En arrivant à une réunion avec ses homologues de l’Union européenne à Bruxelles, le Ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a appelé à la «non-ingérence» au Liban, sans toutefois nommer l’Iran ou l’Arabie saoudite.

Le président français Emmanuel Macron a effectué, la semaine dernière, une visite à Riyad où il s’est entretenu avec le jeune prince héritier Mohammed ben Salmane, sur fond de tension dans le Moyen-Orient. Pour convoquer la réunion extraordinaire au Caire, Riyad a également mentionné l’incendie d’un pipeline qui a interrompu momentanément samedi dernier l’approvisionnement de Bahreïn en pétrole saoudien. Manama, allié de l’Arabie saoudite, a dénoncé un «acte de sabotage (...) et de terrorisme» de la part de l’Iran, qui a tout démenti.

Dans le Golfe, la crise entre le Qatar et ses voisins s’éternise. Depuis le 5 juin, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte ont coupé toutes leurs relations diplomatiques avec le Qatar, l’accusant de «soutenir le terrorisme et de se rapprocher de l’Iran».

Le Ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukry effectuera une tournée dans le Golfe et plaidera pour des solutions politiques au moment où les tensions montent dans la région. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a indiqué récemment que la sécurité des pays du Golfe est «une ligne rouge». Tout en appelant à la prudence: «Je ne suis pas pour la guerre. (...) La région fait déjà face à suffisamment de troubles».

                                                              

Embargo sur le Qatar: Gérable… mais pas éternellement

Malgré la crise provoquée par les mesures d’embargo jusqu’à présent, le Qatar (le plus grand exportateur mondial de gaz naturel liquéfié) a su réduire les effets de la crise, principalement grâce à ses réserves de devise et d’or, indique Coface. Le gouvernement a pris diverses mesures, qui, parallèlement à la hausse des exportations d’énergie, ont atténué les problèmes découlant de la crise. Le spécialiste de l’assurance-crédit prévoit une croissance de 3,4% en 2017 et 3% en 2018 au Qatar.

Mais, si les parties mettent plus que quelques mois à trouver un accord, le coût des importations du pays augmentera encore. Cela empêcherait la croissance de plusieurs secteurs clés, comme la construction qui subirait une escalade des prix à cause du renchérissement des matériaux. La croissance du pays en serait freinée, malgré les interventions du gouvernement pour réduire les risques financiers et fiscaux.

De plus, l’incertitude politique continue entraînerait une baisse des investissements, en particulier hors du secteur des hydrocarbures. Dans cette situation, un resserrement de la politique monétaire (en raison de l’indexation de la devise sur le dollar US) et une diminution du soutien public modéreraient la croissance économique hors hydrocarbures.

Le système bancaire souffrirait également d’un environnement économique moins favorable et d’une moins grande confiance des investisseurs et d’un retrait des dépôts. Par conséquent, la liquidité du système bancaire qatari ferait l’objet d’une surveillance continue. En résumé, toute détérioration de la situation actuelle entraînerait des coûts supplémentaires pour l’économie du Qatar. Ces effets négatifs pourraient être atténués si les cours de l’énergie continuaient leur reprise.

La position du Maroc

Le Roi Mohammed VI effectue un déplacement dans le Golfe qui l’a conduit aux Emirats arabes unis avant un déplacement officiel dimanche au Qatar. Cette visite intervient sur fond de crise régionale, après la rupture en juin par l’Arabie saoudite et ses alliés des relations diplomatiques avec Doha. Dans ce contexte, le Maroc a adopté une position de prudente neutralité, en proposant de jouer un rôle de médiation entre les parties. Rabat entretient des liens étroits et stratégiques avec les pays arabes du Golfe, et avait même un temps été invité en 2011 à rejoindre le Conseil de Coopération (CCG). A défaut d’adhésion, le Maroc avait signé en 2011 un partenariat stratégique avec le CCG (Arabie, Bahreïn, Emirats, Koweït, Oman et Qatar) prévoyant le financement de projets de développement à hauteur de cinq milliards de dollars. A noter que les pays du Golfe sont par ailleurs des soutiens inconditionnels de Rabat dans le dossier du Sahara.

 

 

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