Competences & rh

La formation continue, parent pauvre de l’hôtellerie

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5133 Le 24/10/2017 | Partager
Les opérateurs s’y opposent et paradoxe, le personnel aussi
Les ressources humaines restent un des maillons faibles de l’industrie
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N.B.: Sur la base d’un taux de déperdition global (en cours de formation et à l’insertion) de 20%.

Pour la formation de base et professionnelle pour le secteur du tourisme, des objectifs par an ont été définis. L’OFPPT devra porter le nombre de ses lauréats à 73.000 d’ici 2020. Malheureusement, les effectifs issus de la formation professionnelle manquent de pratique sur le terrain et les employeurs sont réticents quant à la formation continue

S’il y a bien un secteur où la formation continue joue un rôle capital, c’est bien le secteur hôtelier. Il met en jeu des investissements considérables de capitaux, mais est aussi pourvoyeur en emplois avec 515.000 postes directs en 2016 (soit près de 5% de l’emploi dans l’ensemble de l’économie).

Ses acteurs font face depuis quelques années à des crises cycliques mais aussi à l’installation de nouvelles enseignes internationales qui impose aux professionnels d’anticiper pour gagner des marchés et se différencier dans un univers très concurrentiel. Et puis, investir dans la formation continue de leurs employés et leur faire prendre conscience que la valorisation des ressources humaines constitue un facteur de compétitivité sur le marché.

Pourtant, très peu de professionnels hôteliers adoptent des plans de formation pour leur personnel alors que la réputation d’un hôtel peut être mise à mal par l’attitude d’un serveur ou d’une réceptionniste mal formés. D’autant plus que le personnel recruté est issu de la formation professionnelle manquant très souvent de formation pratique.

Pour offrir une meilleure prestation, il est donc nécessaire de former, recycler et encourager la formation continue. Et l’offre existe et est même pléthorique. Les cabinets de formation fleurissent sur le marché et les financements existent aussi. Comme toutes les entreprises, celles du secteur de l’hôtellerie peuvent bénéficier d’une contribution pécuniaire de l’OFPPT aux dépenses engagées pour la réalisation de programmes de formation destinés à leurs employés.

Le remboursement des frais engagés par l’entreprise peut aller jusqu’à 70% du montant déclaré en fonction du taux de la taxe de la formation professionnelle versée par les entreprises. Pour permettre à la TPE marocaine un accès facile à la formation de ses employés, des Giac (Groupements interprofessionnels d’aide au conseil) ont été créés en 2010 et sont chargés de faire des diagnostics de formation et des études d’ingénierie pour les plans de formation.

Sauf que malheureusement, les entreprises restent réticentes. En 2016, à peine 98 entreprises touristiques ont fait appel au Giac tourisme/hôtellerie et ont 50 hôtels sur les 1.500 établissements existants. Il faut dire que le secteur a traversé des crises tout en assurant des charges structurelles (masse salariale, factures….) et le principal souci de ses opérateurs était de maintenir l’activité.

Mais même après la crise, certains chefs d’entreprise ne perçoivent toujours pas le bien-fondé d’assurer la formation à leurs employés. D’autres vont même jusqu’à penser que les travailleurs une fois recyclés quitteraient l’entreprise et considèrent donc qu’un investissement en formation serait une pure perte, déplore Lahcen Zelmat, président de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière et du Giac tourisme.

A la réticence des propriétaires des unités d’hébergement, s’ajoute celle du personnel qui -même s’il en est le grand gagnant- a du mal à accepter ces formations. «Le personnel demande des rémunérations pour assister à des ateliers et séances de formation», affirme un opérateur hôtelier de Marrakech. Le projet de loi sur la formation continue qui sera prochainement mis dans le circuit d’adoption réussira-t-il à changer les mentalités et saura-t-il imposer des règles à tous?

Formation professionnelle

L’offre de formation professionnelle dans les métiers du tourisme repose essentiellement sur le dispositif public avec 66% pour l’OFPPT, 16% pour le ministère du Tourisme et 18% réalisés par le privé. Cette offre a connu une forte croissance durant la dernière décennie. Elle est passée de 2.172 lauréats en 2001/2002 à 14.082 lauréats en 2016. C’est l’OFPPT qui a enregistré la plus forte progression en nombre de lauréats (x12), le secteur privé a multiplié le nombre de ses lauréats par 5 alors que l’offre du ministère du Tourisme a été multipliée par 2 en 10 ans. Or, les besoins sont beaucoup plus grands, indique Lahcen Zelmat, président de la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH). Face à la forte croissance des capacités additionnelles d’hébergement, l’industrie hôtelière aura besoin de 130.000 personnes d’ici 2020, dont la moitié sur les métiers dits «de base», l’hébergement et la restauration occupant le plus grand pan.

 

 

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