Régions

Fès: Le slow tourisme pour relancer la médina

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5125 Le 12/10/2017 | Partager
Urbaniser cet espace, en faire un lieu de vie pour les habitants et les touristes
Encourager une activité artisanale permanente, créer des lieux de restauration et d’animation
Exit l’âge d’or passé, il faut communiquer sur le patrimoine immatériel vivant
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Il est aujourd’hui crucial de faire des habitants de Fès, et a fortiori de la médina, les premiers ambassadeurs du patrimoine de la médina et de sa mise en tourisme, recommandent les experts invités par l’UEMF (Ph. YSA)

La ville de Fès a fait un grand effort ces dernières années pour restaurer ses monuments historiques, sauvegarder ses anciennes demeures et préserver son patrimoine bâti. Il lui incombe aujourd’hui de développer et promouvoir son patrimoine immatériel, d’animer et de faire revivre ses demeures d’antan en veillant au vivre ensemble et à l’inclusion.

C’est la principale conclusion du workshop, organisé par l’Université Euromed de Fès (UEMF), en partenariat avec le réseau Unitwin Unesco, et qui a réuni d’éminents experts des quatre coins de la planète. A travers son univers, cette médina est un laboratoire de la ville du futur, s’accordent-ils à dire. Unanimes, les experts appellent à augmenter l’attractivité de Fès en tant qu’espace de vie permanent.

Pour eux, «la médina souffre actuellement d’une mauvaise image de la part des habitants de Fès, notamment ceux qui n’y résident pas». Ces derniers reconnaissent son patrimoine exceptionnel, mais l’écartent de leurs choix résidentiels. Or, la médina ne réussira pas à attirer les touristes si elle ne réussit pas, au préalable, à fixer une population permanente qui choisit de s’y établir et qui ne subit pas cette localisation. La diversification des couches sociales qui y sont établies semble être un enjeu majeur.

Les stratégies d’attractivité résidentielle ont des impacts sur les stratégies d’attractivité touristique, et fonctionnent de concert: les touristes sont aujourd’hui attirés par les quartiers résidentiels, vivants et créatifs qui, loin d’être des «musées à ciel ouvert», sont des lieux de rencontre et d’interaction avec les locaux.

En termes d’aménagement, cela suppose de doter la médina d’appartements et infrastructures susceptibles d’attirer les jeunes ménages ainsi que les jeunes professionnels. Des dispositifs ad hoc (immobilier + mesures d’incitation telles que bourses ou financement de résidences d’artistes) pourraient par ailleurs permettre d’attirer des étudiants ou des jeunes artistes pour des périodes allant de quelques mois à une ou deux années. Ces résidents permanents encourageront et rentabiliseront un ensemble de services (restaurants, cafés, commerces, infrastructures…) partagés avec les touristes.

La présence d’une population permanente qui consomme dans les restaurants et cafés encouragera également la vie nocturne dans la médina, aujourd’hui désertée. «Les recommandations des experts internationaux visent à apporter un éclairage international, inspiré de modèles et bonnes pratiques appliqués dans d’autres contextes urbains historiques», explique Mostapha Bousmina, président de l’UEMF.

Pour Maria Gravari Barbas, vice-présidente aux relations internationales de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, coordinatrice du réseau Unitwin-Unesco, «il faut changer le produit et l’image de la médina pour un public international». C’est un ensemble architectural unique au monde et un patrimoine exceptionnel. Toutefois, la communication actuelle de la médina n’insiste que sur les aspects patrimoniaux et muséaux, au détriment de l’extraordinaire créativité de ses artisans et de son patrimoine immatériel vivant. Il faudrait la diriger davantage sur le renouvellement des produits touristiques et intégrer une approche créative du tourisme.

«Il est ainsi important de considérer la médina comme un espace contemporain, et pas seulement l’appréhender comme un espace en déclin, marqué par un âge d’or passé entraînant un regard nostalgique», explique Maria Gravari Barbas. Selon elle, «la contemporanéité de la médina découle de ses activités actuelles, de ses usages, initiatives en cours. Des démarches de labellisation des produits «made in médina» pourraient constituer un facteur de prise de conscience de la plus-value que représentent les produits de qualité artisanaux». Une labellisation telle que le label Ville créative de l’Unesco pourrait en particulier être proposée.

«Inviter des artistes marocains et internationaux et les associer avec les artisans de la médina faciliteraient la mise en place de séjours créatifs pour les touristes (stage de fabrication de produits artisanaux, de cuisine, de musique, etc.) dans une approche de «slow tourisme» permettant aux touristes de s’imprégner plus longuement de l’esprit de Fès», souligne la déclaration du workshop.

«L’événementiel constitue aussi un aiguillon à de nouveaux usages des espaces urbains. Fès est dotée de festivals importants et prestigieux, mais un événementiel plus diffus dans l’espace, à travers des initiatives locales et associatives facilitées, et une réflexion sur les espaces publics en médina, pourraient être menés», concluent les congressistes.
De notre correspondant, Youness SAAD ALAMI

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