Culture

Exposition: Omar Bouragba, le géographe de l’âme

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5146 Le 13/11/2017 | Partager
Un hommage à la carrière de l’artiste par la Fondation CDG
6 décennies de création
Un parcours jalonné de rencontres décisives
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Il y a du Gauguin, du Matisse, du Derain durant les premières années de l’artiste. On retrouve des paysages où l’artiste accommode la nature à sa guise dans une explosion de couleurs, audacieuse et fulgurante (Ph. FCDG)

1960/2016. Plus d’un demi-siècle, une carrière foisonnante et un parcours exceptionnel, dans la lignée de ces grands artistes marocains qui ont fait de la peinture leur champ d’exploration. C’est tout cela à la fois que nous donne à voir l’exposition-hommage rendu par la fondation CDG à l’artiste Omar Bouragba.

«La mémoire du corps ou la géographie de l’âme», à la galerie Expression CDG à Rabat jusqu’au 12 janvier, retrace pratiquement 6 décennies de création passionnée, qui ont fait de l’artiste l’une des figures historiques du paysage pictural national. A travers une scénographie chronologique, le regard du visiteur traverse les différentes mutations, note quelques allers-retours, observe les périodes de tourments qui ont jalonné la vie de l’artiste, le drame qu’il a vécu enfant (l’assassinat de son père en 1956) tout autant que des périodes plus heureuses...

Entre les premières œuvres marquées par une figuration qui se cherche, quelques échappées post-impressionnistes et autre incursion dans le fauvisme… Il y a du Gauguin, du Matisse, du Derain dans ces premières années où on retrouve des paysages («Le berger» 1960, «Les corbeaux» 1962, «L’étang» 1963…), d’une densité chromatique presque paroxystique. L’artiste accommode la nature à sa guise dans une explosion de couleurs, audacieuse et fulgurante, qui va laisser progressivement place à une abstraction toujours fiévreuse («Nauffrage» 1965, «Hommage au poète El Bayati» 1967) avant que celle-ci ne s’installe dans une forme plus mesurée, plus sobre, presque ascétique.

Omar Bouragba adoptera, à partir des années 80, une peinture plus symbolique, ésotérique, dévouée à la complexité de la vie intérieure qu’il cherche à coucher sur toile, profondément attachée à la pensée d’Ibn Arabi, qu’il «rencontre» en 1971 à Marrakech.

L’écrivaine Christiane Valette décrit parfaitement le rapport de Omar Bouragba à la pensée du maître du soufisme du XIIe siècle, dans son décryptage d’une toile intitulée la colombe, réalisée en 1981 et faisant référence à l’injonction divine Koun (Soit!): «Partant de la graphie des lettres le Kef et le Noun et de leurs formes arrondies revisitées par le plasticien, elles se métamorphosent en figure du désir. Le Kef devenu colombe gonflée et jaune tend sa crête vers un Noun lointain et bleu devenu croissant de lune, sa face concave prête à accueillir l’oiseau gonflé de lumière. Entre l’astre de la nuit et l’oiseau de lumière, l’attraction, le désir, cette énergie vitale source de nos passions», peut-on lire dans un texte de l’auteure, issu du catalogue de la Galerie nationale Bab Rouah en 2006.

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Acrylique sur papier d’Arches, 57x56 cm 2009. L’explosion des couleurs va laisser progressivement place à une abstraction toujours fiévreuse  avant que celle-ci ne s’installe dans une forme plus mesurée, plus sobre, presque ascétique
(Ph. FCDG)

Le parcours de l’artiste sera d’ailleurs ponctué par ses rencontres spirituelles ou physiques, qui façonneront son regard et influenceront son travail. D’abord le peintre Mekki Murcia, qui lui organisera sa première exposition en 1965, à la Mamounia à Rabat, puis, la même année, Jilali Gharbaoui, qui sera sans doute à l’origine du passage de l’artiste vers l’abstraction. «J’ai été très impressionné par la gestuelle et la nervosité de Gharbaoui. J’ai connu son œuvre en 1959, lors d’une exposition au Centre culturel français à Marrakech, bien avant que je ne le rencontre», précise l’artiste.

La rencontre avec Ahmed  Yacoubi, en 1968, de chez qui Bouragba empruntera la technique du grattage,  sera également déterminante dans ses orientations de peintre. Une autre rencontre décisive sera celle du collectionneur et mécène Abderrahmane Serghini, qui lui achète deux peintures et qui lui proposera un atelier avec tout le confort nécessaire pour peindre. Peintre autodidacte, poète, né en 1945, Omar Bouragba est issu d’une famille marrakechie aux goûts éclectiques. Entre un père érudit, enseignant, un oncle tisseur et musicien et un frère peintre et juriste, le jeune Omar trouvera sa voie à travers son indépendance.

Il quitte la médina de Marrakech pour la ville de Rabat en 1961, il est à l’écoute de l’effervescence culturelle de la capitale, fréquente les ciné-clubs, s’essaie au théâtre puis  à la peinture, dont il fera définitivement son art et sera à l’origine d’un acte majeur pour l’histoire de l’art au Maroc. Ces deux tableaux (vendus 1.500 et 2.000 DH) seront les premières acquisitions de la plus prestigieuse collection au Maroc, celle de feu Abderrahmane Serghini.

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