Culture

Le déterminisme social dans l’objectif de M’hammed Kilito

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5146 Le 13/11/2017 | Partager
La série photo «Destinées» est exposée à l’Institut français de Rabat
Une analyse sociétale à découvrir jusqu’au 25 novembre
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Youssef est agriculteur et aspire à devenir pêcheur car suite à une maladie mentale qui lui a fait perdre la mémoire, la mer est le seul lieu qui l’apaise (Ph. M’hammed Kilito)

«Avons-nous le libre-arbitre de choisir ce que nous voulons faire plus tard? Ou malheureusement, sommes-nous soumis à une pression sociale et économique qui nous mène à exercer des métiers qui ne nous intéressent pas nécessairement? », tels sont les interrogations du photographe M’hammed Kilito dans le cadre de sa dernière exposition.

Présenté à l’Institut français de Rabat jusqu’au 25 novembre, «Destinées» est un projet à travers lequel l’artiste s’est intéressé au déterminisme social ainsi qu’à la dynamique «agent-structure». «L’agent étant l’individu, et la structure la société», précise-t-il.

L’idée de réaliser ce projet remonte à l’adolescence, suite à une expérience qui a marqué l’artiste. Alors qu’il était encore au collège, l’un de ses camarades de football, fils du concierge de l’immeuble voisin, se retrouve face à un choix de carrière imposé, dû à la situation financière de son père ne pouvant plus subvenir aux besoins de sa famille. Le jeune garçon qui n’avait que 14 ans se retrouve malgré lui apprenti boucher.

Quelques années plus tard, le photographe entame une recherche autour des travaux de  sociologues qui se sont intéressés à la notion de socialisation, et notamment au concept de déterminisme social, à l’instar d'Emile Durkheim, Max Weber ou encore Pierre Bourdieu. «A travers ce projet, j’ai voulu vérifier le concept de déterminisme social au Maroc», note M’hammed Kilito.

Pour ce faire, le photographe a développé un protocole qui consiste à photographier des sujets au sein de leur environnement professionnel avant de faire une mise en scène de l’emploi qu’ils auraient aimé exercer. Pour réaliser cette série photographique, l’artiste a choisi un échantillon assez varié, tant au niveau des profils que des strates sociales.

«Destinées» est à découvrir en deux temps. Le visiteur est d’abord accueilli par un texte mural qui présente l’exposition dont les photographies qui habillent les cimaises racontent d’elles-mêmes les histoires et les rêves déchus, ou pas… de ces personnes. Deux simples photographies côte à côte résument en un coup d’œil les réalités et les aspirations de ces différents profils qui réservent parfois de belles surprises.

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Cette comédienne était destinée à se trouver de l’autre côté de la scène étant attirée par la scénographie. Le hasard a voulu qu’elle foule les planches, un espace qui lui a fait surmonter son problème de bégaiement (Ph. M’hammed Kilito)

C’est notamment le cas de Fatima Zohra Lahouitar qui, attirée par la scénographie, s’est retrouvée sous les feux des projecteurs. Et c’est en foulant les planches que la comédienne qui souffrait de bégaiement découvre que lorsqu’elle raconte l’histoire de quelqu’un d’autre, son handicap disparaissait totalement. De son côté, le portrait de Fatima Zohra Fennane, est aussi étonnant.

En effet, lorsque le visiteur observe son portrait, il semble qu’elle exerce le métier de chirurgien. Alors qu’en fait, le rêve de petite fille de cette première femme Marocaine à avoir un diplôme de cirque, était d’être médecin car elle aurait voulu sauver sa mère atteinte d’une maladie grave.

Après avoir sollicité la vue du visiteur, M’hammed Kilito invite celui-ci à découvrir une deuxième salle. Cette fois-ci il plonge au cœur d’une installation sonore dans une cacophonie voulue par l’artiste. «Pour ce projet, j’ai pensé à une dynamique de salle. Le visiteur fait une première lecture dans la première pièce avant d’entrer dans la seconde où je présente une installation sonore avec des enregistrements des mêmes sujets qui racontent leur histoire», explique le photographe.

«A travers ces histoires, je raconte aussi la mienne», confie M’hammed Kilito, ingénieur en logiciel qui n’a jamais travaillé dans le domaine. Après 12 ans d’études et des spécialisations diverses au Canada, en 2015 il décide de se consacrer à sa passion la photographie dont il a fait son métier...

 

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