Tribune

Pouvons-nous sauver les NEET?: Les pistes des programmes de formations qualifiantes

Par Mohamed LARBI EL HARRAS | Edition N°:5144 Le 09/11/2017 | Partager

Economiste consultant. Docteur d’Etat en sciences économiques. Mohamed Larbi El Harras a été cadre supérieur au Ministère du Commerce et de l’Industrie. Il a exercé, également, les fonctions de Directeur de la Fédération des CCIS du Maroc, de SG de la Chambre de Commerce Belgique, Luxembourg, Pays arabes à Bruxelles et d’enseignant universitaire. Son dernier ouvrage actuellement en librairie: «Maroc-Belgique: de l’avantage comparatif naturel à l’avantage compétitif», publié chez Nadacom.

Selonles données du Haut Commissariat au Plan (HCP), le taux d’emploi des jeunes au Maroc de 25 à 35 ans atteint 48% contre 65% en moyenne dans les pays émergents. Pour les femmes, ce taux est d’à peine 24,8% contre 45% dans les pays précités. Ces dernières années est apparu un nouveau concept, celui des NEET (not in education, employment or training/ni à l’école, ni en emploi, ni en formation)(1).

Toujours, d’après le HCP, ils sont 2,7 millions au Maroc (15 à 29 ans) et près de 1,7 million pour les 15 à 24 ans dont 1,3 million sont des femmes et 366.000 sont des hommes. Certes, ces chiffres sont plus prononcés dans d’autres pays en développement (Egypte: 53%, Tunisie: 30%) et beaucoup moins élevés dans les pays développés (13% en moyenne en Europe).

Malgré leur jeune âge, ces jeunes ont, généralement, une vision pessimiste de leur avenir et semblent être découragés à s’insérer ou à entreprendre une quelconque activité productive. Parallèlement à cet état des choses, il convient de rappeler que près de 300.000 actifs arrivent annuellement sur le marché du travail.

Face à cette situation, un certain nombre de pistes d’action sont prévues par le Gouvernement du Maroc dans le cadre d’un plan national de l’emploi: mise en adéquation du système d’éducation avec les besoins du marché du travail, renforcement de l’intermédiation, amélioration des conditions du travail, développement de l’auto-emploi ainsi que le renforcement de l’esprit entrepreneurial.

Ce plan fait, également, référence à l’axe «Formation qualifiante». A ce sujet, je souhaite parler, à titre d’exemple, d’une opération réalisée durant la période 2014-2017 dans la région de l’Oriental conformément à une convention cadre de partenariat entre le Projet «Jeunes au Travail» relevant du BIT(2) et la Direction régionale de l’Oriental (DRO) de l’OFPPT et portant sur un programme de formations qualifiantes au profit d’un contingent de 1.000 jeunes déscolarisés et généralement se trouvant dans des quartiers périphériques. Quels sont les enseignements et les lignes directrices qui ont servi pour la réalisation de cette action?

■ Enseignements à tirer et lignes directrices
- Mobilisation par la DRO/OFPPT de ses établissements de formation (particulièrement dans les zones défavorisées) et qui vont se charger de dispenser les formations prévues par la Convention en question;
- Sensibilisation des Associations locales de développement économique et social pour proposer des jeunes hommes et femmes déscolarisés et qui sont intéressés par les formations en question, en vue, soit de les aider à créer leurs propres activités génératrices de revenus, soit à améliorer leurs possibilités d’insertion sur le marché du travail;
- Organisation de formations qualifiantes dans des métiers qui sont, généralement, demandés par le marché de l’emploi au niveau de chaque région. Il s’agit, à titre d’exemple, des métiers liés aux secteurs du bâtiment – travaux publics (électricité, peinture, plâtrier, etc.); boulangerie-pâtisserie; informatique; coupe-couture… Il s’agit de formations qui peuvent être dispensées par les différents instituts de l’OFPPT et qui se trouvent dans les différentes provinces et préfectures du Maroc. Les établissements de formation relevant d’autres ministères peuvent également intervenir dans ce domaine: agriculture, artisanat, tourisme, entraide nationale, etc.;
- Prise en charge par un organisme national ou international des frais d’inscription et d’assurance et qui s’élèvent de 350 à 500 DH par bénéficiaire et ce, selon les domaines de la formation;
- Implication des complexes socio-éducatifs de l’INDH et de la «Fondation Mohammed V pour la Solidarité» dans l’accueil des formations qualifiantes dans certains quartiers périphériques et ce, pour un besoin de proximité avec les bénéficiaires des formations en question;
- Enseignement de modules en matière d’entrepreneuriat en un langage simple et accessible, et qui sont de nature à développer chez les jeunes NEET un esprit d’entreprise.
■ Formations qualifiantes et employabilité
La plupart des études en matière d’emploi considèrent que les formations qualifiantes constituent un bon moyen d’augmentation du niveau de l’employabilité et ont un impact hautement positif aussi bien pour les jeunes scolarisés ou non scolarisés que pour les divers secteurs économiques productifs.
Aussi, ne peut-on pas penser à un programme volontariste de formations qualifiantes au profit des NEET de la part des pouvoirs publics et ce à l’instar de l’opération réalisée en 2016 au profit d’un contingent de diplômés universitaires chômeurs appelée opération de «Certificats de Compétences professionnelles».
Logiquement, les différents partenaires du Maroc en matière de coopération internationale pourraient être intéressés par la mise en oeuvre de ce programme vu son impact sur l’employabilité des jeunes et seraient intéressés d’apporter une contribution en la matière.
Certes, la réussite de ce type d’opération implique, nécessairement, une mobilisation des structures publiques, semi-publiques, privées et associatives et qui interviennent dans le domaine de l’emploi, chacun dans son domaine d’attribution: autorités locales, CRI, Anapec, ODCO, Fondations de microcrédit, Associations et Chambres professionnelles, Associations de la société civile opérant dans le domaine du développement économique et social…
■ Accompagnement en matière de création de TPE
Sachant que les jeunes, qui ont bénéficié d’une formation qualifiante dans un quelconque domaine, ont également suivi une formation sur l’entrepreneuriat, un certain nombre d’entre eux (10 à 15%) seraient certainement intéressés par la création d’une activité d’auto-emploi ou une TPE. D’ou la nécessité de les accompagner par l’organisation de sessions de formation dans les différents domaines de la gestion de petites structures, octroi de financements, recherche de partenaires, création de coopératives, etc.
En conclusion, s’il n’y a certainement pas de solution miracle à la grande problématique du chômage des NEET, néanmoins, une action ciblée à l’instar des formations qualifiantes peut contribuer, modestement, à l’amélioration de leur niveau d’employabilité.

Les jeunes en situation de handicap

La plupart des études en la matière montrent que ces personnes, malgré leurs handicaps psychiques, intellectuels et physiques, sont souvent portées sur les travaux répétitifs qui ne demandent pas un effort intellectuel et qui les confortent dans une routine. Ils montrent, souvent, une persévérance, une bonne volonté et un sérieux dans l’exécution des tâches qui leur sont confiées. Afin d’améliorer leur employabilité et insertion professionnelle, des formations qualifiantes portant sur des métiers que peuvent exercer ces jeunes (pâtisserie, employé d’étage dans les hôtels) peuvent être conçues. Sachant que l’intégration ou insertion des personnes en situation de handicap ne s’effectue pas facilement au sein des structures productives ou de services, un grand effort doit être déployé pour les aider à s’intégrer dans le monde productif. Il convient de rappeler qu’une disposition législative prévoit même de réserver un pourcentage minimum de handicapés dans les recrutements aussi bien par les entreprises privées que les organismes publics.

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(1) Un certain nombre d’articles ont été publiés à ce sujet dans le journal «L’Economiste» en 2016 et 2017.
(2) Le Projet «Jeunes au Travail» s’inscrit dans le cadre de la coopération entre le Maroc (Ministère de l’Emploi) et le BIT. Il est financé par le Ministère des Affaires mondiales du Canada.

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