Culture

Festival de Fès de la Culture soufie: «Les mille et une nuits» de la spiritualité

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5129 Le 18/10/2017 | Partager
A la Bouanania, un «patio» comble d’un public international
Créer des espaces évolutifs pour guérir l’âme et l’esprit
Renaissance de la pensée collective de Fès en attendant un plan Marshall
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Le 10e festival de la Culture soufie est une vitrine de la pensée collective internationale. Pendant plusieurs heures par jour, le site merveilleux de la Bouanania redevient l’un de ces hauts lieux du savoir, une sorte de Cordoue ou de Grenade réactualisées, ou plus simplement Fès dans ses heures glorieuses (Ph. YSA)

En initiant la rénovation de la Bouanania en 2004, Othman Benjelloun donnait une nouvelle vie à la médersa mérinide de la capitale spirituelle. Il pérennisait le savoir dans un site fondé au XIVe siècle par le sultan mérinide Abou Inan. En août dernier, le patron de BMCE BoA remettait au Roi un ouvrage qui rend hommage à la ville de Fès et à l’histoire du Royaume.

Intitulé «Fès: l’Ame du Maroc - 1200 ans d’histoire», l’oeuvre est née d’une forte volonté d’explorer les différentes facettes du développement historique de la ville de Fès et l’épopée du Royaume ainsi que de ses dynasties à travers l’histoire millénaire de sa capitale spirituelle. L’ouvrage a été réalisé par la Fondation Benjelloun-Meziane avec la contribution de 42 éminents chercheurs et historiens marocains et étrangers. Et c’est justement grâce à ces initiatives que l’histoire de Fès et sa pensée s’éternisent. Certes, il lui faut aujourd’hui un plan Marshall pour sortir de son marasme économique et social. Mais auparavant, commençons par guérir l’âme et la pensée collective en entamant des enseignements évolutifs.

En ce sens, les tables rondes de la medersa, organisées dans le cadre du festival de Fès de la Culture soufie, continuent de faire «patio» comble d’un public international qui suit avec fascination les interventions des conférenciers, eux-mêmes de différents pays du monde, réunis par Faouzi Skali.

Ce 16 octobre, dans la thématique du matin: «Le soufisme dans la littérature arabe contemporaine», Maati Kabbal, directeur des conférences à l’Institut du Monde arabe (IMA), Jaafar Kansoussi, chercheur et conférencier, Nizar Liemlahi, directeur du Centre des études andalouses à Grenade, et Souada Maoulayneine, présidente du club de Rabat «Culture et Créativité», ont montré comment le soufisme redonne une vitalité poétique à la langue arabe, comme chez Ibn Arabi, Abu Hayyan at-Tawhidi ou encore An-Niffari.

La poésie est par ailleurs le langage par excellence de toute expérience spirituelle. Une conjonction qui s’exprime avec une élégance particulière dans la culture hassanie du sud-saharien du Maroc, dans les actes les plus anodins du quotidien, mais aussi dans les moments forts qui peuvent accompagner la cérémonie du thé, comme l’a expliqué Souada Maoulayneine. Cette imprégnation du soufisme se révèle aussi dans un ouvrage classique et anonyme comme «Les mille et une nuits».

A l’époque contemporaine, un auteur comme l’Egyptien Jamal Ghitani a assumé pleinement cette influence qui constitue sans doute l’une des principales composantes de son génie particulier. Au Maroc, cette influence est manifeste dans l’œuvre romanesque de Ahmed Taoufiq ou encore, dans une moindre mesure, de Mohammed Bennis.

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Le chant soufi et spirituel n’est pas en reste. Le somptueux jardin Jnane Sbille devient un hôpital fleuri pour les âmes en souffrance. Il accueille tous les soirs les tariqas des érudits du Maroc qui composent des créations pour soigner les esprits en musique (Ph YSA)

Dans la table ronde de l’après-midi, intitulée «L’exégèse spirituelle du Coran», l’imam de la mosquée Al Quaraouiyine et docteur en théologie Driss Fassi Fihri, le professeur universitaire et directeur de la bibliothèque de la mosquée Hassan II de Casablanca, Mohammed Charqawi, l’un des leaders de la Tariqa Mawlawiyya de Rumi en Turquie, cheikha Nur et Touria Ikbal, écrivaine et chercheuse, étaient unanimes. Ils se sont livrés à l’explication de cette approche que les soufis appellent le «Tafsîr bil Ishâra» (l’interprétation par l’allusion spirituelle).

L’une des œuvres les plus intéressantes dans ce domaine est celle du cheikh marocain du XIXe siècle Ibn Ajîba, lui même érudit d’Al Quaraouiyine, dans son Bahr al Madîd (L’océan élargi). Cheikha Nur, quant à elle, a développé par un ensemble d’exemples de quelle façon l’œuvre magistrale de Rumi, le “Mathnawi”, peut être considérée comme un livre d’exégèse spirituelle.

Pendant plusieurs heures par jour, sur l’ensemble de la période du festival (une dizaine de jours), le site merveilleux de la Bouanania redevient l’un de ces hauts lieux du savoir, une sorte de Cordoue ou de Grenade réactualisées, ou plus simplement Fès dans ses heures glorieuses. Les conférences se font tout à la fois en arabe, en français, en espagnol et en anglais.

Le publique international recueille avec un intérêt soutenu chacune de ces interventions, qui sont suivies de débats d’une grande qualité. Les universités ouvertes de nos medersas (dont plusieurs viennent d’être restaurées récemment par Sa Majesté) viennent-elles de renaître? Les participants eux-mêmes ont l’impression de rêver!

Revisiter le passé glorieux

A l’issue de sa restauration, la Bouanania a retrouvé son lustre d’antan. L’édifice est érigé sur deux étages et dispose de 40 pièces. C’est la plus célèbre de toutes les “medrasas” (écoles) mérinides de Fès et du Royaume. A côté de son rôle de collège d’enseignement et d’hébergement d’étudiants dont notamment ceux de l’Université Al Quaraouiyine, elle devait remplir la fonction de mosquée le vendredi. Elle abritait même des conseils des Oulémas. Ce qui attestait évidemment de l’importance et de la spiritualité de l’établissement. Considérée comme un véritable lieu de culte et de culture, cette médersa avait connu l’usure du temps. Certains de ses murs et installations étaient devenus délabrés. Il fallait donc sauver cette richesse patrimoniale. C’est la Fondation Benjelloun-Meziane qui décide en 1995 de prendre en charge le financement des travaux de restauration. La médina a récupéré ainsi un joyaux architectural.

Youness SAAD ALAMI

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