Economie

Infrastructure: La bataille du continent africain

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5143 Le 08/11/2017 | Partager
93 milliards de dollars d’investissements par an pour combler le déficit
Accélérer les PPP pour une plus grande croissance
Le Maroc est parmi les plus dynamiques

Alors que l’on sait que le continent n’a plus droit à l’erreur, l’Afrique continue de faire face à un déficit d’infrastructure. Par manque de moyens pour lancer de nouvelles routes ou encore entretenir l’existant, le continent sacrifie sa croissance. Les participants à la 10 e édition du Forum africain des infrastructures (FAI) en sont convaincus.

Parmi eux, 5 Ministres africains du Transport et de l’Equipement, dont Abdelkader Amara, Mohamed Salah Arfaoui de Tunisie, Jean-Jacques Bouya du Congo Brazzaville, Jean Bosco Ntuzwenimana du Burundi. On en retiendra la grande volonté de passer à l’acte. C’est qu’en Afrique et malgré des avancées remarquables de certains pays, les infrastructures constituent encore un frein à la dynamique enclenchée et demeurent son plus grand défi.

Un chantier impératif lorsqu’on sait que les taux d’accès à l’eau et à l’électricité en Afrique subsaharienne sont encore très faibles et que des millions d’habitants en sont privés. Mais c’est aussi un impératif économique pour une Afrique dans un monde globalisé.

On estime que 93 milliards de dollars d’investissements par an seraient nécessaires pour combler ce déficit d’infrastructures, avec la ventilation sectorielle suivante: 44% pour l’énergie, 23% pour l’eau et l’assainissement, 20% pour le transport, 10% pour les TIC et 3% pour l’irrigation. Selon la Banque africaine de Développement (BAD), les dépenses totales sont à peu près la moitié, ce qui laisse un déficit de financement d’environ 50 milliards de dollars.

Passer à l’acte, c’est bâtir une stratégie d’infrastructures au-delà de tout calendrier et agenda politique, insiste Amara. Même son de cloche auprès de Bouya qui rappelle que le continent avait bien démarré sa politique de renforcement des infrastructures. «Malheureusement, la conjoncture économique et la baisse du pétrole ont freiné cet élan». Dans une Afrique plurielle, les défis diffèrent d’un pays à l’autre.

En effet, il y a des pays qui ont adopté des approches réussies qui leur ont permis de dépasser le gap des infrastructures. A commencer par le Maroc. Le Royaume a opté pour une approche globale et intégrée et des visions dédiées à chaque secteur de transport (ferroviaire, aérien, portuaire), un cadre juridique et surtout une politique des ressources humaines (écoles).

Cette vision a permis au Royaume d’avoir 1.700 km d’autoroutes, 2.000 km de rail et de se fixer quelque 1.500 km de plus dans un horizon de 20 ans. Pour accélérer le rythme, de lourds investissements sont nécessaires et le public ne peut y faire face tout seul. La solution des partenariats public-privé est-elle viable? Oui, répond Ibou Diouf, responsable du Programme des politiques de transport en Afrique de la Banque mondiale.

«Les investissements étrangers soutenus par un cofinancement collaboratif avec des institutions de financement du développement offrent la perspective de capitaux nécessaires». Les partenariats public-privé permettent d’avoir accès à des sources de financement supplémentaires en s’appuyant sur des ressources du secteur privé. Grâce à eux, l’Etat peut tirer parti des compétences spécialisées, des technologies et d’innovation du secteur privé, ce qui conduit à une grande efficacité et à l’amélioration du service.

Le Maroc a été avant-gardiste sur le continent avec notamment l’expérience de la Lydec qui sera suivie par d’autres. Grâce aux PPP le Maroc, le Rwanda, la Côte d’Ivoire et d’autres pays de taille moyenne ont bénéficié de projets de classe mondiale. D’autres gouvernements africains essayent de construire des cadres de PPP, mais la mise en oeuvre est à la traîne faute de législation ou encore à cause de problèmes d’harmonisation horizontale (entre ministères sectoriels) et verticale (niveaux national / infranational).

Modèles africains en PPP

■ Tanger Med Port Authority

Port autonome dont le capital est réparti entre la TMSA, Agence spéciale Tanger Méditerranée (70%), et le FIPAR, société d’investissement du groupe CDG (30%). L’extension Tanger Med II a opté pour un modèle de PPP.

■ Autoroute Dakar Diamniadio

Le Sénégal a octroyé en 2014 à SENAC une concession de 25 ans pour la conception, la construction, le financement et l’exploitation du prolongement de l’autoroute existante au nouvel aéroport international. Le coût total du PPP: 226 millions d’euros dont 93 millions de capitaux propres des sponsors et 133 millions issus de fonds du secteur public: composé de 76 millions de financement BAD et AFD et 57 millions investis par le Gouvernement

■ Port Kribi au Cameroun

C’est une concession PPP de 20 ans pour Design Build Operate Transfer (DBOT) pour concevoir, construire, financer et exploiter. La 1re phase de 585 millions de dollars a été financée par China EXIM à l’hauteur de $500 M et exécutée par China Harbour Engineering avec Bolloré, CMA CGM et China Harbour Engineering comme opérateurs.

■ Le BRT / BHNS à Lagos

Financé grâce au PPP: L’Autorité des transports de la zone métropolitaine de Lagos a fourni le cadre et l’infrastructure habilitants (garage, terminaux, abribus…) et l’opérateur privé (First BRT Cooperative Limited) a accepté la réglementation, l’achat des autobus, l’exploitation et la maintenance. Ecobank a fourni un financement pour les 100 premiers bus et a investi dans l’infrastructure BRT.

 

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