Analyse

Les sidérurgistes arabes déclarent la guerre au dumping

Par Nadia DREF | Edition N°:5147 Le 14/11/2017 | Partager
Les opérateurs se disent désarmés face aux nouvelles capacités
Ils lancent un appel à leurs pays respectifs
Le faible investissement en R&D complique la compétitivité
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La demande en Afrique du Nord devrait se situer autour de 24,2 millions de tonnes en 2017. Selon l’Union arabe du Fer et de l’Acier, elle devrait grimper à 27,5 millions de tonnes dès 2020. L’Egypte, l’Algérie et le Maroc concentrent 80% de la consommation de la région

En dépit des efforts consentis, le monde arabe n’arrive pas à se faire une place de choix sur l’échiquier mondial de la sidérurgie. Malgré l’émergence de mastodontes en Arabie Saoudite, l’Egypte, le Qatar, qui ont pu réaliser des usines intégrées utilisant des technologies récentes, cette zone reste la moins lotie pour ce qui est du développement de l’industrie du fer et de l’acier.

Un constat qui a été soulevé, d’ailleurs, lors du Sommet organisé par l’Union arabe du Fer et de l’Acier (UAFA) tenu en octobre à Casablanca. «Aujourd’hui, les chocs pétroliers, l’instabilité politique qu’a connue la région et les conséquences qui en découlent ont eu des répercussions sur les investissements et la demande d’acier», souligne l’UAFA.

Entre 1980 et 2016, la production sidérurgique arabe a été multipliée par 10, passant de 2,6 millions de tonnes à 28 millions de tonnes. Selon les prévisions de l’Union arabe, la production s’établirait à 30 millions de tonnes par an de produits sidérurgiques à fin 2017, soit 2% de la production mondiale. Ce volume est appelé à évoluer en raison du développement de nouvelles capacités de production, notamment en Algérie et en Egypte. Les sidérurgistes tablent sur 40 millions de tonnes à l’horizon 2020.

Pour ce qui est de la consommation dans le monde arabe (pays du Golfe et Afrique du Nord), elle s’élève à 210 kg/habitant contre 350 kg en Europe et 10 kg en Afrique. Pour 2017, elle devrait s’établir à 52 millions de tonnes dont 12% absorbés par le Maroc. C’est dire que 22 millions de tonnes sont importées cette année. Les principaux pays exportateurs sont la Turquie, la Chine, la Corée du Sud…

Ce regain de la demande s’explique par la hausse de l’activité des secteurs utilisateurs d’acier, principalement dans les pays du Golfe. Aux Emirats Arabes Unis, des projets d’infrastructures en relation avec l’évènement Expo 2020 sont lancés. Au Qatar, l’organisation de la Coupe du monde de Football en 2022 génère du business. L’Arabie Saoudite n’est pas en reste. De grands projets de construction et de modernisation des infrastructures sont en cours.

Contraintes

L’industrie a profité de grands investissements lancés au cours de ces dernières années dans la modernisation des technologies utilisées et d’une disponibilité des ressources en gaz naturel. Ce qui a permis de baisser sensiblement les coûts des intrants. Toutefois, la conjoncture régionale et mondiale ont ralenti sa croissance.

Au niveau régional, plusieurs facteurs ont impacté négativement ce secteur d’activité. La dévaluation de certaines monnaies locales (Egypte) a induit une hausse des coûts de production et un manque de compétitivité. Dans le même sillage, la surévaluation des monnaies est préjudiciable aux industries et plus particulièrement dans les opérations d’importation. Aussi, l’apport de la recherche et développement dans les industries sidérurgiques arabes reste marginale. «Son essor permettra le passage vers des produits innovants de qualité à forte valeur ajoutée», précisent les spécialistes.

Autres facteurs aggravants: les capacités excédentaires de production mondiales, les augmentations des coûts des intrants (70% provenant des importations) ainsi que les pratiques de dumping par certains pays, notamment la Chine. D’ailleurs, la Commission européenne a mis en place des mesures antidumping et anti-aides d’Etat, dont une bonne partie concerne la Chine. Les Etats-Unis ont adopté fin octobre des mesures antidumping préliminaires visant le fil d’acier. Sont visés les producteurs d’Italie, de Corée du Sud, d’Afrique du Sud, d’Espagne, de Turquie, d’Ukraine et du Royaume-Uni. Une mesure prise par l’Administration Trump qui a, d’ailleurs, déstabilisé l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

Pour remonter la pente, les sidérurgistes du monde arabe misent sur deux éléments: la R&D et les mesures anti-dumping. Réunis à Casablanca, ils ont lancé un appel à leurs pays respectifs pour prendre plusieurs mesures protectionnistes visant notamment les importations de produits sidérurgiques.

A titre d’exemple, des pays comme le Maroc ont déjà adopté des mesures anti-dumping sur les importations de tôles d’acier laminées à froid jusqu’en 2018. Par ailleurs, le Conseil de Coopération des pays du Golfe (CCG) a adopté une position commerciale commune vis-à-vis du dumping et ce, suite à une plainte émise par un groupe sidérurgique saoudien qui souffrait des exportations de bobines chinoises.

Les professionnels insistent également sur l’instauration de la «préférence nationale» contraignant les grands donneurs d’ordre à solliciter d’abord le marché interne avant le recours à l’importation. Surtout pour les grands projets qui recourent à des fonds publics. 

«Tant que l’écart entre la production et la demande en produits sidérurgiques demeure à la faveur de la consommation, l’importation est nécessaire, mais celle-ci ne doit pas se faire de manière anarchique et au péril de la filière», relève l’Union. A noter que les surcapacités mondiales ont poussé quelques pays producteurs à adopter des stratégies de dumping, inondant, ainsi, les marchés par des produits à des prix bas et souvent de moindre qualité. Ce qui a eu un effet direct sur la part des sociétés sidérurgiques arabes dans leurs marchés respectifs.

Booster l’investissement interarabe

L’Union arabe du Fer et de l’Acier compte changer la donne et mieux défendre les intérêts des sociétés sidérurgiques arabes. Depuis sa création, elle place les synergies interarabes au centre de ses préoccupations.
Plusieurs actions ont été menées ciblant la recherche et développement ainsi que la proposition d’améliorer le système réglementaire lié à l’investissement arabe/arabe et/ou arabe/étranger. L’UAFA a soumis également aux gouvernements arabes des propositions visant à élargir l’application des accords de libre-échange à l’ensemble des pays arabes. Objectif: booster le volume d’affaires entre les pays. L’Union vise également à orienter et soutenir les investissements interarabes dans le domaine du minerai de fer et particulièrement en Afrique du Nord et en Mauritanie. Un des exemples de partenariats réussis dans le secteur est la réalisation d’un complexe sidérurgique en Algérie, fruit d’un partenariat entre le Qatar et l’Algérie, qui est fin prêt. L’usine entrera en production dès ce mois de novembre, pour une capacité de 1,5 million de tonnes.
Pour faciliter les échanges, l’Union met également à la disposition des investisseurs de la zone une base de données leur permettant de pénétrer d’autres marchés arabes captifs en leur fournissant l’arsenal juridique et réglementaire.
L’UAFA compte près de 100 membres issus des pays du Golfe et de l’Afrique du Nord, dont le Maroc.

 

 

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