Société

Oualalou décortique les «dualités contradictoires» de la Chine

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5132 Le 23/10/2017 | Partager
Un pouvoir centralisé, planificateur, efficace
L’influence des quatre dragons: Taiwan, Hong Kong, Singapour, Corée du Sud
Au cœur d’un des plus puissants modèles économiques au monde
fathallah-oualalou-032.jpg

Fathallah Oualalou a occupé le poste de ministre de l’Economie et des Finances dans le gouvernement Youssoufi (année 2000). On lui reconnaît notamment la réforme des finances publiques. Il a également été maire de Rabat, chef du groupe parlementaire de l’USFP, président de l’UNEM et président de l’Union des économistes arabes. Il a écrit plusieurs ouvrages en économie et finance. Actuellement, il est Senior Fellow à l’OCP Policy Center (Ph. Bziouat)

«Je ne vais pas présenter le livre car, je l’espère, il va être lu». C’est ainsi que le professeur Fathallah Oualalou a entamé son exposé sur son ouvrage «La Chine et nous», lors d’une conférence organisée jeudi 19 octobre par la fondation Attijariwafa bank.

Le livre comporte une synthèse globale de ce que son auteur qualifie d’«événement économique chinois». L’avènement de la Chine est considéré par l’ancien ministre des Finances comme étant le plus grand événement économique du XXe siècle. Le fait politique le plus marquant étant selon lui la dislocation de l’URSS.  Oualalou expose d’abord les théories économiques explicatives proposées par différents chercheurs qui s’étaient penchés sur le sujet.

La première théorie est celle de la régulation (Michel Aglietta et Guo Baï). Ces auteurs remontent au patrimoine institutionnel pour expliquer la centralité de l’Etat chinois. Mao Zedong a bien intégré cette variable dans son raisonnement, la Chine ayant été un empire unifié. Plus tard, Deng Xiao Ping utilisera l’instrument de l’Etat centralisé pour diriger l’ouverture économique.

La seconde explication concerne l’influence des voisins asiatiques. La Corée du Sud, Taiwan, Hong Kong et Singapour ont adopté des systèmes politiques démocratiques mais centralisés, parfois même dictatoriaux. Soutenus par les Etats-Unis, la centralisation leur a permis d’avancer très vite tout en réprimant toute opposition. La Chine commençait à être dépassée par ses voisins.

Elle s’ouvrit alors sur l’économie de marché sous Deng Xiao Ping, en adoptant une approche similaire aux dragons de l’Asie: les quatre modernisations. Elle lance ainsi les Zones économiques spéciales qui deviendront la base du mode d’accumulation tourné vers l’exportation.

Oualalou livre par la suite sa propre analyse économique. Il considère que le succès du modèle chinois peut être expliqué par la cohabitation de quatre «dualités contradictoires». La première est l’ouverture de l’économie sur le marché, tout en la gardant encadrée par la centralité politique. «C’est la centralité du parti communiste qui a imposé durant plusieurs décennies des niveaux très bas de salaires», explique l’auteur. Un parti communiste au service du capitalisme, une réelle contradiction du point de vue historique, remarque-t-il.

la_chien_et_nous_032.jpg

Le mode de production fondé sur l’utilisation des technologies avancées tout en gardant des salaires à des niveaux modestes pendant plusieurs décennies constitue une autre contradiction. La plus-value chinoise a longtemps été générée par le progrès technologique, la productivité et un bas niveau de salaires. «D’un point de vue historique, cette contradiction n’a caractérisé l’évolution d’aucune économie capitaliste», affirme l’usfpéiste.

La troisième dualité contradictoire concerne la relation avec le voisinage. La Chine entretient en effet des relations conflictuelles avec des pays comme Taiwan et Hong Kong, Japon, Corée. Elle continue cependant, dans une approche pragmatique, d’entretenir des relations économiques assez poussées avec son voisinage.

La Chine a par exemple profité du dynamisme de la place financière de Hong Kong pour ses relations économiques internationales, avant le départ de l’activité des Bourses de Shanghai et de Shenzhen. L’approche de la Chine en matière de politique internationale est «de faire profil bas», indique Oualalou. Les Chinois font passer l’intérêt économique avant toute chose. Ils pensent en effet qu’en s’imposant économiquement, ils pourront à terme imposer leur vision politique. Malgré cela, la Chine cherche toujours à préserver sa position stratégique et ne fait aucune concession sur les questions d’intérêt national.

Enfin, la Chine a pu achever la modernité liée au progrès économique tout en préservant son patrimoine culturel, à l’instar de pays comme le Japon. Ainsi «le modèle chinois est devenu (…) une composante fondamentale du capitalisme à partir des caractéristiques intrinsèques de l’Asie», constate Oualalou.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc