Analyse

Kamel Djoudi: «Le business doit rester en dehors des palpitations politiques»

Par Nadia DREF | Edition N°:5147 Le 14/11/2017 | Partager
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Kamel Djoudi, SG de l’Union arabe de l’Acier. Ce spécialiste algérien, qui vient d’être nommé à ce poste, compte booster les investissements arabes/arabes (Ph. KD)

Pour le SG de l'Union arabe des Aciéristes, l'essor de l'industrie dans le monde arabe dépend de la capacité des Etats/marchés à transcender les tensions et les calculs politiques. Décryptage

- L’Economiste: Quelle est la feuille de route de l’Union arabe du Fer et de l’Acier à l’horizon 2020?
- Kamel Djoudi:
Pour les sidérurgistes arabes, 2020 s’annonce pleine de défis. Le grand enjeu est de continuer à assurer les investissements enclenchés depuis 2012. L’autre challenge est de faire face à plusieurs crises économiques, politiques et aussi financières, surtout après l’effondrement des cours du pétrole. Ce qui influe directement sur les relations économiques.
Par ailleurs, nous sommes fiers en tant qu’organisation arabe d’avoir réussi le premier partenariat arabe/arabe entre le Qatar et l’Algérie avec la mise en place d’une usine de fabrication d’acier qui a déjà démarré. C’est un investissement avoisinant les 2 milliards de dollars. Il y a aussi le groupe égyptien El Ezz Steel dont la première usine de DRI (réduction directe du fer) d’une capacité de 2,5 millions de tonnes vient de voir le jour. Le grand défi est de pérenniser les investissements malgré la conjoncture actuelle.
- Est-ce qu’il y a d’autres partenariats arabes/arabes programmés?
- Nous sommes en train de travailler sur d’autres projets de rapprochement entre les producteurs de minerais. Actuellement, les minerais qui sont entre les mains de grands producteurs internationaux représentent entre 50 et 60% du coût de la production d’acier. Ce qui nous pénalise actuellement. Un partenariat commence à prendre forme entre un groupe mauritanien et un autre d’Algérie. S’y ajoute une coopération en cours de finalisation entre le Maroc et les Emirats Arabes Unis pour la construction d’une usine au Maroc. Autant de pistes qu’il faudrait porter à maturité sans pour autant subir l’influence des relations politiques. Le monde des affaires doit rester en dehors de toutes les palpitations politiques. Il faudrait qu’on prenne l’exemple sur les pays d’Europe et le continent américain. A mon avis, il faut faire un effort dans ce sens.

- Comment analysez-vous l’évolution du marché marocain de l’acier?
- L’industrie marocaine de l’acier est naissante par rapport à d’autres industries, mais elle se porte bien en termes de compétitivité et d’attractivité vu qu’elle a pu attirer des partenaires de qualité, tels les allemands SMS. La demande est là. Il y a aussi cette volonté du Royaume à vouloir protéger la production nationale, ce qui est très important. D’ailleurs, il y a eu plusieurs actions qui ont été défendues  par le Maroc. Ce qui est tout à fait à son honneur. Cette prise de conscience a été calquée sur d’autres pays. Au même titre, l’Egypte a commencé à imposer des tarifs douaniers sur les importations chinoises pour éviter que les industries naissantes ne sombrent avec l’arrivée des produits indiens et ukrainiens.

- Quelles sont vos prévisions pour les années à venir?
- Nous tablons sur près de 50 millions de tonnes en 2020. Notre objectif aussi est de faire adhérer à l’Union arabe le maximum de producteurs d’acier et de sensibiliser les gouvernements pour les pousser à agir, à l’instar de ce qui se passe au niveau de la Commission européenne. L’objectif est de créer des groupements pour mieux se défendre de manière collective. o
Propos recueillis par Nadia DREF

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